Dossier :Jésus dans le Coran


DOSSIER : 

A- JESUS dans le Coran et dans la tradition musulmane

B- La mort du Jésus « historique » chez les Ahmadiyya 





 


A- JESUS ET LE CORAN

La naissance de Jésus 

Sourate 19, 16-35 (traduction Blachère)
"Et, dans l'Écriture, mentionne Marie quand elle se retira de sa famille en un lieu oriental et qu'elle disposa un voile en deçà d'eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit et il s'offrit à elle [sous la forme] d'un mortel accompli. 

"Je me réfugie dans le Bienfaiteur, contre toi", dit [Marie]. "Puisses-tu être pieux!" 
- "Je ne suis", répondit-il, "que l'émissaire de ton Seigneur, [venu] pour que je te donne un garçon pur." - "Comment aurais-je un garçon", demanda-t-elle, "alors que nul mortel ne m'a touchée et que je ne suis point femme?" 
- "Ainsi sera-t-il", dit [l'Ange]. "Ton Seigneur a dit: Cela est pour Moi facile et Nous ferons certes de lui un signe pour les gens et une grâce (rahma) [venue] de Nous: c'est affaire décrétée." 
Elle devint enceinte de l'enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier. "Plût au ciel", s'écria-t-elle, "que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée!" 
[Mais] l'enfant qui était à ses pieds lui parla: "Ne t'attriste pas! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue vers toi le stipe du palmier: tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois et que ton oeil se sèche! Dès que tu verras quelque mortel, dis: "Je voue au Seigneur un jeûne et ne parlerai aujourd'hui à aucun humain!" Elle vint donc aux siens, portant [l'enfant]. 
- "O Marie!", dirent-ils, "tu as accompli une chose monstrueuse! O sœur d'Aaron! ton père n'était pas un père indigne ni ta mère une prostituée!" Marie fit un signe vers [l'Enfant]. - 
"Comment", dirent-ils, parlerions-nous à un enfançon qui est au berceau?" 
Mais [l'enfant] dit: "Je suis serviteur d'Allah. Il m'a donné l'Écriture et m'a fait Prophète! Il m'a béni où que je sois et m'a recommandé la Prière et l'Aumône tant que je resterai vivant, ainsi que la bonté envers ma mère. Il ne m'a fait ni violent ni malheureux. Que le salut soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai rappelé vivant!" 
Celui-là est Jésus fils de Marie. Parole de vérité qu'ils révoquent en doute! 
Il n'était pas séant à Allah de prendre quelque enfant. 
Gloire à Lui! Quand Il décide quelque chose, Il dit seulement: "Sois!" et elle est." 

On trouve dans cette sourate 19 quelques éléments proches de la foi chrétienne comme :
- l'annonciation 
- la venue de l'esprit de Dieu 
- la conception virginale de Jésus ainsi que d'autres éléments coraniques, comme le fait que Jésus parle dès sa naissance. 

Regardons l'autre grand passage du Qur'ân qui mentionne la conception de Jésus : 

Sourate 3, 42-51 (traduction Blachère) 
Et [rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'a choisie et purifiée. Il t'a choisie sur [toutes] les femmes de ce monde. O Marie!, sois en oraison devant ton Seigneur! Prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s'inclinent!" 
Ceci fait partie des récits ('anbâ') de l'Inconnaissable que Nous te révélons car tu n'étais point parmi eux [Prophète!], quand ils jetaient leurs calames [pour savoir] qui d'entre eux se chargerait de Marie; tu n'étais point parmi eux quand ils se disputaient. 
[Rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'annonce un Verbe [émanant] de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, [qui sera] illustre dans la [Vie] Immédiate et Dernière et parmi les Proches [du Seigneur]. Il parlera aux Hommes, au berceau, comme un vieillard, et il sera parmi les Saints." 
- "Seigneur!", répondit [Marie], "comment aurais-je un enfant alors que nul mortel ne m'a touchée?" 
- "Ainsi", répondit-Il (sic), "Allah crée ce qu'Il veut. Quand Il décrète une affaire, Il dit seulement à son propos: "Sois!" et elle est." 
[Allah] lui enseignera l'Écriture, la Sagesse, la Thora et l'Évangile. 
"...Et [j'ai été envoyé] comme Apôtre aux Fils d'Israël, disant: "Je viens à vous avec un signe de votre Seigneur. Je vais, pour vous, créer d'argile une manière d'oiseaux; j'y insufflerai [la vie] et ce seront des oiseaux, avec la permission d'Allah. Je guérirai le muet et le lépreux. Je ferai revivre les morts, avec la permission d'Allah. Je vous aviserai de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos demeures. En vérité, en cela, est certes un signe pour vous, si vous êtes croyants. 
[Je suis envoyé] déclarant véridique ce qui a été donné avant moi, de la Torah, afin de déclarer pour vous licite une partie de ce qui avait été pour vous déclaré illicite. Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur. Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi! Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc! C'est une voie droite." 

