Actes du Colloque -Mairie du 5ème-Paris Octobre 2011

Les Actes du Colloque organisé par le Grand Orient Arabe Œcuménique à la  Mairie du 5ème Arrondissement de Paris

Photo du Colloque

de gauche à droite : Messieurs Pierre Lory, Sami Makarem, Rahmatoullah Rahmatoullah, le Grand Maître Mondial du G.O.A.O.  le TSF Jean-Marc Aractingi , le Père Lelong, Gilles Le Pape


Colloque: Orient et Occident à la croisée des chemins initiatiques

Colloque (conférences – débats) organisé sur le thème « Orient et Occident : A la Croisée des Chemins Initiatiques » par le GRAND ORIENT ARABE ŒCUMENIQUE et la SOCIÉTÉ D’ÉTUDES ISMAÉLIENNES (S.E.I. France) le samedi 22 Octobre 2011, de 10h à 13h à  la Mairie du 5e Arrondissement de Paris (Salle Pierrotet) 21, Place du Panthéon, 75005 Paris

Sous la Présidence de Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique

• Introduction du Président Jean-Marc ARACTINGI
• R. RAHMATOULLAH, Dr de l’Université de Paris, Président de la Société d’Études Ismaéliennes:
« Orient et Occident : espaces, cultures et spiritualité »
• Pierre LORY, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études à Paris, et Secrétaire de l’Association des Amis de Henry et Stella Corbin :
« Le combat pour l’Âme du monde : Henry Corbin et l’islam spirituel »
• Gilles LE PAPE, historien diplômé de l’École Pratique des Hautes Études:
« Orient symbolique et Orient géographique : au-delà des Lumières »
• Sami MAKAREM, Dr de l’Université du Michigan, Chaire d’arabe à l’Université Américaine de Beyrouth, Spécialiste de l’ésotérisme musulman :
« Les voies de la gnose dans l’islam : Le mysticisme druze »
• Père Michel LELONG, Dr ès Lettres, professeur honoraire de l’Institut de Science et de Théologie des Religions de Paris, co-fondateur du Groupe d’Amitié Islamo Chrétienne:
« Le point de vue de l’Église catholique sur les relations interreligieuses »

Renseignements pratiques:
o Le colloque sera suivi d’un buffet campagnard à l’iReMMO, Librairie Méditerranée-L’Harmattan, 5/7 rue Basse des Carmes, 75005 Paris.
o Les places étant limitées, il est nécessaire de s’inscrire par mail à secretaire@goao.org , ou par téléphone, au 06.72.46.37.69.
o Participation aux frais : 20 euros par personne.

Les Actes du Colloque  :  

1 ) L'Introduction du Grand Maître Mondial du GOAO le TSF Jean-Marc Aractingi :


Le choix du thème de ce colloque « Orient et Occident à la croisée des chemins initiatiques » découle en quelque sorte du cheminement de notre Obédience, le Grand Orient Arabe Œcuménique.

En effet, en Orient où elle est née, plus précisément au Liban à Beyrouth en 1950, cette Obédience qui avait pour nom Grand Orient Arabe  « Musulmans-Chrétiens » regroupait sur ses colonnes des Frères et des Sœurs des deux confessions. Elle prônait le dialogue interreligieux dans un pays où les tensions entre les deux communautés étaient vives.

Elle répondait déjà au questionnement sur la recherche d’une issue à la guerre qui a ravagé le Liban, que le politicien et écrivain libanais Samir Frangié se pose aujourd’hui dans son dernier livre : « Voyage au bout de la violence » lorsqu’il écrit :

« Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que le contraire de la violence n’était pas la paix entre entité communautaires au Liban, mais le lien, le lien des individus appartenant à des communautés et des groupes différents. La nuance est capitale. Le dialogue à instaurer prenait une autre dimension. L’objectif n’était plus de rechercher des compromis, mais de définir un projet de vie commun. Commence alors à émerger l’idée du « vivre –ensemble » par opposition à celle de coexistence communautaire jusque-là dominante.

