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A Paraître Prochainement :


Histoire de la Franc-Maçonnerie en terre d’Islam à travers ses Loges et ses Hommes célèbres de
Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe en 5 Volumes ( avec Photos ) :
- I Volume : Turquie - Liban 400 pages
- II Volume : Syrie-Palestine-Jordanie 400 pages
- III Volume : Iran-Egypte 400 pages
- IV Volume : Algérie-Tunisie-Maroc 600 pages
- V Volume : Autres Pays Arabes et Musulmans 200 pages
On peut lire :
L’apparition de nombreuses Loges Maçonniques en terre d’Islam va être mise en évidence par la presse de l'époque, et c’est ainsi que l’on pourra lire dans Le saint James Evening Post en date du 24 Mai 1738 l’article suivant :
« Nous apprenons de Constantinople que les Loges de Smyrne et d’Alep se développent grandement et que plusieurs Turcs de qualité en sont devenus membres. » ....


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La Respectable Loge Khalil GIBRAN ( G.O.A.O.)

http://www.logegibran.fr

vous invite à la Conférence-Déjeuner-Débat le Samedi 14 Mars 2015 à 12h30 donnée
par le

                           
                              Grand Maître Vaudou

ONEL MAIGNAN *

en présence du T:. S:. F:. Jean-Marc Aractingi, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique (G.O.A.O.) , Commandeur de l'Ordre de La Fayette sur :

 

" Le VAUDOU HAÏTIEN "

Rite-Tradition-Coutume

 

* Les places étant limitées, prière de vous inscrire dès aujourd'hui en envoyant votre réglement de 25 euros au Déjeuner -Débat avant le 10 Mars 2015 à l'ordre du GOAO à l'adresse suivante:

GOAO

25, rue Descours

42000 Saint Etienne

France

- Lieu : Restaurant Libanais UGARIT

215, rue de la Croix Nivert -75015 Paris

Métro : Porte de Versailles

* Ouvert au public, les places sont limitées à 40 personnes

* Le Grand Maître Onel Maignan est juriste de formation. Il est aussi diplômé en Diplomatie Supérieure du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris et Président du Mouvement Ouvrier Socialiste Haïtien et Candidat Officiel à la Présidence de la République de Haïti.

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L'Eglise orthodoxe et la Franc-Maçonnerie

par l'Archiprêtre  Jean-François VAR
Conférence donnée à la Respectable Loge Khalil Gibran (GOAO) à Paris en présence du Très Sérénissime Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe œcuménique (GOAO) Jean-Marc ARACTINGI

Le sujet de cette étude comporte une série de difficultés redoutables, dont l'une est de principe et les autres sont circonstancielles ; elles font qu'à strictement parler, tel qu'il est formulé, il n'a pas de consistance; on pourrait même dire, à la limite, que ce sujet n'existe pas. Un énoncé rapide de ces difficultés montrera pourquoi.

 1)     La première est la difficulté de principe qui a été mentionnée et elle tient au dogme ecclésiologique auquel adhère toute l'Orthodoxie. Il n'y a pas, et il ne peut y avoir, une position officielle unique et unanime de l'Eglise orthodoxe vis-à-vis de la Franc-Maçonnerie, non plus d'ailleurs qu'à l'égard des autres questions du monde. En effet, l'Eglise orthodoxe, à la différence de l'Eglise catholique romaine, n'a pas de constitution unitaire. Elle est à la fois une et multiple : une dans son essence, comme Eglise du Christ, multiple dans la diversité de son incarnation en Eglises locales. La définition d'une décision dogmatique ou disciplinaire s'imposant à tous est donc ecclésiologiquement inconcevable à moins qu'elle n'émane d'un concile œcuménique, rassemblant la chrétienté orthodoxe tout entière et reconnu comme tel par elle.

Il va de soi, pour des raisons historiques évidentes, qu'aucun concile œcuménique  n'a eu à se prononcer sur la Franc-Maçonnerie. Les autres difficultés, pour être circonstancielles, n'en sont pas moins réelles.

 

2)     Chacune des seize Eglises autocéphales entre lesquelles se répartit l'Eglise orthodoxe est libre, dans le cadre des «canons», c'est-à-dire des prescriptions édictées par les conciles oecuméniques, de légiférer pour elle-même et de promulguer une ordonnance sur des questions de foi ou de discipline, qu'on appelle en grec tomos. Quatre seulement l’ont fait au sujet de la Franc-Maçonnerie. Mais leurs décisions, dont on examinera les motifs, ne valent que pour elles et n'engagent pas les autres Eglises.


3)     Un examen de l'histoire des pays que, pour la commodité de l'exposé, on qualifiera d'orthodoxes, c'est-à-dire ceux où l'Orthodoxie, ou bien est (ou fut) religion d'Etat (comme encore aujourd'hui la Grèce), ou bien est la religion dominante, ou bien est fortement représentée, montre que les seules mesures d'autorité dont la Franc-Maçonnerie a fait l'objet - et l’on entend évidemment par là les mesures tendant à en restreindre ou à en proscrire les activités - ont été décidées par le pouvoir civil. L'ont-elles été pour des motifs exclusivement politiques ? Quelle part l'Eglise de chacun de ces pays y a-t-elle prise : les a-t-elle inspirées, ou bien y est-elle restée étrangère ?

 

4)     Les événements de l'histoire, et en particulier le grand schisme de 1054 qui a divisé la chrétienté en deux moitiés, sinon irréconciliables, du moins irréconciliées jusqu'à maintenant, ont en quelque sorte rejeté l'Orthodoxie en Orient et la Catholicité en Occident, alors que l'une et l'autre étaient le patrimoine commun de «l'Eglise indivise» - patrimoine que les deux moitiés de ce couple divorcé continuent de revendiquer chacune pour sa part : l'Eglise (les Eglises) orthodoxe(s) se proclament catholiques, et l'Eglise catholique affirme son orthodoxie. Reste que ces deux appellations désignent chacune une réalité socio-culturelle parfaitement identifiable.

 

De ce point de vue, l'Orthodoxie est une réalité orientale, c'est-à-dire historiquement cantonnée dans l'Europe orientale et le pourtour oriental du Bassin méditerranéen - encore qu'à l'époque contemporaine, cette affirmation n'est plus intégralement vraie et exige d'être nuancée ; mais conservons-la provisoirement. La Franc-Maçonnerie, quant à elle, est une création occidentale, indubitablement. L'accueil, favorable ou hostile, réservé à la Franc-Maçonnerie dans les pays orthodoxes est donc un élément du problème plus général des contacts Occident-Orient, en d'autres termes de la réception par une mentalité orientale de cette influence occidentale parmi d'autres.

 

5)     La Franc-Maçonnerie elle-même n'est pas univoque. Par-delà la dichotomie bien connue entre Franc-Maçonnerie croyante et Franc-Maçonnerie agnostique, voire athée, il y a une distinction importante, plus fine et plus riche de sens, à opérer entre Franc-Maçonnerie chrétienne de nature ésotérique, voire mystique, et Franc-Maçonnerie sécularisée, conditionnée par l'idéologie sociale dominante, que celle-ci soit marquée par la croyance en Dieu ou par l'incroyance.

 

6)     Cette distinction est le fruit à la fois de l'histoire et de la géographie, le résultat de circonstances de temps et de lieu, et elle appelle une étude spatio-temporelle.

 

7)     Il conviendra donc de combiner une chronologie géographique de la Franc-Maçonnerie et une chronologie géographique de l'Orthodoxie, scandées toutes deux par des étapes charnières qui ne coïncident pas.

 


8)     Pour la raison énoncée au début de cette étude - l'absence de décisions ecclésiastiques s'imposant universellement - celle-ci sera forcément factuelle et elle s'apparentera davantage à une enquête plutôt qu'à un exposé doctrinal.