La Mission de Jésus : 

Jésus succède aux prophètes d'Israël (5,46; 57,27). Il est envoyé aux Fils d'Israël (3,49; 43,59-64; 61,6) pour confirmer la Torah (3,50; 5,46; 61,6); mais il supprime certains interdits (3,50) et annonce Muhammad (61,6). 

Ses miracles : 

- en général (bayyinât) (2,87; 5,110; 43,63; 61,6) 
- en particulier: il parle à sa naissance (19,24-26), au berceau (19,30) et adulte (3,46; 5,110); vivifie l'oiseau, opère des guérisons, ressuscite les morts, devine les secrets (3,49; 5,110); la mâ'ida (5,112-115). 

Sa prédication : 

Nadorer qu'un seul Dieu (3,51; 5,72 et 117; 19,36; 43,63), craindre Dieu et lui obéir (3,50; 5,112; 43,63). Il apporte la Sagesse (43,63), explique aux Fils d'Israël ce sur quoi ils sont divisés (43,63). 

Le drame de sa fin sur terre : 

Il se heurte à l'incrédulité des Juifs (3,52; 5,110; 61,6); il fait appel à ses "Auxiliaires", les Apôtres (3,52; 5,111) , maudit les juifs (5,78), qui rusent pour le faire mourir (3,54-55; 4,157) ; mais il est sauvé par Dieu (3,54; 5,110), ni tué ni crucifié, mais élevé au ciel (3,55; 4,158). Pour les orthodoxes sunnites, Jésus n'a pas été crucifié. Certains courants shi°ites, philosophiques (platonisants) et mystiques, admettront que le corps de Jésus est mort en croix, mais que son âme a été élevée au ciel. Entre son élévation au ciel et son retour sur terre, Jésus vit auprès de Dieu, volant autour de son Trône, mi-ange mi-homme, sans boire ni manger, couvert de plumes. C'est ainsi que Muhammad le rencontre dans son ascension nocturne (mir°âj). 

Son rôle eschatologique, lors de son retour sur terre : 

Signe de l'Heure (43,61) et au Jugement, témoin contre les chrétiens (4,159; 5,116-117). Les Shi°îtes le remplacent par le retour de leur "Imâm caché", appelé le Mahdî. D'où réaction orthodoxe : "Pas d'autre Mahdî que Jésus" (Là mahdiya illâ °Îsâ). 

Les divers noms de Jésus dans le Coran (Qur'ân) : 

-'Îsâ (Jésus) est cité dans 10 sourates différentes et revient 25 fois dans le Coran. L'éthymologie de ('Îsâ) n'est pas évidente, il existe plusieurs hypothèses pour expliquer la différence avec (Yasû') le Jésus biblique. Toujours est-il que dans l'esprit des musulmans, 'Îsâ est bien Jésus, fils de Marie qui a donné l'évangile (al-injîl), dont les chrétiens ont fait un fils de Dieu. 

- Al-masîh (le messie) 11 fois 
La racine (MSH) signifie "mesurer", "frotter" et "oindre". Mais le mot Messie (al-masîh) provient sans doute de l'araméen ou de l'hébreux, où il était employé dans le sens de sauveur (masîah). Muhammad a pris ce mot aux chrétiens arabes, chez qui le nom 'abd al-masîh ("serviteur du messie"), était connu à l'époque préislamique, mais il est douteux qu'il ait connu le vrai sens du terme. 
Le mot ne se trouve que 11 fois dans le Coran et uniquement dans des sourates médinoises, la plupart du temps lié à "fils de Marie" (ibn Maryam), et toujours pour parler de Jésus. Al-masîh est donc un titre de Jésus, mais sans connotation messianique, ni aucune interprétation eschatologique. 
Dans la tradition, dans le hadith canonique, al-masîh se rencontre dans trois passages, toujours pour parler de Jésus : dans un rêve de Muhammad, au retour de Jésus et au jugement dernier.