A ce stade surgit une nouvelle difficulté. Le vivre-ensemble concerne des individus. Mais où les trouver dans une société régie par un communautarisme qui s’est beaucoup durci avec la guerre ? ».

La réponse me parait toute simple : c’est à l’intérieur de nos loges maçonniques, qui constituent un oasis de paix et de tolérance et où se côtoient musulmans et chrétiens issus de milieux différents (avocats, ouvriers, chauffeurs de taxi etc...), que ce vivre-ensemble se trouve. Les membres transcendent ainsi leurs différences pour joindre leurs mains et leur esprits afin de s’améliorer eux-mêmes et de contribuer à la construction d’une société plus rationnelle, fondée sur les principes de liberté, de fraternité, d’égalité et de démocratie.

C’est ainsi que cette ouverture interreligieuse a permis aux frères et sœurs de l’Obédience de contribuer efficacement au rapprochement entre chrétiens et Musulmans et lorsqu’en 1958 le Liban fut divisé en deux factions confessionnelles ennemies manœuvrées de l’extérieur, la solidarité maçonnique du président maronite Camille Chamoun et du premier ministre sunnite Sami Solh, permit de rompre cette équation infernale.

Sur le terrain durant la guerre civile, des membres de notre Obédience ont servi de lien entre les deux communautés permettant ainsi le passage d’une zone à l’autre.

D’autres personnes ont-elles aussi appelé à ce dialogue interreligieux comme Monseigneur Grégoire Haddad, Monseigneur Khodr, l’Imam Moussa Sadr pour ne citer qu’eux. Ce dialogue s’inscrit aujourd’hui dans les priorités du Vatican et le Père Lelong nous en parlera plus longuement tout à l’heure.

Au sortir de la guerre civile, il y avait hélas un constat à faire : celui de voir que le nombre des musulmans dans nos loges stagner. Ce même constat est perçu non seulement en Orient mais aussi en Occident. Peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues.

Il y a 3 raisons d’après nous à cela :

  • La première est liée à la création de l’État d’Israël. La franc-maçonnerie est taxée d’être sioniste ayant des racines juives.

  • La seconde plus près de chez nous est relative à l’idée qui a véhiculée assez longtemps et héritée du 19ème siècle au temps de l’affaire Dreyfus qui est celle du complot judéo-maçonnique.

  • La troisième et la principale à nos yeux, c’est que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent les loges et les récits historiques ou mythologiques qui les soutiennent n’ont aucun point commun avec le monde islamique.

D’où l’idée d’introduire dans le rite maçonnique le plus répandu dans le monde le rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), des emprunts à l’ésotérisme musulman.

C’est ainsi qu’est né en Occident, plus précisément en France en 2010, le Rite Œcuménique (judéo-chrétien-musulman) et l’Obédience qui le pratique le Grand Orient Arabe Œcuménique. Un livre «  Rituels et catéchismes au Rite Œcuménique » que j’ai co-écrit avec Gilles Le Pape vient de paraître aux éditions l’Harmattan. (M. Le Pape nous en parlera plus longuement)

Cet emprunt nous l’avons trouvé chez les « Batinniyins », ces branches initiatiques de l’Islam chiite que sont les Ismaéliens et les Druzes.

Un petit rappel historique pour ceux qui ne sont pas familiarisés dans les branches de l’Islam.

A la mort du prophète Mohammed en 632, quatre califes vont lui succéder : Abou Bakr, Omar, Uthman et Ali.

Mais à l’investiture d’Ali, Muawiya gouverneur de Syrie va s’y opposer et Ali fut assassiné. Ses partisans formèrent le Chiisme.

Quant aux Ismaéliens, ils tirent leur nom d’Ismaël (762), fils du 6ème Imam chiite Jaa’far el Sadiq. On les appele Sab’yya ou Septimans.