 

Cette enquête sera entachée de nombreuses imperfections, dues notamment à la disparité des documents et cela pour la même raison, puisque les relations entre la Franc-Maçonnerie et l'Eglise orthodoxe n'ont, à l'exception de la Grèce, donné lieu à aucun document officiel aisément accessible. Seuls peuvent donc être utilisés les documents d'archives, publiques ou privées. Or une enquête d'ensemble n'a jamais été réalisée et, si la situation en Russie a été relativement bien étudiée, il n'en va pas de même pour les autres pays, sur lesquels nous en sommes réduits à quelques renseignements fragmentaires, voire à des témoignages oraux, qui ne sont pas toujours aisés à contrôler.

 

9)     Cela dit, l'aspect doctrinal de la question ne sera pas totalement laissé de côté. Il y aura lieu, en centrant l'exposé sur la Franc-Maçonnerie de tradition et en omettant la Franc-Maçonnerie moderniste, de s'interroger sur les buts spirituels de la Franc-Maçonnerie, de les situer face au destin que la Tradition chrétienne orthodoxe conçoit et construit pour l'homme, et de considérer s'il y a, entre celui-ci et ceux-là, ou bien des rapports antagonistes entraînant une incompatibilité foncière, ou bien des rapports neutres, à savoir une compatibilité résultant d'une absence de contradiction, ou bien encore un accord harmonieux.

 

Posons donc les deux éléments de ce couple: l'Orthodoxie et la Franc-Maçonnerie.

 

1. L'Orthodoxie

 

A) L'EGLISE ORTHODOXE

 

Les esprits occidentaux sont tellement modelés par la conception organique que, depuis plus d'un millénaire, l'Eglise romaine se fait et donne d'elle-même, et qu'elle a réussi à la longue à imposer, que, même s'ils n'adhèrent pas ou plus à la foi chrétienne, il leur est quasiment impossible de se défaire de cette conception et d'avoir une vision autre de cette société si particulière qu'est l'Eglise. C'est ainsi qu'à l'occasion de la visite, médiatisée à l’extrême, que le patriarche Bartholomée de Constantinople rendit au Pape Jean-Paul II (28 juin-2 juillet 2004), les journaux français, y compris ceux qui passent pour « bien informés » - et il est probable qu'il en a été de même dans les autres pays occidentaux - décrivirent cet événement comme la rencontre du chef spirituel des catholiques et du « chef spirituel des orthodoxes »[1]. Rien n'est plus erroné, du moins sur le second point, que cette manière de présenter les choses. Et c'est pourquoi il importe de synthétiser brièvement l'ecclésiologie orthodoxe, ce qui ne sera pas indifférent pour la suite de notre propos.

 

Pour résumer, on peut dire que cette ecclésiologie repose sur ces trois paroles de l'Ecriture :

 

1)     « Allez, enseignez toutes les nations », panta ta ethnè, omnes gentes (Matthieu 28/19; cf. aussi Marc 13/10 et Luc 24/47 où l’on retrouve la même expression) ;

 

2)     « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Matthieu 18/20) ;

 

Et enfin, de l'apôtre Paul :

3)     Dieu « a donné le Christ pour Chef suprême à l'Église qui est son Corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (Éphésiens 1/22-23; cf. ibidem 5/23 et Colossiens 1/18).

 

Rassemblons tout cela et nous obtenons :

 

1)     Les soubassements de l'Eglise, ses premières pierres, sont les Eglises locales - ce qui correspond d'ailleurs à la réalité historique de l'évangélisation. Celle-ci ne s'adresse ni aux hommes pris individuellement, ni aux hommes considérés dans leur généralité, c'est-à-dire, dans les deux cas, abstraction faite de leurs conditionnements réels et concrets : langue, culture et civilisation, mœurs. Comme saint Paul, les apôtres de l'Evangile se font Juifs avec les Juifs, Grecs avec les Grecs. Ce qui revient à dire que l'Eglise épouse et baptise les nations.

 

L'évolution historique a opéré par la suite un regroupement des Eglises en entités plus vastes, dont les limites, à l'époque contemporaine, viendront à coïncider souvent, mais pas toujours, avec celles des Etats, sans que le critère « national », au sens politique du terme, soit déterminant, mais sans que soit jamais perdue de vue la relation fondamentale avec les « peuples » ou « nations ».

 

Et, disons-le tout de suite, cela jouera à l'époque du réveil des nationalités, au siècle dernier.

 

2)     L'Eglise est «conciliaire». Cette notion de « conciliarité » développée avec beaucoup de vigueur au siècle dernier par le grand théologien russe Khomiakov, qui l'exprime par le terme sobornost - est fondamentale. L'Eglise n'est pas une fédération d'Eglises particulières et son unité n'est pas administrative. Elle est une parce qu'il y a un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit, une seule foi, un seul baptême, un seul sacrifice d'action de grâces (ou eucharistie).

 

« L'Eglise est une - écrit le métropolite Philarète de Moscou, que nous retrouvons plus tard dans la suite de cet exposé - parce qu'elle représente un seul Corps spirituel animé par un seul et même Esprit divin et n'ayant qu'un seul Chef qui est le Christ ».

 

Donc :

 

«Il n'y a qu'une Eglise de Dieu en Christ qui demeure dans toute sa plénitude en chaque Eglise locale avec son assemblée eucharistique» (Afanassieff, p. 353).

 

C'est cette plénitude de la vie divine qui fait la catholicité de l'Eglise : chaque Eglise est catholique et toute l'Eglise est catholique. Ce qui fait l'unité de l'Eglise, c'est la charité ou l'amour qui est le « lien de la perfection », comme dit saint Paul. Aussi bien Khomiakov appelle-t-il l'Eglise la « communauté de l'amour mutuel ».

 

3)     La conciliarité, symbole, fondement et expression concrète de la catholicité, n'est pas une méthode de type organisationnel, c'est une imitation de la vie trinitaire. Les théologiens orthodoxes répètent volontiers que l'Eglise est une anticipation du destin eschatologique de l'humanité renouvelée et restaurée dans sa ressemblance à l'image archétypique de la Divine Trinité : une dans sa nature, distincte dans ses hypostases (ou personnes).

 

4)     II résulte de cela que les « personnes » que sont, chacune pour sa part, ces différentes Eglises sont parfaitement égales les unes aux autres et qu'aucune ne peut prévaloir ni dominer sur une autre. Pour prendre un exemple frappant, l'Eglise autocéphale que constitue l'archevêché du Sinaï et qui regroupe uniquement les moines du couvent Sainte-Catherine, n'est pas considérée moindre que, mettons, la nombreuse Eglise de Russie.

 

Autre conséquence: au sein d'une même Eglise, aucun évêque n'est le supérieur d'un autre, n'a une autorité juridictionnelle sur un autre. « La charge épiscopale est une, les divers évêques y participent de telle façon que chacun la possède tout entière », écrivait déjà saint Cyprien de Carthage au IIIe siècle.

 

Cependant, cette charge épiscopale est partagée, et nul évêque ne peut l'exercer indépendamment de ses « frères dans l'épiscopat ». Ce pourquoi le mode de vie de l'Eglise - de chaque Eglise, et des Eglises-sœurs entre elles - est la conciliarité, sous forme d'assemblées, soit permanentes (synodes), soit circonstancielles (conciles particuliers, généraux, oecuméniques).

 

5)     L'Eglise est pourtant une société hiérarchisée. Elle comporte deux hiérarchies, l'une qui lui est intrinsèque, et l'autre extrinsèque. La première est une hiérarchie ministérielle, c'est-à-dire de service (ce qui est le sens du mot « ministère »)  ou fonctionnelle ; elle organise, la place et les relations des différents « ordres »: épiscopal, sacerdotal, diaconal, ordres mineurs, etc.