- Kalima min Allah (Parole venant de Dieu) 
Kalima est très fréquent dans le Coran on le retrouve dans le sens de : 
- parole proférée (bonne 14,24 ou mauvaise 9,74) 
- parole de Dieu réalisatrice au sens de ('Amr) 
Jésus est appelé "parole venant de Dieu" (kalima min Allah) en 3, 39.45, mais les commentateurs voient dans ce titre : 
- soit une parole divine liée au (kun) "sois" et rapprochent la création de Jésus à celle d'Adam : "Il en est de Jésus comme d'Adam auprès de Dieu, Dieu l'a créé de terre, puis il lui a dit "sois!" et il est" 3,59 
- soit le fait que Jésus est le prophète annoncé dans la parole de Dieu, reçue et prêchée par les prophètes antérieurs. 
- soit parce que Jésus parle de la part de Dieu et ainsi conduit les hommes dans le bon chemin. - soit parce que Jésus est une bonne nouvelle, parole de vérité (qawl al-haqq). 
Il ne faudrait pas trop vite voir dans cette "parole" (kalima) l'équivalent de notre verbe (logos) ce n'est pas l'attribut de la parole (kalâm) mais son expression en laquelle se formulent et se communiquent les décisions divines. 

- Nabi (prophète) en 19,30 
Jésus est prophète, il est d'ailleurs cité plusieurs fois parmi les autres prophètes. Comme tout prophète il a une mission à accomplir dans un peuple particulier, les fils d'Israël. Mais il est plus qu'un prophète, puisqu'il a le statut d'envoyé. 

- Rasûl (envoyé) 3 fois 
Le rasûl est plus qu'un prophète, il est un envoyé, qui a un message à délivrer, comme l'ange Gabriel. Jésus a transmis l'Evangile, il est donc rasûl, comme Moïse qui a transmis la Torah, ou Muhammad qui a récité le Coran. 

- 'Abd Allah (serviteur de Dieu) 
Ce mot signifie et rappelle avant tout que Jésus est une créature de Dieu, soumise à Dieu. Cependant c'est un attribut de Jésus très important, puisque cela en fait un des meilleurs musulmans. Ibn Arabi dira de Jésus qu'il est le sceau de la sainteté. 
Un chrétien ne peut pas ne pas penser au serviteur d'Isaïe ('ebed) et à l'esclave de Ph 2, 7 (doulos). Du point de vue du dialogue, c'est certainement un attribut très important de Jésus, parce que ce terme a une signification forte en Islam, comme dans le Christianisme. Il faut cependant se rappeler la signification première qui est une négation de la divinité de Jésus. 

- Rûh (esprit venant de lui) en 4, 171 
Jésus est un Esprit de Dieu (Rûh min Allah) 
"O Détenteurs de l'Écriture!, ne soyez pas extravagants, en votre religion! Ne dites, sur Allah, que la vérité! Le Messie, Jésus fils de Marie, est seulement l'Apôtre d'Allah, son Verbe jeté par Lui à Marie, et un Esprit [émanant] de Lui. Croyez en Allah et en Ses Apôtres et ne dites point: "Trois!" Cessez! [Cela sera] un bien pour vous. Allah n'est qu'une divinité unique. A Lui ne plaise d'avoir un enfant! A Lui ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.Combien Allah suffit comme protecteur (wakîl)!" (4,171) 
Mais la suite du verset nous garde bien de faire de ce titre une interprétation trop chrétienne. Comme nous l'avons vu plus haut, ce titre vient avant tout du fait que Jésus est né du souffle divin né en Marie :
"Et [fais mention de] celle restée vierge en sorte que Nous soufflâmes en elle de Notre esprit et que Nous fîmes d'elle et de son fils un signe pour le monde." (21,91) 
et que pour accomplir sa mission, Jésus a été fortifié par l'Esprit Saint (Rûh al qudus) 5,110 

Autres titre : 
- Ibn Maryam (fils de Marie) 33 fois dont 16 avec ('Îsâ) 
- min al-muqarrabîn (parmi les proches) en 3, 45 
- wajîh (digne de considération) en 3,45 
- mubârak (béni) en 19,31 
- qawl al-haqq (parole de vérité) en 19, 34 2. 