Les Druzes quant à eux, ils appartiennent à la dynastie des Fatimides qui ont régné au Caire et dont le 6e Calife Al Hakem va créer le Druzisme.

Les Batinniyins vont développer une doctrine ésotérique en partant de la bipolarité de la « Shari’a (Révélation littérale du Coran) et de la Haquiqa (la Vérité spirituelle).

Donc bipolarité entre l’aspect exotérique et apparent (Zahir) et la réalité intérieure secrète, ésotérique (le Batin).

Et partant de là la bipolarité de la prophétie et de l’Imâmat.

Pourquoi l’Imâmat ?

Dans l’islam tout le monde s’accorde sur la nécessité des prophètes qui profèrent un message divin que le commun des hommes serait incapable d’atteindre par soi-même.

Les Prophètes sont donc des « surhumains » que l’inspiration divine instaure en médiateurs, entre la divinité inconnaissable et l’ignorance des hommes.

Il y a eu 6 grands Prophètes investis de la mission de révéler aux hommes une loi Divine, une Chari’at : Adam, Noé, Abraham, moïse, Jésus et Mohammed.

Chacun d’entre eux typifiant les périodes dont l’ensemble forme le « Cycle de Prophéties ». Le prophète de l’Islam, Mohammed a été le « Sceau des Prophètes », il n’y aura plus désormais de Prophète chargé de révéler aux hommes une nouvelle Loi divine.

L’idée Chiite dévoile l’aspect tragique de cette situation telle qu’elle résulte de cette clôture du message prophétique.

Le chiisme pose essentiellement cette question :

Si, dès toujours, l’humanité a eu besoin de Prophètes pour survivre à son destin, que peut-il se passer, dès lors que le dernier prophète est venu et qu’il n’y aura plus jamais de prophète, d’envoyé (Rasûl) ?

Le Livre qui a été révélé du ciel à un Prophète, n’est pas un livre comme les autres ; ce n’est pas un livre dont la signification se limite à la littéralité apparente, c’est un Livre qui comporte des profondeurs cachées.

La réalité intégrale de la Révélation coranique étant l’apparent et le caché ( le Zahir et le Bâtin), l’exotérique et l’ésotérique, il faut donc que postérieurement au Prophète il y ait un « Mainteneur du Livre » ( Qayyim Bi’l Kitab )qui initie à sa connaissance intégrale. C’est là l’enseignement même des Imams.

Je laisse le soin à Dr Rahmatoullah, à Monsieur Lory et au Dr Makarem de nous éclairé sur la gnose Chiite.

Mais ce qui nous a semblé frappant à nous francs-maçons c’est l’analogie qui existe entre les initiations ismaéliennes d’un coté et druze de l’autre avec l’initiation des francs-maçons.

On trouve presque les mêmes rituels et symboles.

Cette convergence a fait l’objet d’un livre « Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques » que j’ai co-écrit avec Christian Lochon et publié aux éditions l’Harmattan.

 

2 ) L'Intervention du Dr Sami Makarem *:


LA GNOSE ( AL OURFAN)

LA VOIE DE L’UNITE DIVINE

ENTRE DIVINITE ET HUMANITE

1-Introduction Historique :

La Voie de l’Unité Divine « Al Tawhid », est la définition que les Unitaristes Druzes préfèrent donner à cette branche Musulmane Chi îte, et qui est née d’un schisme, à partir du courant ISMAELIEN, à l’époque de l’Imam AL HAKIM BI AMR ALLAH, sixième Calife Fatimide, et ce, en l’Année 1017aprés JC ( ou 408 de l’Hégir), et sous son égide, selon les sources des Mouwahhides.

Cette Voie Monothéiste a été fondée par HAMZA BEN ALI, et soutenu par le Calife AL HAKIM, jusqu’à leurs disparitions en 1021 Ap JC( 411 de l’Hégir).