 

La seconde, qui régit les relations entre égaux (évêques entre eux, Eglises entre elles), est une hiérarchie d'honneur. Certains sièges épiscopaux valent à leurs titulaires un titre plus ou moins honorifique (exarque, métropolite, patriarche), généralement lié à l'ancienneté ou à l'importance politique de la ville du siège - ainsi, un métropolite n'est rien d'autre que l'évêque... d'une métropole ; mais ce titre n'est assorti d'aucun pouvoir juridictionnel autre que celui de tout évêque dans son diocèse. Ainsi, par exemple, le président du Saint-Synode d'une Eglise donnée, même s'il porte le titre de patriarche, n'est nullement le « chef » de cette Eglise et encore moins celui d'autres Eglises, fût-il le patriarche œcuménique de Constantinople. Il est, parmi ses « frères dans l'épiscopat », le primus inter pares : il « préside dans la charité », comme disait saint Ignace d'Antioche au IIe siècle.

 

Il en va de même pour les Eglises. A partir du Ve siècle, les conciles ont rendu à cinq d'entre elles des honneurs particuliers en raison, non seulement de leur ancienneté et de leur origine apostolique, mais aussi de leur localisation dans les centres de décision du pouvoir impérial. C'étaient, dans l'ordre : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, constituant ce qu'on appelait la « pentarchie ». Rome avait la « primauté d'honneur » en tant qu'ancienne capitale historique de l'Empire, et Constantinople venait en second en tant que nouvelle capitale, « Seconde Rome » - tandis que la première par ancienneté de toutes les Eglises, celle de « Jacques frère du Seigneur », Jérusalem, ne venait qu'en fin de liste. Mais cette primauté d'honneur ne conférait au pape de Rome aucun pouvoir de juridiction suprême - encore qu'il y prétendît et s'efforçât de le faire prévaloir au gré des circonstances - pas plus qu'elle n'en a conféré au patriarche de Constantinople à qui le premier rang a été attribué après le schisme. Au demeurant, sa titulature officielle: « archevêque de Constantinople Nouvelle Rome et patriarche œcuménique » montre bien que cette appellation se rapporte uniquement à la capitale impériale, l'oikouménè n'étant rien d'autre que le territoire compris entre les frontières de l'Empire. En l'espèce, « œcuménique » n'a pas le sens d’« universel » qui est devenu le sien depuis.

 

Pour parler clair : si d'aventure le patriarche de Constantinople rêvait de devenir le pape des orthodoxes, il n'y parviendrait pas, car la Tradition trouverait suffisamment de défenseurs pour le lui interdire.

 

6) C'est que, on l'aura compris, nul autre que le Christ n'est le Chef de l'Eglise. Il n'a sur terre ni Vicaire ni lieutenant pour gouverner son Eglise. Il est invisiblement présent, « jusqu'à la fin du monde », comme il l'a promis (Matthieu 28/20), et uni avec les membres visibles et invisibles de son Corps qui est l'Eglise. Nul, si haut placé soit-il, ne peut se substituer à lui, occuper sa place.

 

De même, l'infaillibilité promise par le Christ à son Eglise appartient à l'Eglise dans sa totalité. La distinction entre « Eglise enseignante » et « Eglise enseignée » est totalement étrangère à l'Orthodoxie. L'Eglise est « le peuple de Dieu assemblé par Dieu dans le Corps du Christ », dont clercs et laïcs forment les membres sans autre différence que celle de leurs fonctions; elle est, dit l'apôtre Pierre, « la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis » (1ère épître 2/9).

 

Comme le proclamèrent en 1848 les patriarches de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem dans l'encyclique - approuvée par de nombreux métropolites dont Philarète de Moscou - qu'ils publièrent en réponse à la « Lettre aux Orientaux » du pape Pie IX : « Le gardien de la piété et de la foi est tout le peuple de l'Eglise ».

 

De là résulte que seuls peuvent définir la foi les conciles œcuméniques - terme qui a ici le sens d’« universel » - et que seuls sont véritablement œcuméniques ceux qui répondent à deux conditions sine qua non : réunir la totalité de l'Eglise, et être « reçus » comme tels par le peuple. On n'en compte que sept, qui s'échelonnent de 325 à 787, du premier au second concile de Nicée.

 

C'est dire que, nombre de canons étant devenus obsolètes, les difficultés d'application se sont accumulées, mais elles ne pourront être résolues que par le « saint et grand concile panorthodoxe » en préparation depuis ... plus de 70 ans et qui se fait toujours attendre ! Plus grave encore : si les conciles se sont attachés à préciser l'organisation interne de l'Eglise, la cause déterminante de leur convocation a toujours été la nécessité de défendre la foi orthodoxe héritée des enseignements du Christ, des Apôtres et des Pères, contre les erreurs - les hérésies - qui risquaient de la ruiner. Or, depuis plus de mille ans, ces erreurs n'ont cessé de proliférer, et même s'il s'agit le plus souvent des mêmes hérésies habillées de vêtements nouveaux, il est néanmoins indispensable de les dépister et de les dénoncer en donnant à la Tradition inaltérable et inaltérée les formulations appropriées. Certains conciles particuliers s'y sont employés avec succès; mais, par définition, aucun n'a valeur dogmatique universelle.

 

Après avoir défini l'Eglise orthodoxe, il convient maintenant de décrire le monde orthodoxe.

 

 

B) LE MONDE ORTHODOXE. ORIENT ET OCCIDENT

 

Jusqu'au schisme de 1054 qui a séparé la chrétienté entre un Orient « orthodoxe » et un Occident « catholique », les deux notions « monde chrétien » et « monde orthodoxe » coïncidaient strictement. L'Eglise tout entière, dans toutes ses composantes, était « catholique » et confessait la foi « orthodoxe ».

 

En réalité, cette affirmation exige d'être très fortement nuancée, et la vision d'une « Eglise indivise » est très idéalisée. Le schisme de 1054, s'il a été l'ultime, était loin d'être le premier, puisqu'on en a compté au moins sept autres auparavant, totalisant plus de 200 ans de rupture du IVe au IXe siècles, en particulier celui - bref mais grave puisque étaient en jeu à la fois la primauté romaine et le Filioque - que provoqua en 867 le patriarche Photius (Photios) de Constantinople, que l'Eglise orthodoxe a canonisé et l'Eglise romaine anathématisé. Ces ruptures et réconciliations successives ont jalonné un lent mais irrésistible processus d'éloignement et d'incompréhension grandissants entre la partie latine et la partie grecque de l'Empire, et la rupture de 1054 en a été l'aboutissement presque inéluctable.

 

La ligne de séparation entre chrétienté orthodoxe et chrétienté catholique coïncide en effet, à peu de choses près, avec celle qui résulta du partage que Théodose fit de l'Empire romain entre ses fils Honorius et Arcadius en 395. Désormais, l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient menèrent des existences tout à fait distinctes et tout à fait dissemblables, ne serait-ce que parce que le premier ne subsista que 81 ans (jusqu'en 476), tandis que le second dura, tant bien que mal, avec des alternances de périodes fastes et même glorieuses et d'autres désastreuses, pendant plus de mille ans (jusqu'en 1453).

 

A cela s'ajoutaient les difficultés de communication dues à la différence des langues. L'usage du latin n'avait jamais été très répandu dans la partie grecque de l'Empire, tandis que le grec était la langue commune (koïnè), en particulier des affaires, dans tout l'Empire et même au-delà - et il est à peine besoin de rappeler que l'Evangile fut rédigé en grec. Très vite, et surtout avec les invasions barbares, on en vint à ne plus le comprendre en Occident d'où l'adage : graecum est non legitur, « c'est du grec, on ne peut pas le lire ».