DANS LA TRADITION MUSULMANE

On trouve dans la tradition un certain nombre de hadith ("propos" attribués au Prophète, qui constituent la tradition musulmane, la sunna) concernant Jésus ou Marie qui permettent de voir comment la tradition situe Jésus par rapport au prophète Muhammad. Nous avons été voir chez Bukhâri (mort en 870/ h.256), le plus important des traditionnistes. 

Sur la nature de Jésus, on trouve : 

"D'après Sa'îd-ben-al-Mosayyab, Abou Horaïra a dit: J'ai entendu l'envoyé de Dieu s'exprimer ainsi : " Il ne nait pas un seul fils d'Adam, sans qu'un démon ne le touche au moment de sa naissance. celui que le démon touche ainsi pousse un cri. Il n'y a eu d'exeption que pour Marie et son fils". (El-Bokhâri, Les traditions islamiques, Maisonneuve, Paris 1984, tomeII, Livre 60, ch 44) 
D'après 'Obâda, le prophète a dit: quiconque témoignera qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu, l'unique, n'ayant pas d'associés; que Mahomet est son adorateur et son envoyé; que Jésus est l'adorateur de Dieu, son envoyé, son verbe jeté dans le sein de Marie et une émanation de Dieu; que le paradis est une vérité, que l'enfer est une vérité, Dieu le fera entrer dans le paradis quelles qu'aient été ses oeuvres." (Ibid. ch 47) 
Abou Salama rapporte que Abou Horaïra a entendu l'envoyé de Dieu dire: "Je suis parmi les hommes, le plus rapproché du fils de Marie. Les prophètes sont les enfants d'un même père et de mères différentes. Entre Jésus et moi, il n'y a pas eu de prophète. (Ibid. ch 48,6) 
Le prophète dit avoir rencontré Jésus lors de son voyage 
"...Le prophète a dit, la nuit où l'on me fit faire le voyage, je vis Moïse, c'était un homme brun, de haute taille, crépu, on aurait dit d'un Chanouïte; je vis Jésus, c'était un homme de taille et de complexion moyennes, d'une couleur entre le rouge et le blanc, et aux cheveux lisses..." (Ibid. livre 59, ch7, 16) 
"Abdallah ben 'Omar rapporte que l'envoyé de Dieu a dit : "une nuit que j'étais auprès de la Ka'ba, je vis un homme brun comme un des plus beaux hommes bruns que tu n'aies jamais vus. il avait une chevelure comme la plus belle des chevelures que tu n'aies jamais vue; cette chevelure était flottante et était encore ruisselante d'eau. appuyé sur deux hommes, il faisait le tour du temple. Comme je demandais qui était cette personne, on me répondit: "c'est le Messie, fils de Marie"...(Ibid. tomeIV, livre77, Ch 68, 3) 
Après Adam, Noé, Abraham, Moïse, les gens vont voir Jésus pour lui demander d'intercéder auprès de Dieu, mais celui-ci s'en juge incapable, et renvoie à Muhammad : 
..."[Moïse dit] adressez vous à un autre que moi, allez trouver Jésus. Ils iront trouver Jésus et leur diront: "O Jésus, tu es un envoyé de Dieu; il a envoyé son verbe dans Marie; tu es l'esprit de Dieu, et tout enfant, dès le berceau, tu parlais aux hommes; intercède en notre faveur auprès du seigneur, ne vois-tu pas dans quel état nous sommes? Le Seigneur, répondra Jésus est aujourd'hui dans une colère telle qu'il n'en a jamais eu de pareille auparavant et qu'il n'en aura plus jamais de semblable à l'avenir. Il ne parlera pas de faute commise et ajoutera : "c'est moi, moi, moi (qui aurait besoin d'un intercesseur). Adressez-vous à un autre que moi, allez trouver Mahomet"... (Ibid, tome III, livre 65, ch5,1 cf aussi 65, 2, 1) 
La tradition nous donne une connaissance un peu plus précise de Jésus que le Qu'rân, mais, par rapport à la somme de hadith existant, ceux consacrés à Jésus sont peu nombreux. Comme le Qu'rân, ils reconnaissent l'importance de Jésus, mais rappellent que celui-ci passe après Muhammad et qu'il n'est pas fils de Dieu. 