HAMZA a confié cette mission de Prédication du TAWID, à Abi Al Haasan El TAI’Î, connu sous le nom de AL MOUKTANA BAHAA EDDINE, jusqu’à l’année 1043 ( 435 H). Date à la quelle « LA PORTE » de la DAAWA (TAWHID) a été fermée.

2- le SENS de la Divinité ( Al Lahout) et de l’Humanité (Al Nassout=Immanence Théophanique ou AnthropoMorphose

Al Nassoutia, objet de notre conférence, veut dire le processus de l’Anthropomorphie Humaine de par son Existence et sa Mystique Gnostique, alors que Al Lahoutia ( La Divinité), exprime ce qui est Divin de par son Existence et l’Accès à Sa Connaissance.

Etant donné que Dieu, selon la Conception SOUFIE en général, et celle du courant TAWHIDI DRUZE en particulier, est l’UN et l’UNIQUE ABSOLU

( Absconditum = Hyperousion) sans aucun Attribut spécifique (Apophatique), Sa Divinité donc ne peut, en aucun cas, être Intelligée par l’Humain, qui, dont la spécificité est « l’Etant » = Al Zatia ;

D’où l’Humain, malgré tous les Degrés de son Elévation vers la Perfection, ne peut percevoir du Divin, que, ce que lui permet son degré de sa Transcendance Humaine.

C'est-à-dire, ce que lui permet, sa possibilité limitée, de percevoir Dieu par la Mystique Gnostique et Transcendantale.

Le Principe Absolu (Dieu= Absconditum), n’a pas Créé l’UNIVERS, y compris l’Homme, Ex-Nihilo (mais Ab Initio), car ce concept (Intérieur et Extérieur= Ex-Nihilo), donne l’apparence de Limites au Créateur- Dieu. Mais «  IL

ABDA-A », a créé l’Homme ( et l’Univers), d’une façon INCOMPARABLE ( AL IBDA-Â). C'est-à-dire qu’IL l’a Intelligé de sa Propre Lumière, par une Apparence absolue, car c’est sa propre Nature d’Intelliger (Al Izhar).

L’Univers, dont l’Homme fait partie, est la Traduction Obligatoire de Dieu (= Sa Manifestation Théophanique). D’où, la Création dans le sens de rendre Existent l’Univers (l’Etant) Ex Nihilo, hors de la LUMIERE DIVINE, est en contradiction avec le Principe Créateur Absolu (Absconditum), et rend la Quiddité Divine limitée.

Aussi, affirmer cela, est un processus Non Unifique-Unifiant, et contraire à l’Unité Divine, car il mène obligatoirement à une DUALITE : Celle de Dieu et celle de l’Univers. Cela est en complète contradiction avec le TAWHID, ou l’Unicité Divine.

Pour cela, le Soufisme et le Tawhid, ne croient pas à l’Existence de Deux Mondes séparés : Monde de Dieu et Monde de l’Homme, ou le Ciel et la Terre, le Monde de l’Immanence et le Monde Eschatologique.

Par conséquent, ils ne croient pas que Dieu est quelque part et que l’Homme est ailleurs.

Le Principe Absolu= Dieu, est hors du Temps (Chronos) et de l’Espace (L’Etant- Lieu).

On peut dire aussi que Dieu « n’Est pas » (de verbe Être) partout, mais tout Lieu Physique est en Lui, sans pour autant dire que « en » signifie un lieu .D’où les Mouwahhidoun (Unitaristes), disent que l’Humanité (dans le sens de l’Homme) Théophanique ( Al Nassoutia), n’est pas séparée ou distincte de la Divinité. Car l’Homme est à la Divinité, ce que le Sens (Créatif) est à la Parole, et qui est l’Expression de la Divinité. Et comme la Divinité Absolue est sans limites, Sa Manifestation Humaine, à vrai dire, n’est pas extérieure à sa propre Existence, mais c’est Son Expression (Matérialisation Spirituelle).

La liaison de la Parole (Créatrice) qui a son propre Sens (Matérialisation du Verbe), ne veut absolument pas dire que l’Ecriture (en tant que figure Non Symbolique) est Son Expression.