 

Nombre de méfiances et d'accusations réciproques entre Grecs et Latins -notamment dans des matières aussi difficiles et aussi sensibles que les formulations dogmatiques, on le voit bien à l'interprétation donnée aux décisions des conciles - tous tenus en Orient - n'ont pas d'autre cause que cette incompréhension linguistique, donc culturelle.[2]

 

A cela s'ajoute une autre différence historique qui joua un rôle déterminant. Tandis qu'en Orient coexistaient quatre illustres patriarcats dont les influences se contrebalançaient, non sans conflits parfois, et que de surcroît ils coexistaient avec un pouvoir politique fort, d'abord chrétien, celui de l'empereur de Byzance, le basileus, puis musulman, unifié au fil des siècles entre les mains du sultan d'Istanbul, en Occident au contraire le seul et unique patriarcat, celui de Rome, se trouva, par suite de l'effondrement de l'Empire romain, détenteur de facto des attributs et de l'autorité, au moins nominale, inhérents à la dignité impériale tombée en déshérence[3]. Cette détention de facto, le pape de Rome n'eut de cesse de la transformer en détention de jure. D'où l'évolution vers une monarchie pontificale, caractérisée par l'absorption du pouvoir civil par l'autorité ecclésiastique ; celle-ci atteint son point culminant au XIe siècle avec la « querelle du sacerdoce et de l'empire » et la crise de Canossa, qui vit le triomphe (janvier 1077) du pape Grégoire VII Hildebrand sur l’empereur germanique Henri IV, la plus parfaite illustration de ce qu'on a appelé le « papocésarisme ».

 

L'idéologie monarchique ainsi développée par les pontifes romains était promise à un avenir multiséculaire, au point de survivre même au démembrement progressif des Etats pontificaux et à l'annexion en 1870, par le royaume d'Italie désormais unifié en totalité, de la dernière possession temporelle du pape : Rome. Même reclus volontaire en son palais du Vatican, le pape, comme l'a maintes fois signalé J. A. Ferrer Benimeli, continua de se proclamer le légitime « roi de Rome ». Seuls les accords de Latran, en 1929, mirent un terme à cette souveraineté fictive.

 

En Orient au contraire, on développa, en particulier à l'époque de « l'Empereur théologien » Justinien, au VIe siècle, une théorie de la « symphonie » entre les deux pouvoirs et les deux hiérarchies, ecclésiastique et politique, au sein d'une société unique: la « société chrétienne », christéponymon politeuma.

 

« Les plus grands dons que Dieu ait faits aux hommes sont le sacerdoce et l'empire : le sacerdoce pour le service des choses divines, l'empire pour l'ordre des choses humaines », est-il affirmé dans la sixième novelle de Justinien.

 

D'où une nette tendance à la soumission envers les pouvoirs établis, même non chrétiens ou antichrétiens, soumission pouvant parfois aller jusqu'à la compromission, ainsi qu'on l'a constaté dans l'histoire récente des rapports des Eglises orthodoxes avec les gouvernements communistes - hormis cependant en matière de foi, et cela sans exception.

 

Bref, tout séparait, culturellement, socialement, politiquement et ecclésiologiquement, les deux mondes chrétiens, devenus au fil des siècles totalement étrangers l'un à l'autre.

 

Cette incompréhension réciproque atteignit son paroxysme et se changea en mépris du côté des Latins et en haine du côté des Grecs avec la désastreuse quatrième croisade, marquée par la prise et le pillage de Constantinople en 1204 et l'établissement d'un empire latin d'Orient jusqu'en 1261. De là l'exclamation fameuse du duc d’Athènes, à l'occasion de la conquête de Constantinople par Mahomet II en 1453 : « Plutôt le turban turc que la tiare latine ! »

 

En fait, si étrangères, voire hostiles, que les deux chrétientés fussent devenues l'une à l'autre, des relations subsistaient pourtant entre elles et le schisme de 1054 ne les interrompit pas, comme on le croit à tort : les échanges se poursuivirent, même sur le plan religieux, jusqu'au XIIIe siècle au moins. La quatrième Croisade leur porta un coup fatal.

 

Mais ce qui isola à peu près complètement l'Orient chrétien, l'Orient orthodoxe, ce fut la conquête musulmane, arabe d'abord, turque ensuite. Or, dès le VIIe siècle, l'Egypte, la Palestine et la Syrie, c'est-à-dire les patriarcats d'Alexandrie, de Jérusalem et d'Antioche étaient passés sous la domination de l'Islam. Au XVe siècle, ce fut le tour de celui de Constantinople. Dorénavant, les peuples chrétiens d'Orient se trouvaient enfermés dans un statut, certes relativement protecteur, mais discriminatoire, vexatoire et humiliant, celui de dhimmi, qui attentait à leur dignité et les privait de toute liberté.

 

Il est vrai qu'entre temps les Slaves : Bulgares, Serbes, Russes (le « baptême de la Russie » date de 988) avaient été christianisés. Mais les Balkans tombèrent à leur tour aux mains des Turcs, aux XVe et XVIe siècles.

 

Au total, au XVIIIe siècle, quand apparaît puis se répand la Franc-Maçonnerie, le monde orthodoxe est, ou turc, ou russe. Désormais l'histoire du monde orthodoxe, l'histoire de l'Eglise orthodoxe et l'histoire de la Franc-Maçonnerie dans ces régions sont tributaires de l'histoire de l'Empire russe et de celle de l'Empire ottoman jusqu'à leurs disparitions respectives, le premier en 1917, le second en 1922.

 

Plus précisément encore, l'histoire de la Franc-Maçonnerie se confond avec celle de la pénétration des influences occidentales dans les ensembles clos que constituaient ces deux Empires, du moins dans une première période ; ensuite, le phénomène maçonnique est perçu en tant que tel et provoque des réactions sui generis, variables selon les temps et les lieux.

 

 

II Eglise orthodoxe et Franc-Maçonnerie

 

A) POINTS DE REPERE HISTORIQUES

 

Nous avons dit que, dans ce monde orthodoxe partagé entre l'influence russe et l'influence ottomane, Eglise et Franc-Maçonnerie vont évoluer en parallèle. Il convient donc de fixer quelques points de repère historiques.

 

1)     La Russie

 

C'est en Russie que les événements sont les plus aisés à décrire.

 

L'Eglise de Russie, jusque-là subordonnée à Constantinople, prit son indépendance en 1448, année où elle se déclara autocéphale et élut son premier métropolite, celui de Moscou. Elle le fit sous l'effet de deux facteurs:

 

a)       la quasi-certitude de la conquête de Constantinople par les Turcs, laquelle intervint en effet cinq ans plus tard, en 1453, avec pour conséquence la disparition de l'Empire romain (l'Empire byzantin ayant conservé ce titre historique), seul soutien de la foi orthodoxe, puisque celui d'Occident, le Saint Empire romain germanique était perçu comme hérétique et schismatique ;

b)      le refus du concile de Florence de 1438-39, au cours duquel, sous la pression du basileus, désespérément en quête de l'aide de l'Occident contre le péril turc, tous les participants grecs, le patriarche de Constantinople en tête, avaient accepté l'union avec Rome aux conditions de Rome - à une seule exception près, celle du métropolite Marc d'Ephèse, que l'Eglise orthodoxe canonisa ensuite pour cela. Cependant cette union ne fut pas reçue par le « peuple orthodoxe » qui, partout s'y opposa non sans violences contre les prélats qui y avaient souscrit et qui, la plupart, désavouèrent leur signature.

 

D'où l'idée que, la « première Rome » étant hérétique, la « seconde Rome » ayant failli et étant tombée en servitude, Dieu avait suscité une « troisième Rome », Moscou, et un nouvel empereur défenseur de la vraie foi : aussi les « grands princes » de Moscou prirent-ils le titre de tsar, c'est-à-dire de César. En 1589, l'Eglise de Moscou devint patriarcat et la pentarchie fut reconstituée ainsi : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Moscou.