Pour trouver une réflexion plus approfondie sur le Christ, on doit chercher chez les mystiques. 

JESUS DANS LA TRADITION MYSTIQUE 

(Nous nous référerons au livre de Roger Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, coll. Jésus et Jésus-Christ n° 32, Desclée, Paris 1988, ch 3) 

Dans l'œuvre des mystiques, Jésus est tout d'abord présenté comme un mystique qui enseigne : 
- la crainte et l'amour de Dieu 
"Le Christ a dit : 'O Apôtres! la peur qui fait redouter Dieu et l'amour du Paradis font hériter la patience pour supporter les peines et éloignent de ce bas monde" (Ghazâlî Arnaldez, Op.cit. p.111) 
- la patience dans les épreuves : 
"Le Messie a dit: 'Vous n'obtiendrez ce que vous aimez que par votre patience à supporter ce que vous abhorrez'" (Makkî et Ghazâlî, Ibid., p. 113) 
- l'abandon à Dieu : 
"Jésus a dit: 'Regardez les oiseaux; ils ne sèment ni ne moissonnent, ils ne font pas de provisions et Dieu pourvoit à leur subsistance jour après jour'" (Ghazâlî Ibid. p. 117) 
- l'ascèse et la pauvreté 
"On raconte de Jésus qu'il posa une pierre sous sa tête, comme si, en la soulevant de terre, il éprouvait un soulagement. Iblis lui fit une objection en disant: 'O fils de marie, n'avais-tu pas prétendu que tu pratiquais l'ascétisme dans ce monde? Jésus répondit que oui. Iblîs dit: 'Et ce que tu as bien arrangé sous ta tête, qu'est-ce que c'est donc?' Jésus rejeta la pierre et dit: 'prends-la avec tout ce que j'ai déjà abandonné.'" (Makkî, Ibid, p.128) 
- l'humilité 
"On rapporte que Jésus a dit: 'Il manque de science, celui qui ne se réjouit pas dêtre frappé de maux en son corps et en ses biens, en espérant par là expier ses fautes'." (Makkî, Ibid. p. 132) 
- l'amour 
"On rapporte que Jésus passa près d'un homme qui était aveugle, atteint de la lèpre, privé de ses jambes, frappé d'une paralysie du côté droit et du côté gauche, dont les chairs tombaient en lambeaux sous le coup de l'éléphantiasis. Et cet homme disait: 'Dieu soit loué, car il m'a préservé de ce par quoi il éprouve un grand nombre de ses créatures! 'Jésus lui demanda: 'dis-moi quelle est cette épreuve dont je puisse constater qu'elle a été écartée de toi? L'homme dit: 'O Esprit de Dieu! Je suis moi, en meilleur état que celui dans le coeur de qui Dieu n'a pas mis la connaissance de lui-même qu'il a mise dans mon coeur.' Jésus lui répondit: 'Tu as dit vrai; donne-moi ta main'. L'homme la lui tendit et voici que son visage devint le plus beau du monde, et que sa tournure prit le meilleur aspect. Dieu avait fait disparaître le mal qui était en lui. Il s'atacha à Jésus et s'adonna avec lui à l'adoration." (Ghazâlî, Ibid. pp. 138-139) 