Il en va de même pour l’Univers, qui, malgré qu’il exprime Dieu, et qu’il lui soit lié, n’est pas Dieu Lui-même.

Il est lié, de part sa son Emanation, et Lui est distinct, de part sa propre Vérité d’Existence (Quiddité de l’Existence Divine). D’où le Paradis est sur « Terre »

(L’Existence Immanente) et non pas au « Ciel », car il n’y a pas de Ciel séparée de la Terre.

D’où le SOUFISME, et la Voie Unitaire Druze (Monothéiste) appellent tous les deux à se libérer de la Dualité, c'est-à-dire, de la Croyance que l’Existence est Duelle (Dichotomique) : Existence Céleste et Existence Terrestre, ou Existence bonne et autre mauvaise.

Le Soufisme et la Mystique Unitaire Druze pensent que le Monde mauvais, c’est celui, dont l’Adepte fait en sorte à ce qu’il soit séparé de l’Eternité ; Alors que le Monde Immanent, non séparé, par l’Adepte, de l’Eternité, fait de cette dernière une Eternité Bonne et Vraie.

Le Monde Immanent est destruction, s’il n’est pas l’Expression de l’Eternité.

Si l’Homme croit qu’il est la Théophanie de Son Créateur (ThéoAnthropoMorphie), et par conséquent existe par son Humanitude en Dieu, non pas en tant qu’Individu, ou encore moins en tant qu’Entité exempte de

Divinité, alors il devient Mouwahhid (Ayant la Foi en l’Unicité Divine)

Mais si l’Adepte croit que Dieu (Principe Créateur) possède une Quiddité particulière, et qu’il l’a créé Ex Nihilo, indépendamment du temps et de des Lieux (Espace), le gouvernant comme une simple créature, alors cet adepte « adore » Dieu par crainte de « l’Enfer », ou dans l’Espérance du Paradis.

La soumission à Dieu n’est pas cela, mais plutôt celle de sa Prosternation (Adoration= Contemplation), pour qu’il puisse SE REALISER lui-même EN DIEU.

Comment se réaliser en Dieu, l’UN, l’UNIQUE ; est-ce avec son Intellect ou son Cœur ?

Il ne peut se réaliser avec son Intellect seul, car l’Intellect seul est impuissant, et l’impuissance est le résultat de l’Être (Etant) impuissant, comme le dit le grand Soufi Abou El Hussein El Nouri.

Il ne peut se réaliser avec son cœur seulement, car le cœur seul mène à la croyance. La simple croyance est exposée au phénomène Subjectif du Moi, et le Moi est créateur de Multiplicité (Séparateur). Ce processus est contraire à l’Unicité Divine (Al Tawhid).

L’Homme SE REALISE PAR L’AMOUR, et cela présuppose Deux conditions :

L’Intellect montre à l’Homme, loin de l’orgueil (du Savoir), son impuissance.

Le Cœur qui attire l’Homme vers Dieu comme faisant partie de lui-même. ET Dieu vers lui. Par ce phénomène, l’Homme prend conscience qu’il est de LUI, en LUI, avec LUI, et vers LUI. Cette double action d’Attraction est un Chiasme, et l’Homme sentira le Mouvement (Spirituel) de lui en Dieu, et de Dieu en lui.

Alors il devient le Témoin de la Manifestation Divine, et dieu se montre à lui, autant que l’Homme représente une apparence Théophanique.

La Théophanie Divine se rencontre avec la Théophanie Humaine, quant à la Divinité (Al Lahout), elle reste le moteur de cette rencontre. « Lui » est dans la Théophanie , et la Théophanie est en Lui.

C’est sur cette Herméneutique que la Gnose (Unitaire Druze) base sa Foi Esotérique, qui va au-delà du Monothéisme Exotérique (de l’Islam), jusqu’à l’ÎHHSSAN, comme il été dit dans le « AL HADITH AL CHARIF » du Prophète, s’adressant à ses disciples, en définissant l’Islam ; C’est la Foi et la Bienfaisance.