 

Au XVIIIe siècle, Pierre le Grand, dans sa volonté forcenée de moderniser son empire, au besoin par la force, en important en tous domaines les mœurs occidentales, supprima le patriarcat en 1721 pour y substituer une organisation synodale inspirée du régime des Eglises protestantes. Le patriarcat de Moscou ne reprit vie, par un singulier paradoxe, qu'à la faveur de la révolution soviétique, en 1917-18. Cependant cette diminution honorifique n'altéra pas, comme on le verra, la vitalité de l'Eglise russe.

 

Quant à la Franc-Maçonnerie russe, son histoire se décompose en deux périodes distinctes, correspondant à deux formes de Maçonnerie très différentes : 1750 environ - 1822, et 1906 - 1918. Nous y reviendrons.

 

2) L'Empire ottoman

 

Dans l'Empire ottoman, les choses sont plus complexes.

 

a)      La Turquie d'Europe

 

La domination turque en Europe, qui avait atteint son apogée avec le siège de Vienne en 1683, n'avait cessé de refluer ensuite, et dès le XVIIIe siècle. A partir de 1821 (début de l'émancipation de la Grèce) jusqu'à 1922-24 (abolition du sultanat et proclamation de la République par Ataturk), et notamment après la guerre de Crimée en 1856, prirent leur indépendance, pour ne citer que les pays orthodoxes, la Roumanie ; la Serbie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine, dont la réunion devait constituer en 1919 la Yougoslavie ; la Bulgarie ; et enfin l'Albanie.

 

Dans ces mêmes pays, le démembrement de l'Empire ottoman fut accompagné d'un démembrement consécutif du patriarcat de Constantinople : celui-ci dut accepter nolens volens, souvent mis devant le fait accompli, la création des Eglises autocéphales de Grèce, de Bulgarie, de Roumanie, de Serbie et enfin d'Albanie.

 

Et, presque parallèlement, se constituèrent dans ces pays des Franc-Maçonneries nationales : Grandes Loges ou Grands Orients, qui vécurent ensuite d'une existence autonome en fonction des conditionnements locaux, notamment dans leurs rapports avec les Eglises nationales.

 

Dans tous les cas, il y a une distinction nette à faire entre l'activité de la Franc-Maçonnerie, et par conséquent la perception qu'on en a eu, avant et après l'indépendance.

 

b) La Turquie d'Asie

 

La question de la présence de la Franc-Maçonnerie dans la partie asiatique de l'empire ottoman, c'est-à-dire la Turquie proprement dite et ses anciennes possessions au Proche et au Moyen-Orient, est pratiquement hors de notre sujet. Nous ne la mentionnons que pour être complet, et parce qu'elle aurait pu susciter des réactions de la part des patriarcats historiques : Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie. Cependant, dans l'état d'abaissement et de sujétion qui était le leur, ils s'en abstinrent, car c'eût été courir le risque d'empiéter sur les prérogatives d'un pouvoir politique volontiers sourcilleux ; et ils le firent d'autant plus volontiers qu'une proportion infime d'Orthodoxes étaient impliqués dans cette activité typiquement occidentale, qui se limitait à l'établissement de ce qu'on pourrait appeler des « loges de comptoirs » réunissant commerçants, diplomates et marins européens, plus quelques rares autochtones épris d'occidentalisme.

 

En effet, il faut le dire sans hésiter, pour ne plus avoir à y revenir : partout hors d'Europe, la Franc-Maçonnerie est un instrument de l'influence occidentale, elle véhicule des conceptions, des valeurs et des idéaux occidentaux, et c'est comme telle qu'elle est partout, ou acceptée, ou combattue. C'est vrai dans le monde entier : la « greffe » maçonnique ne prend que là où le terrain est favorable à l'implantation de la culture européenne.

 

Instrument d'influence, elle peut même devenir instrument de domination ; un exemple caractéristique de cela est ce qu'on peut appeler la « Maçonnerie coloniale », laquelle a péniblement survécu - quand elle a survécu - à la disparition des empires coloniaux anglais et français. Il en va ainsi des pays du Proche et du Moyen-Orient surgis sur les décombres de l'Empire ottoman, nominalement indépendants au début mais maintenus durant quelques décennies sous influence ou tutelle occidentale : française pour le Liban et la Syrie, anglaise pour la Palestine, l'Irak et l'Egypte.

 

Ces remarques ne s'appliquent pas à toutes les formes de la Franc-Maçonnerie, mais toutes ont été englobées dans le même amalgame. Et c'est ce qui causa, en de nombreux endroits, leur perte.

 

3) La mort programmée de la Franc-Maçonnerie

 

Porteuse de valeurs de liberté, la Franc-Maçonnerie est honnie par la pensée totalitaire, que celle-ci soit religieuse ou athée ; à quoi s'ajoute, circonstance aggravante, le caractère judéo-chrétien qu'elle tire de son origine, de son inspiration et de sa symbolique. C'est pourquoi son histoire s'interrompt avec la conquête totale du pouvoir absolu par le communisme, en 1918 en Russie, en 1947-48 dans les autres pays d'Europe orientale, à la seule exception de la Grèce - qui d'ailleurs y échappa de peu. Au reste, dans ces pays, cette proscription ne faisait que renouveler celle qui, à proximité ou au début de la deuxième guerre mondiale, avait été décrétée sous l'influence directe ou indirecte du fascisme. Seule la décomposition des régimes communistes depuis 1989 et la chute du mur de Berlin a rouvert à la Franc-Maçonnerie un espace de liberté encore difficile à mesurer.

 

Quant aux pays musulmans, après le départ des puissances coloniales, l'interdiction a été absolue et paraît irrévocable, et elle l’est plus que jamais avec la montée en puissance du fondamentalisme. Enumérons :

-         En Syrie, plus rien ;

-         En Irak, plus rien ;

-         En Jordanie, plus rien ;

-         En Egypte (où la Franc-Maçonnerie fut florissante), plus rien ;

-         En Tunisie, plus rien ;

-         En Algérie, plus rien.

Au Maroc, qui ne fut jamais au pouvoir des Ottomans mais que nous ajoutons pour compléter le tableau, une existence discrète, presque souterraine, est tolérée.

D’après des sources, il y aurait encore quelques rares loges clandestines en Cisjordanie, mais menacées.

 

Bref, dans l’espace couvert jadis par l'Empire ottoman, il n'y a plus qu'en Turquie et en Israël que la Franc-Maçonnerie ait une existence légale, et cela pour la simple raison que ces deux Etats sont officiellement laïcs. Ajoutons le Liban, pays multiconfessionnel. Cela pose le problème parfois critique de sa coexistence avec le fondamentalisme, musulman d'un côté, juif de l'autre.

 

Il n'est pas inutile de noter au passage que, d'une façon qui n'étonnera que ceux qui auraient oublié que la Maçonnerie a une origine chrétienne, les communautés chrétiennes - en l'occurrence les communautés orthodoxes - ont un sort identique : les chrétiens ont été et sont aussi mal tolérés que les Francs-Maçons par ces totalitarismes et ces intégrismes.

 

Reste que la Franc-Maçonnerie, que nous avons présentée jusqu'à présent d'une façon unitaire, d'abord pour la commodité de l'exposé et ensuite parce qu'elle est perçue comme telle par ceux qui lui sont étrangers et notamment par ceux qui la combattent, en réalité ne l'est pas : comme nous le disions au commencement, elle comporte au moins deux formes.