Chez Ibn 'Arabi, Jésus est présenté comme le sceau universel de la sainteté 

Parmi tous les prophète, Jésus a une place à part dans la doctrine d'Ibn 'Arabi (un des plus grand mystiques de l'Islam, mort à Damas en 1240/ h.638) :
La conception de Jésus lui confère un statut tout particulier 
"Gabriel était donc le véhicule de la Parole divine transmise à Marie [...] Dès l'instant, le désir amoureux envahit Marie, de sorte que le corps de Jésus fut créé de la véritable eau de marie et de l'eau purement imaginaire de Gabriel [...] Ainsi, le corps de Jésus fut constitué d'eau imaginaire et d'eau véritable, et il fut enfanté sous la forme humaine à cause de sa mère et à cause de Gabriel, sous forme d'homme." (Ibid, p. 168) 
"[...] Jésus manifesta de l'humilité jusqu'à ordonner à sa communauté [...] que si quelqu'un est frappé sur la joue, il tende l'autre à celui qui l'a frappé, et ne se révolte jamais contre lui, ni ne cherche vengeance. Ceci, Jésus le tient du côté de sa mère, car c'est à la femme de se soumettre tout naturellement [...] Son pouvoir vivifiant et guérissant, par contre, lui parvint du souffle de Gabriel revêtu de forme humaine. C'est pour cela que Jésus put vivifier les morts en ayant la forme d'homme." (Ibid., p. 169) 
Jésus sceau de la sainteté universelle 
"N'est il pas vrai que le sceau de la sainteté est un envoyé qui n'a pas d'égal dans les mondes? Il est l'Esprit, fils de l'esprit et de Marie sa mère: c'est là un lieu où ne conduit aucune voie.
[...] Quant à Jésus, il a la qualité de sceau en ce sens qu'il possède le sceau du cycle du royaume (le monde créé). En effet, il est le dernier des envoyés à apparaître, et il apparaît avec le forme d'Adam, relativement à son mode de génération, puisqu'il n'est pas engendré de père humain et qu'aucun fils, je veux dire dans la descendance d'Adam dans la suite des générations, n'est semblable à lui.[...] En outre Jésus, quand il descendra sur la terre à la fin des temps, recevra le sceau de la lus grande sainteté depuis Adam jusqu'au dernier prophète, en rendant hommage à Muhammad, du fait que Dieu ne scelle la sainteté universelle en toute communauté que par un envoyé qui suit la loi de Muhammad. Et alors, Jésus possède le sceau du cycle du royaume et le sceau de la sainteté, j'entends la sainteté universelle." (Ibid., p.181) 

Chez al-Hallaj 

Jésus a une très grande importance dans la spiritualité d'al-Hallâj (grand mystique, condamné à mort pour son enseignement trop hétérodoxe en 922/ h.309), parce qu'il est la réalisation la plus parfaite, pour un homme, de l'union mystique entre l'humanité et Dieu. Lors de son retour eschatologique, Jésus remplira le monde de sagesse et de justice en promulgant la loi musulmane définitive. 
Hallâj croit à la passion et à la résurrection du Christ et cette passion est pour lui rédemptrice. Les disciples d'al-Hallâj ont affirmé que par sa mort sur un gibet, Hallaj avait réalisé l'idéal du soufisme. Néanmoins, cette perception n'est pas la même que la perception chrétienne. Il y a chez Hallaj, une idée de fuite du corps humain et du monde.