Quant à l’Ange Gabriel, il a dit à propos de la Bienfaisance : « Prosternes toi devant Dieu comme s’il te voit, car si toi tu ne LE vois pas, LUI, il te voit ».

Cette « BIEN-FAISANCE » c’est le TAWHID DRUZE (Monothéisme Esotérique) où la Contemplation (Adoration- Prosternation- Prière) devient la démonstration de la Manifestation Visionnaire, et celle là ne peut être DUELLE.

La Vision de la Manifestation, comme je l’ai dit dans mon Livre (La Connaissance dans la Voie de l’Unicité ; Londres, Fondation L’Héritage Druze, page 216 ;) ne se réalise pas simplement par la volonté du MOURID, ou postulant ; volonté subjective du Moi, mais cette Connaissance se réalise plutôt en Dieu UN et UNIQUE.

A ce propos, le Grand Soufi M.B.A.J.NAFRI dans son Livre Oracles Divins : « Ô Homme, JE suis au devant de ton savoir et de ton action (travail), comme JE suis au devant de ta Vision (Théophanique) ».

La Vraie Vision du Manifesté, c’est la réalisation de « Ta » Théophanie avec « Sa » Théophanie. Quant à AL Lahout (Le Principe Créateur), l’Humain ne peut y avoir accès.

D’où la Connaissance (La Gnose) dans le SOUFISME en général, et dans la VOIE du TAWHID (DRUZE) en particulier, c’est la prise de conscience du Manifesté (Théophanique), et cette Théophanie c’est Dieu Lui-même, AL MOUNAZZAH (Absconditum), qui se plait à se MANIFESTER en l’Homme.

On a demandé à un CHEIKH (Haut Dignitaire), si l’Homme peut abandonner DIEU ; il répondit : « Comment peut-il l’abandonner, alors qu’IL est en lui ».

C’est cela la Connaissance Divine (AL- OURFAN= GNOSE) ; c’est la Rencontre de la Théophanie Divine avec la Théophanie Humaine.

Docteur Sami MAKAREM

22 octobre 2011

Texte en Arabe (Traduction en Français : Dr Ibrahim MOUNZER)

* Docteur Sami Makarem est décédé un an après cette intervention. Qu'il repose en paix !


3) L'Intervention du Dr Rahmatoullah:


La spécificité de la vision spirituelle en Islam chi’ite, et plus particulièrement dans son mouvement ismaélien par Dr Rahmatoullah, Président de la Société d'Etudes Ismaéliennes de France