 

 

B) LES DEUX FORMES DE LA FRANC-MAÇONNERIE

 

Nul ne conteste qu'à l'origine la Franc-Maçonnerie ait été une Fraternité chrétienne, faite par des chrétiens pour des chrétiens, et c'est un fait désormais bien établi que ce qu'Anderson avait en vue, c'était - pour employer une formule anachronique - la « coexistence pacifique » des chrétiens, à l'exclusion de tous autres. Il est de fait aussi qu'en Angleterre comme en France et sur le reste du continent, durant tout le XVIIIe siècle la Franc-Maçonnerie était chrétienne. Mais pourquoi l'était-elle ? Parce que la société était chrétienne, et qu'elle en était le reflet. La Franc-Maçonnerie était chrétienne de facto, elle l'était sociologiquement, elle ne l'était pas idéologiquement et par une volonté délibérée - à quelques exceptions près dont nous allons parler.

 

Au XIXe siècle, elle continua, pour l'essentiel, à se conformer à l'idéologie sociale dominante, à descendre le courant, comme une barque sur un fleuve, de la société où elle avait sa place. C'est ainsi qu'en Angleterre, par exemple, les valeurs de liberté dont par nature elle est porteuse donnèrent naissance à un libéralisme qui resta cantonné dans les limites du conformisme institutionnel et religieux qui était la marque de la société victorienne. On est fondé à dire que dans ce pays, comme aussi aux Etats-Unis, si la Franc-Maçonnerie est demeurée croyante, c'est par conformisme. Et l'on peut également dire que si, en France à la même époque, la Franc-Maçonnerie est à l'inverse devenue incroyante, c'est aussi par conformisme : parce que les bouleversements que la Révolution, par une suite de conséquences en chaîne, avait apportés dans les croyances, les opinions, les mœurs et les institutions, avaient provoqué ce qu'on appellerait maintenant une fracture idéologique, qu'ils avaient engendré une idéologie sociale caractérisée par la contradiction, l'antagonisme, la contestation. En un mot, le libéralisme prit là un ton contestataire et l'exerça sans limites aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine religieux.

 

Tel est le résumé de ce que nous avons appelé la « Maçonnerie sécularisée » : qu'elle soit croyante ou incroyante ne change rien à son fond.

 

Mais cette Maçonnerie-là n'est pas toute la Maçonnerie. Au XVIIIe siècle déjà, de bons esprits revendiquaient pour la Maçonnerie une valeur spirituelle et non pas seulement sociale, une spiritualité qu'ils refusaient de voir dénaturer, et cette spiritualité était chrétienne. De là la réaction qui se fait jour dans la deuxième moitié du siècle, avec comme point de départ, en Angleterre, la création de la Grande Loge des Anciens en 1751. Ce mouvement se traduit par une floraison de grades et de systèmes tous plus chrétiens les uns que les autres. Citons, dans le désordre : en Angleterre, les Harodim (naguère étudiés par le Révérend Neville Barker Cryer), l'Arche Royale, qui à l'origine était totalement chrétienne, l'Ordre Royal d'Ecosse, les Knights Templar...; en Europe continentale, le grade de Rose-Croix, la Stricte Observance puis le Régime Ecossais Rectifié, les Clercs du Temple, le Système suédois et le Rite de Zinnendorf, les Rose-Croix d'Or d'Ancien Système, ainsi que, en Russie seulement, le Rite de Melessino. Tous ces grades et rites avaient en commun une spiritualité très affirmée, un cérémonial presque religieux, à quoi s'ajoutaient pour certains une doctrine métaphysique ou une inspiration mystique, le tout empreint d'un christianisme presque hyperbolique, en tout cas nullement dévitalisé.

 

Le XVIIIe siècle fut l'âge d'or de ce mouvement, que l'appellation de « christianisme maçonnique » dépeint mieux que celle de Franc-Maçonnerie chrétienne. On peut retenir l'expression de « Franc-Maçonnerie mystique », popularisée par René Le Forestier et reprise par Antoine Faivre ; c'est ce que nous ferons.

 

Ce courant subit une éclipse notable au XIXe siècle, pour resurgir de nos jours. Mais le siècle dernier fut celui de la Maçonnerie sécularisée triomphante. Et l'on conçoit aisément que ces deux formes de Franc-Maçonnerie qu'en fin de compte tout différencie, ne pouvaient certes pas avoir le même impact ni être reçues de la même façon. La césure entre le XVIIIe et le XIXe siècles, marquée pour l'Europe entière par la Révolution française et son rejeton l'empire napoléonien, trace aussi la frontière entre un monde maçonnique et un autre.

 

 

C) L'AGE D'OR DE LA FRANC-MAÇONNERIE MYSTIQUE - LA RUSSIE

 

Si le XVIIIe siècle fut l'âge d'or de la Franc-Maçonnerie mystique dans l'Europe occidentale, catholique et protestante - du moins dans les pays où elle n'était pas proscrite - il ne le fut, en ce qui concerne l'Europe orthodoxe, que dans la seule Russie, puisque le reste de ce monde était emprisonné dans son ghetto islamique. Il serait au reste plus exact de parler de XVIIIe siècle finissant, car ce courant ne commença à s'y déverser qu'à partir de 1775. Mais alors, quel jaillissement ! Tous les systèmes maçonniques précédemment mentionnés coexistent et sont pratiqués simultanément sans se concurrencer, contrairement au reste de l'Europe.

 

Tatiana Bakounine, qui s'est efforcée de dresser à partir de documents d'archives, forcément incomplets, la liste des membres de la Franc-Maçonnerie russe depuis ses débuts jusqu'à son interdiction en 1822, en évalue le nombre à 4 ou 5000 au commencement du XIXe siècle. Elle a constitué un répertoire de 3267 noms, où toutes les classes de la société sont représentées, depuis des membres de la famille impériale jusqu'à quelques (rares) serfs ou affranchis en passant, comme partout ailleurs en Europe, par des membres de la Cour, des hauts fonctionnaires, des militaires (en grand nombre), des universitaires, des marchands, etc. - et, ce qui nous importe, vingt-quatre membres du clergé identifiés, plus trois autres dont les noms n'ont pas été retrouvés. Vingt-quatre seulement, mais pas n'importe lesquels : quatre métropolites, dont le fameux Philarèthe de Moscou, deux archevêques, cinq archiprêtres et trois archimandrites (abbés de monastères).

 

L'appartenance de Philarèthe à la Franc-Maçonnerie est un fait de première importance. Métropolite de Moscou, il occupait le siège le plus élevé en dignité de l'Eglise russe : il eût été patriarche si le titre n'avait pas été supprimé. Il l'occupa durant plus de quarante ans (de 1825 à 1867) et avec un grand éclat. Erudit, philologue, grand amateur de l'école spirituelle française du XVIIe siècle, y compris Fénelon et Mme Guyon, et encore des théosophes et des « illuminés » tels Jung-Stilling et Eckartshausen, familier des Pères de l'Eglise et tout particulièrement des Pères grecs, pédagogue infatigable, orateur inspiré, il fut le grand rénovateur des études ecclésiastiques en Russie et en particulier de l'enseignement de la théologie. Un éminent théologien russe contemporain, le P. Florovsky, écrit de lui : « Dans l'histoire de la théologie russe moderne, Philarèthe de Moscou fut le premier pour qui elle était devenue le but de la vie et une étape indispensable de l'ascèse spirituelle. Il ne faisait pas que théologiser, il vivait en théologisant » (Florovsky, p. 239).