B-La mort du Jésus « historique » chez les Ahmadiyya 

Comme nous le savons, pour nombre de musulmans, Jésus est monté au Ciel et reviendra à la fin des temps, à la suite du Mahdi, qui aura préparé sa venue et priera derrière lui. Mais sur les détails de sa montée au Ciel (symbolique ou réelle ?), de sa réapparition (sur un minaret blanc à l’est de Damas), sa mort ou non, les choses ne sont plus tellement claires en fonction des hadith parfois contradictoires, parfois avec une authenticité invérifiable.C’est là qu’intervient le fondement de l’Ahmadiyya ! Pour ces derniers, Jésus n’est pas mort sur la croix, mais a été sauvé par Joseph d’Arimatie, qui ayant utilisé des herbes médicinales et des méthodes de guérisons liées aux connaissances des Esséniens (dont Jésus aurait été membre pendant les fameuses années de sa jeunesse dont la Bible ne mentionne rien), et aurait fui vers l’Est, au Cachemire et à Srinagar particulièrement, avec celle qui sera son épouse, Marie-Madeleine. Une fois arrivés dans le Nord de l’Inde, ils s’installeront, auront de nombreux enfants et décéderont à près de 100 ans. Encore aujourd’hui on peut visiter une tombe qui est considérée comme celle de Jésus pour certains musulmans locaux et non-ahmadis, en tout cas pour le reste de la population, d’un homme venant de l’Ouest, portant des stigmates aux poignets et chevilles et qui aurait été israélite.Là-dessus, de nombreux témoignages du passage de ce mystérieux couple dans différents pays allant de la Palestine à l’Inde, seront mis en avant, et qui d’ailleurs seront repris et romancé par Gérald Messadié, dans son livre « Jésus de Srinagar », et dont les Ahmadis y voient une preuve supplémentaire de la véracité de ce qu’aurait révélé Hazrat Mirza Ghulam Ahmad. Gérald Messadié n’étant ni musulman, ni ahmadi, mais chrétien. Et ses autres ouvrages « L’homme qui devint Dieu » et « Les Sources », viendront les conforter un peu plus sur la vie probable de Jésus avec sa crucifixion. Concernant le fait qu’il ne soit pas mort sur la croix, les Ahmadis vont mettre en avant différentes preuves scientifiques et historiques afin de confirmer les révélations de leur fondateur (tibias non brisés alors que c’était la pratique courante pour les crucifiés pour les étouffer, sang qui coule lorsque le flanc de Jésus est percé par la lance d’un Romain alors qu’un mort ne saigne pas), mais aussi coranique, comme le fait que Dieu énonce que tous les prophètes et messagers meurent. Donc pour les Ahmadis, Jésus ne peut faire exception à la règle coranique.On peut voir outre le côté stratégique pour contrer les missionnaires chrétiens britanniques en annonçant que l’Inde a hérité de Jésus bien avant les Anglais et que de plus il est mort de mort naturelle, tout un mystère développé sur les zones d’ombres de la vie de Jésus, et les connaissances spirituelles qu’il a apporté à une élite, dont Hazrat Mirza Ghulam Ahmad se dira en être le récipiendaire, y compris pour les techniques de soins avec herbes, que tous les Califes connaissent (le 4ème en rédigera un ouvrage assez volumineux, tout en anglais).Vient la suite du fondement de l’Ahmadiyya : le retour du Mahdi et de Jésus.Jésus étant mort physiquement, pour les Ahmadis, il ne peut revenir, et encore moins en descendant du Ciel. En cela ils reprendront l’argument que les juifs attendaient le Messie sur un chariot venant des Cieux sur un plan strictement littéral, ne reconnaissant pas et condamnant Jésus lorsque celui-ci annonça qu’il l’était. À noter qu’il en sera de même des musulmans quand le Mahdi arrivera.Selon les sources islamiques, le Mahdi portera le même nom que le Prophète de l’Islam et sera issu de sa famille et venant de Perse. Hors la descendance de Hazrat Mirza Ghulam Ahmad (rappelons-nous que Mirza est un titre à ceux qui descende par leur mère de la famille du Prophète), son origine (Perse) et le hadith du Prophète disant « mon nom est Mohammad sur Terre et Ahmad dans les Cieux » viendront renforcer la croyance que le fondateur de l’Ahmadiyya pourrait être celui qui est attendu par tous les musulmans.Toujours dans la croyance islamique, le Mahdi viendra briser la croix et tuer le porc, trancher des têtes (tout comme Kalki dans l’hindouisme), remettre les enseignements de l’Islam dans les origines, établir l’Islam sur terre.Hazart Mirza Ghulam Ahmad fera, selon ses adeptes, cela, mais pas de la façon littérale dont attendraient certains religieux : ainsi briser la croix deviendra annoncer la vérité concernant la mort de Jésus, qui n’est plus sur la croix, mais sereinement en Inde, tuer