Les chemins des doctrines religieuses sont comme des lignes parallèles, qui tout en cheminant dans la même direction, ne se rencontrent jamais. Les chemins d’intériorisation spirituelle sont comme des rayons d’un cercle, qui tous en partant des différents points de la circonférence du cercle, convergent vers le même centre du cercle. Nasir Khosraw présente les différentes manifestations de la Révélation divine, dans le temps et dans l’espace, comme des expressions dans le langage culturel, social et historique de chaque peuple et de chaque époque, de la même Vérité unique. Les doctrines, les lois, les normes, les pratiques et les rituels qui se développent de chaque manifestation de la Révélation, que les musulmans appellent sharia, sont autant des points différents sur la circonférence du cercle. La Vérité absolue de toute Révélation divine ne peut être que la même, et cette Vérité absolue que les musulmans appellent haqiqat est représentée par l’unique centre du cercle. Les différents rayons du cercle représentent les différents chemins d’intériorisation spirituelle, que les musulmans appellent tarîqat, qui amènent chaque adepte de sa propre sharia historique vers la Vérité absolue et unique de haqiqat. Cette vision spirituelle n’est pas limitée à l’Islam chi’ite ismaélien. Elle se trouve également chez des soufis musulmans, aussi bien sunnites que chi’ites, ainsi que chez certains mystiques chrétiens et juifs, mais aussi chez quelques sages d’autres grandes religions du monde. De notre temps, Mahatma Gandhi, en s’appuyant sur la sagesse védique, a exprimé la même vision spirituelle de Nasir Khosrow, en utilisant la même métaphore du cercle. Qu’y-a-t-il de spécifique dans la vision spirituel en Islam chi’ite ? Les chi’ites sont des partisans d’Ali, gendre du Prophète Muhammad, qui le considèrent comme le successeur désigné du Prophète, aussi bien comme Guide religieuse que comme Chef de la Cité. Mais Ali lui-même n’a pas contesté la nomination des trois Califes avant lui, en se concentrant sur son œuvre d’orientation religieuse de ses disciples. En tant que sage de l’Islam, et son 4ème Calife, Imam Ali est vénéré aussi bien par les sunnites que par les chi’ites : Nahj ul-Balagha ; Qal Tarana ; Royaume du Maroc. L’Islam chi’ite prend forme avec la réclamation de Hasan et Husayn au Califat laissé vide par leur père, Imam Ali, assassiné dans une mosquée. Il se concrétise par le massacre de Husayn et ses partisans, par Yazid, à Karbala, Pour les chi’ites, le combat de Imam Husayn contre Yazid est la suite du combat d’Imam Ali contre Muawiya, père de Yazid ; et du combat de Prophète Muhammad contre Abu Sufiyan, père de Muawiya. Pour les chi’ites, l’orientation religieuse de la communauté musulmane doit être nécessairement dirigée par un descendant du foyer immédiat du Prophète Muhammad (ahl al-bayt). Ce foyer est composé du Prophète, sa fille Fatima, son gendre Ali et ses deux petits enfants Hasan et Husayn. Pour la plupart des chi’ites, la succession à la fonction du Guide religieux (Imam) de la Communauté musulmane (umma), doit être en ligne directe, de père à fils. Notons que le mot imam est aussi utilisé dans d’autres sens : dirigeant de la prière à la mosquée ; chef d’école juridique, théologique ou philosophique, chef d’Etat. Rappelons que les cinq figures du foyer du Prophète sont aussi vénérées aussi par les sunnites : inscriptions dans les mosquées, œuvres d’art. Ainsi l’Islam chi’ite s’est développé à Médine, ville du Prophète, autour des trois descendants directs de l’Imam Husayn, de père à fils : Zayn al-l Abidin, Muhammad al-Baqir, et Jafar al-Sadiq. Ces Imams chi’ites, à l’instar de leur aïeul, Imam Ali, n’ont pas contesté les Califes de leur époque : Umayyades à Damas, et Abbasides à Bagdad, malgré leurs harcèlements Et comme Imam Ali, ils ont continué l’orientation religieuse de leurs disciples.qui n’était pas forcément tous chi’ites : Jabir ibn Hayan ; Abu Hanifa. Rappelons que la quasi-totalité des confréries soufies sunnites tracent leurs lignées, de maître à disciple, à travers Imam Jafar al-Sadiq, si ce n’est pas à travers l’Imam Ali. La vision spirituelle de l’Islam chi’ite, établi à Médine, était axé sur l’intériorisation spirituelle et, et le recul devant le matérialisme impérial des dynasties