 

Il se nourrissait quotidiennement de l'Ecriture, dont il disait qu'elle était « la Parole de Dieu vivant dans l'Eglise, vivifiant chaque âme vivante ». C'est pourquoi il s'adonna totalement, de 1816 à 1820, à la traduction de la Bible en russe : grande innovation, car jusqu'alors seule était admise la Bible en slavon (la langue liturgique), et innovationfort critiquée en des termes tout à fait semblables à ceux qui, deux siècles auparavant, avaient accueilli les premières traductions de la Bible en allemand ou en français. Or la préface à cette traduction était contresignée par deux autres métropolites qui ont étroitement collaboré à l'oeuvre de Novikov dont nous parlerons ensuite et qui figurent tous deux dans le répertoire maçonnique de Tatiana Bakounine. En outre, l'entreprise avait été patronnée par la Société Biblique, à laquelle collaboraient plusieurs Francs-Maçons notoires, dont on retrouve les noms dans le même répertoire.

 

C'est dire l'état d'esprit de ces Francs-Maçons russes. Au demeurant, pour s'en rendre compte, il suffit de les écouter eux-mêmes. En voici un:

 

« …Si tu te trouves en présence d'une franc-maçonnerie dont les membres cherchent à acquérir une connaissance profonde de soi-même, à atteindre à un perfectionnement moral dans l'esprit du christianisme, en suivant une voie droite, sévère et sans détours ; si tu rencontres une franc-maçonnerie hostile à toutes tendances ou associations politiques ainsi qu'à tout ce qui se rapproche de la saoulerie et de la débauche - une franc-maçonnerie dont l'idéal est la liberté qui aide à vaincre et à maîtriser les passions et les vices, - tu peux être sûr que cette franc-maçonnerie, ou bien est la vraie, ou bien conduit à la recherche et à la découverte de la vraie. Cette franc-maçonnerie compte un très petit nombre de membres ;  elle ne cherche point à l'augmenter. Comme ses membres n'ignorent point la quantité de faux maçons qui existent à notre époque, ils s'efforcent à travailler dans le silence et dans le secret absolu, ce que n'aiment point les faux maçons. » (Bakounine, pp. XII XIII).

 

En voici un autre :

 

« Un pays dont la franc-maçonnerie est bannie doit abandonner l'espoir de voir fleurir en son sein le bien-être public. De même que la religion et l'Eglise établissent un lien entre l'homme et le ciel par une force surnaturelle, de même la franc-maçonnerie relie l'humanité à cette force, en la guidant dans la voie de la vérité, de l'expérience et de la charité. » (ibid. p. XIV).

 

Et un autre encore, qui décrit ainsi les « formules » de la Franc-Maçonnerie :

 

«Lutte contre les forces du mal dans l'univers et dans nous, ascension des marches mystérieuses, le long de la chaîne qui unit le monde matériel au monde spirituel. Cet escalier est à marches nombreuses, cette chaîne se compose de chaînons innombrables, dont les principaux sont : connaissance de soi-même, pénitence, édification d'un temple intérieur, pénétration, chez les uns recherche de l'extase, chez les autres silence de la contemplation. » (ibid. p. XVI).

 

Et Tatiana Bakounine de relever (p. XII) que la Franc-Maçonnerie en Russie enseignait une « philosophie morale » qui faisait concurrence aux idées de Voltaire.

 

C'est ce que confirme l'analyse déjà citée du P. Florovsky. Ce dernier n'est pas a priori favorable à la Maçonnerie, ce qui ne donne que plus de prix à ses appréciations. Il formule à son propos des remarques quelque peu contradictoires. Il écrit d'abord (p. 161) : « Les Francs-Maçons furent des gens qui avaient perdu la voie orientale et s'étaient égarés sur des chemins occidentaux », ce qui est une manière assez négative d'exprimer le fait indubitable que la Franc-Maçonnerie est un apport occidental. Mais c'est pour ajouter ces propos assez remarquables :

 

« L'ascèse et le recueillement constituent l'apport historique de la Franc- Maçonnerie par laquelle l'âme russe retourna à ses sources hors de la dispersion et du vécu étranger » (p. 162).

 

Autrement dit, la Franc-Maçonnerie a permis à l'âme russe de se ressourcer : quel éloge ! Et la suite mérite d'être citée presque in extenso :

 

« La Franc-Maçonnerie n'est donc pas un simple épisode dans l'histoire de la nouvelle société russe, mais une véritable étape dans son développement. Vers les années 70, le mouvement englobait presque toutes les couches cultivées, les loges ayant poussé leurs racines de tous côtés... Les premières loges ne furent que des cercles déistes confessant une morale raisonnable et une religion naturelle qui tendaient à la connaissance de soi... Au début il n'y avait pas de différence entre les francs-maçons et les voltairiens. Le courant mystique arriva plus tard. Ce fut le cercle des Rosicruciens moscovites qui fut le plus influent parmi les foyers maçonniques de cette époque... Ce fut l'époque de l'éducation sentimentale de la société russe, celle de l'éveil du cœur. Ce fut dans la maçonnerie que le futur « intelligent » russe prendra conscience de sa déchirure, de la dualité du vécu et commencera à se languir de l'unité et à tendre vers elle... Dans la pratique, la maçonnerie mettra au point une méthode d'ascèse et de surveillance de soi. Selon Lopoukhine, le but du vrai maçon est de « mourir sur la croix de l'abnégation et de brûler du feu de la purification », la lutte contre la dispersion et l'ipséité, l'unification des sentiments et des pensées, l'éradication des passions, l'éducation du cœur et la contrainte de la volonté propre. « Ne t'adonne à rien tant que tu n'es pas débarrassé de ton moi en esprit, dans ton être et dans ton âme ». La lutte avec soi-même nécessite d'éviter toute volonté propre et tout amour de soi. Ne pas chercher, ne pas choisir sa croix, mais l'accepter si elle est donnée. Ne pas organiser son salut, mais l'espérer, en se soumettant joyeusement à la vie divine. La maçonnerie prêchait la rigueur de la responsabilité, l'originalité et la noblesse, la tempérance et l'absence de passion, la connaissance et la maîtrise de soi, la vertu et une vie calme au milieu du monde sans en laisser les vanités atteindre le cœur. Il fallait libérer en soi l'homme intérieur de l'emprise de la chair, « se dépouiller du vieil Adam » et chercher en soi la vérité. Mais la maçonnerie n'exigeait pas seulement un accomplissement personnel, elle demandait aussi un amour actif, « la première manifestation, le début et la fin du règne de Dieu ». L'activité philanthropique des maçons de cette époque est bien connue. La maçonnerie mystique fut un mouvement intérieur contre l'esprit des Lumières. Au plan théorique, tout son message s'oppose aux « vaticinations de la raison aveuglée », et à la fausse sagesse. L'accent passe sur l'intuition qui constitue le second pôle du XVIIIe  siècle, siècle à la fois sceptique et piétiste. En son temps, Fénelon ne fut pas moins populaire que Voltaire, la philosophie du sentiment et de la foi n'était pas moins importante que celle de l'encyclopédie. » (Florovsky, pp. 162-163). 

 

Le mouvement de retour intérieur, le repentir, la mort à soi-même, l'oraison : voilà Quelques traits de l'Eglise intérieure pour reprendre le titre du précieux petit ouvrage que Lopoukhine, cité dans le précédent texte, publia en 1791.

 

Quant à l'alliance étroite de la lutte contre l'ignorance par la diffusion de connaissances autres que les Lumières des « philosophes » au sens du siècle, et de la lutte contre la misère et le malheur par la pratique de la bienfaisance et de la philanthropie, elle trouve son illustration en la personne de Novikov, le plus grand peut-être des Maçons russes de son temps. Chef de file des « martinistes », comme on appelait en Russie, à cause de l'énorme succès de Louis-Claude de Saint-Martin, les Maçons qui pratiquaient le Régime Ecossais Rectifié (organisé par Willermoz à Lyon et ratifié au convent de Wilhelmsbad, où Schwartz, le prédécesseur de Novikov, avait représenté la Russie), Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte dans ce Régime, Novikov publia en dix ans, grâce aux trois maisons d'édition qu'il fonda et dont la plus célèbre est la Société typographique des Amis des sciences, quelques 461 ouvrages en tous domaines : sciences pratiques, mais aussi mystiques anciens et modernes, Pères de l'Église... En même temps, il subventionnait les étudiants pauvres, secourait les paysans en proie à la famine. Son but était de lutter contre la misère physique, morale et religieuse à la fois par les bienfaits auxquels les Maçons de son « cercle » (le cercle de Novikov devint vite célèbre) contribuaient généreusement, et par l'éducation et l'enseignement, domaine où son Frère et ami Schwartz s'illustra avec éclat.