le porc devient tuer les mauvaises habitudes et la grossièreté, mais aussi, et expliqué dans son ouvrage « enseignements de la philosophie de l’Islam » les « 3 nafs » de l’Homme, et qui font tout à fait penser qu’un enseignement soufi a bien eu lieu quand on lit l’ouvrage, trancher les têtes deviendra « se servir de la plume pour combattre les détracteurs, devenant le djihad de la plume et l’obligation de délaisser le sabre », déstabilisant tous les détracteurs, qu’ils soient Arya Samaj comme missionnaires chrétiens lors de débats publics ou d’ouvrages. À noter que cet aspect sera salvateur pour l’Islam indien, redonnant une certaine fierté aux Indiens musulmans face aux arguments intellectuels et spirituels de Hazrat Mirza Ghulam Ahmad, et contribuera à faire revenir de nombreux ex-musulmans dans le giron de l’Islam, et de nombreuses personnalités du monde musulman salueront ses efforts à sa mort, au point, pour certain, de dire qu’il a été celui qui sauva l’Islam en Inde d’une disparition certaine. Étrange fait quand on sait qu’il fera l’objet d’un fatwa excommuniant tous les Ahmadis, dans les années 1960, au Pakistan.. Pour l’établissement de l’Islam sur Terre dans ses enseignements d’origine, là il sera notion non d’une Charia punitive, mais des sens spirituels du message du Prophète et l’établissement de la Paix (Salam). Comme noté plus haut, le djihad au sens de combattre par les armes, a été aboli par le fondateur de l’Ahmadiyya, hormis dans le cadre de l’auto-défense pour les Lahoris. Cet aspect déclenchera un tollé chez les religieux.Par ailleurs, Hazart Mirza Ghulam Ahmad sera considéré par de nombreux musulmans comme le Mujjadih (vérificateur religieux et spirituel) de son siècle, selon le célèbre hadith annonçant pour chaque siècle un revificateur spirituel.Concernant Jésus, Hazrat Mirza Ghulam Ahmad proclamera qu’il en est l’héritier spirituel par la connaissance de la vie de ce premier et de ses secrets aussi. Étant né dans le village de Qadian, connu pour son minaret blanc dénué de mosquée, il répondra ainsi à la prophétie du Messie Promis apparaissant sur un minaret blanc à l’Ouest de Damas.Ce n’est qu’à son décès qu’une scission interviendra, une branche, dirigée par son fils alors adolescent et basée à Qadian, proclamera qu’il fut un nouveau prophète, les condamnant définitivement par l’ensemble du monde musulman, la croyance islamique énonçant que le dernier des Prophètes fût Muhammad. L’autre branche, fondée à Lahore par son plus proche et ancien disciple, Mawlana Muhammad Ali, proclamera que Hazart Mirza Ghulam Ahmad ne fit jamais ce genre d’annonce, considérait que Muhammad était bien le Sceau de la Prophétie, mais qu’il en avait reçu l’esprit et ainsi les enseignements spirituels cachés de l’Islam. Ils seront reconnus par une majorité des savants musulmans, mais avec une certaine confusion à cause du nom et de l’expansionnisme de la branche qadiani.L’une comme l’autre, les deux branches ne se considèrent ni chiite ni sunnite, mais dans un Islam spirituel tout en étant le monde moderne et en faisant appel au raisonnement intellectuel pour les questions exotériques et purement religieuses. Toutes deux condamnent le djihad armé et considèrent que tous les fondateurs des religions antérieurs à l’Islam sont d’authentiques prophètes ou messages, des religions aborigènes d’Australie, aux confucéens, taoïstes, bouddhistes, hindous, amérindiens, mais aussi anciens grecs, répondant à l’affirmation coranique que pas un seul peuple ne reçût son avertisseur et son messager, et du hadith parlant, selon les versions, de 124000 prophètes et messagers envoyés par Dieu depuis la Création à l’ensemble des nations.Ainsi la Bible aussi bien que la Bhagavad-Gîtâ sont considérés comme des livres saints, et leurs adeptes comme des Gens du Livre avec qui le mariage est possible pour un homme Ahmadi comme le reste des musulmans peuvent le faire avec les chrétiennes, juives et zoroastriennes dans la théorie. Et tout comme dans l’Islam traditionnel, si les autres religions sont considérées comme avoir eu des bases et messagers authentiques, elles sont considérées comme avoir été altérées par l’Homme. 

Sources: 
1) Henri de La Hougue Enseignant à l'Institut de science et de théologie des religions (Institut catholique de Paris), Membre du service diocésain des relations avec l'Islam

2) Jean-Marc Aractingi : L'Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons , AMAZON Distribution ( Chapitre 6 L'Ahmadiyya - contribution de David Boussion )



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