établies à Damas et à Bagdad ; ce qui nous rappelle l’orientation spirituelle du Prophète Muhammad à Médine, face au matérialisme tribal de la Mecque d’Abu Sufiyan. Pour la plupart des chi’ites de cette époque, la compréhension et la pratique du sens profond (haqiqat) de la Religion (Din) ne les dispensait pas de leur devoir d’observer les injonctions rituels, juridiques et sociales (sharia) de leur École religieuse (madhab). Ce qui implique une nécessaire mise à jour permanente de la shariat, en fonction de l’évolution de la société musulmane dans le temps et dans l’espace ; Cette mise à jour permanente est la fonction primaire de leur Guide religieux (Imam). C’est cela la spécificité de la vision spirituel en Islam chi’ite. Sans cette tradition de modernisation permanente, la Communauté musulmane (umma) est forcée de tomber en arrière, avec ses deux conséquences néfastes : la bigoterie religieuse et l’abandon de la religion. Mais pour une minorité des chi’ites de cette époque, regroupés autour d’Isma’il, fils ainé de Jafar al-Sadiq, la compréhension et la pratique du sens profond de la Religion leur dispensait de l’observation, dans leur vie privée, des injonctions rituels, juridiques et sociales de leur Ecole religieuse, car elles sont devenues sans objet. La pratique de leur shariat, mise à jour par leur Imam, était pourtant nécessaire en public, pour conserver son autorité envers ceux qui n’ont pas encore compris le sens profond de la Religion, ni appris à le pratiquer. C’est cela la première spécificité de la vision spirituelle du mouvement ismaélien. Selon la tradition ismaélienne, pour protéger Isma’il contre les soldats du Calife abbaside, Jafar al-Sadiq a expédié Isma’il à Salamia en Syrie, en feignant qu’il était décédé. Après le décès de Jafar al-Sadiq, les chi’ites de Médine ont pris Musa Qasim, son deuxième fils, comme Imam, et ont poursuivi leur lignée, de père à fils, jusqu’à son extinction, en Iran, avec leur douzième imam. Les chi’ites à Salamia, autour de Isma’il, leur septième imam, désignaient leur mouvement comme ésotérique (batinya). Ce sont les historiens qui les ont appelés ismaéliens ou septimaniens, pour les distingués des autres chi’ites appelés duodécimains. Le mouvement ismaélien historique a fleuri en Syrie, pendant cinq générations, notamment avec la rédaction encyclopédique d’Ikhwan al-Safa. Une deuxième spécificité de la vision spirituelle du mouvement ismaélien, c’est que, comme pour les individus, la Cité doit aussi être gouvernée par une compréhension et la pratique du sens profond de la Religion (haqiqat), C'est-à-dire par des ésotériques (batini), comme au temps du Prophète Muhammad, et au temps d’Imam Ali ; et non pas par des rois, ni par des élus, Cela a donné naissance au mouvement ismaélien pour la Régence de Vérité (Khalifat al-Haq), qui a aboutit à la fondation du Califat fatimide, nommé après Fatima, fille du Prophète. Les Imams ismaéliens, venant de Syrie, sont allés de Sijalmas (Maroc) à Kairouan (Tunisie), et de Mahdia (Tunisie) au Caire (Egypte). Ils ont fondé la ville du Caire, l’Université d’Al-Azhar; ainsi qu’une énorme bibliothèque, et la Maison de Sagesse (Dar al-Hikma). Après la chute du Califat fatimide, le mouvement ismaélien nizarite s’est réfugié dans les château-forts à Masyaf en Syrie, et notamment à Alamut en Iran. Là on trouve la troisième spécificité de la vision spirituelle du mouvement ismaélien. Les individus ésotériques (batini) peuvent se regrouper pour vivre dans des sociétés ésotériques, coupées du reste du monde, tout en œuvrant pour la spiritualisation du reste de l’humanité. Ces sociétés étant composées exclusivement des ésotériques, et étant coupées du reste du monde, il n’y a plus lieu de pratiquer, même en public, les injonctions rituels, juridiques et social (shariat). Chaque ésotérique gouverne sa conduite, par sa propre foi ; et il s’adapte lui-même au changement du temps et d’espace, en permanence, par son propre intelligence. La gouvernance de la société est réduite à son strict minimum. La Résurrection des résurrections (Qiyamat al-qiyamat) prononcée par Imam Hasan ‘Ala Dhikrihi’l-Salam à Alamut, fut une tentative, certes prématurée, de réalisation sur terre du paradis utopique d’une société spirituelle constituée des individus spirituels