 

Mais cette science était toujours éclairée par la lumière de la religion et de la foi. Et, à cette double entreprise, les membres les plus éminents du clergé russe s'associèrent étroitement. C'est à propos de Novikov que le métropolite Platon de Moscou (un des prédécesseurs de Philarète) écrivit à Catherine II :

 

« Je prie le Ciel pour qu'on puisse trouver un autre chrétien tel que lui, non seulement dans le troupeau que Dieu nous a confié, à toi et à moi, mais dans le monde entier » (Bakounine, p. XXXIV).

 

Il est vrai que Platon, selon des renseignements privés qui nous ont été fournis, et bien qu'il ne figure pas dans le recueil de Tatiana Bakounine, était lui aussi martiniste, ce que la tsarine ignorait évidemment.

 

Ainsi, l'activité des Francs-Maçons était « un obstacle à la libre pensée », selon le P. Florovsky, qui mentionne ce témoignage d'un contemporain : « Une simple parole de Schwartz suffisait pour arracher des mains de beaucoup, les livres tentateurs des athées et mettait à leur place la Sainte Bible » (p. 165).

 

Tout cela prouve surabondamment qu'il y eut, dans la Russie du XVIIIe siècle, plus qu'une étroite collaboration, une véritable compénétration et presque une symbiose entre la Franc-Maçonnerie et non seulement la religion, mais l'Eglise elle-même.

 

Rien n'illustre mieux cette réalité que la canonisation de Philarèthe de Moscou. Décrétée par le Synode de l'Eglise de Russie, elle donna lieu à une cérémonie solennelle célébrée en la cathédrale de la Dormition, au Kremlin, le 4 décembre 1994, sous la présidence du patriarche Alexis II, lointain successeur de saint Philarèthe.

 

Ainsi, avec ce dernier, la Franc-Maçonnerie se trouve-t-elle avoir fourni à l'Eglise russe un de ses saints les plus justement célèbres. Et si elle fut interdite à deux reprises, ce fut à chaque fois pour des raisons auxquelles l'Eglise était étrangère.

 

La première interdiction intervint en 1794 et fut le fait de Catherine II. Celle-ci, correspondante et disciple de Voltaire, méprisait le mysticisme et se gaussait de la Franc-Maçonnerie où elle ne voyait que charlatanerie, par assimilation avec Cagliostro à propos de qui elle composa trois comédies satiriques. Les idées de liberté étaient éminemment suspectes au despote éclairé qu'elle était ; et lorsque la Révolution se déchaîna, elle céda à l'antimaçonnisme façon Barruel, à l'instar de tous les souverains d'Europe.

 

La seconde interdiction, celle-là définitive, qui fut décrétée par Alexandre Ier en 1822, causa une stupéfaction d'autant plus grande que, depuis son avènement, il avait montré de l'amitié pour les Francs-Maçons - on a même prétendu, sans preuves déterminantes, qu'il avait été initié - et qu'il avait autorisé tacitement la réouverture des Loges qui brillèrent alors de leur plus vif éclat. (C'est alors que Joseph de Maistre, ambassadeur en Russie du roi de Sardaigne, les fréquenta, sinon assidûment, du moins à plusieurs reprises : ce que Jean Rebotton, éditeur de ses Ecrits maçonniques, a établi d'une manière concluante, contrairement à l'idée reçue selon laquelle l'auteur du Pape s'était définitivement écarté de la Franc-Maçonnerie depuis la Révolution).

 

Alexandre était tout le contraire de sa grand-mère : mystique exalté, fortement attiré par les théosophes Jung-Stilling et Baader, il tomba sous l'influence de la fameuse Mme de Krüdener et forma le rêve d'une « théocratie mystique » (Antoine Faivre) que la Sainte-Alliance, qu'il avait conçue et voulue, devait réaliser. Celle-ci, signée le jour de la fête de l'Exaltation de la Croix (28 septembre 1815), était évidemment une « anticipation du Royaume à venir du Seigneur ». La Franc-Maçonnerie n'avait évidemment pas sa place dans un dessein aussi grandiose et, à la veille du congrès de Vérone (20 octobre 1822), elle fut sacrifiée et englobée dans une proscription générale des sociétés secrètes.

 

Ainsi s'acheva une époque assez exceptionnelle qui vit ce phénomène rare : un mouvement spirituel venu d'ailleurs parvenir à ramener l'âme nationale jusqu'à sa source presque oubliée. S'il y eut une telle « symphonie » entre la Franc-Maçonnerie et l'Orthodoxie russes, c'est peut-être parce que cette Franc-Maçonnerie était mystique et que la nature même de l'Orthodoxie est justement d'être mystique. Pareille rencontre ne se retrouva plus ensuite, du moins à une telle échelle.

 

 

D) LE REGNE DE LA FRANC-MAÇONNERIE SECULARISEE

 

Au temps de la Maçonnerie tournée vers le royaume intérieur invisible succède celui de la Maçonnerie tournée vers les royaumes extérieurs bien tangibles : pays orthodoxes ou non, elle joue le même jeu.

 

Napoléon avait fait de la Maçonnerie un instrument de sa politique et un moyen d'asseoir sa domination : à l'intérieur, et c'était la Maçonnerie fonctionnaire et domestiquée, celle des préfets et des commissaires de police ; à l'extérieur, et c'était la Maçonnerie des Loges militaires, celles des maréchaux et des sergents, destinée à conforter ses conquêtes. Mais, porteuse de liberté, la Maçonnerie déjoua le conquérant. Certes, son affaire n'était plus la liberté intérieure, celle de l'esprit ; mais c'était la liberté d'agir, de parler, d'aller et de venir : liberté nationale revendiquée contre le conquérant étranger, liberté politique revendiquée contre le souverain despotique, liberté d'opinion revendiquée contre l'asservissement des esprits. Tel fut le processus irrépressible déclenché par Napoléon, fils rebelle de la Révolution. Sa Maçonnerie fut balayée par le réveil des peuples soumis à son oppression ; mais elle contribua au réveil des peuples opprimés par d'autres.

 

Dans cette histoire maçonnique politique, deux périodes sont à distinguer :

 

1) La Maçonnerie joua ainsi sa part dans la lutte pour l'indépendance de la Grèce : on y trouve des Maçons français, comme le général Favier, ou initiés en France, comme Capo d'Istria, ou encore en Russie, comme Ypsilanti, qui figure dans le recueil de Bakounine, et qui dissimula sa société patriotique « l'Hétairie » sous des dehors maçonniques. Elle joua aussi sa part dans la libération de la Serbie, de la Roumanie. Et partout, dans les rangs de ces Francs-Maçons libérateurs, on trouve des popes, des moines, et même des métropolites. A qui s'en étonnerait, rappelons que les peuples, les « nations », sont à la base même de la construction antique de l'Eglise. (Il ne faut pas chercher ailleurs l'explication de l'engagement actif de certaines Eglises dans l'actuel combat de libération nationale des Palestiniens, par exemple).

 

La Maçonnerie de ce temps-là était donc bien vue du clergé orthodoxe, au nom de la libération de la patrie.

 

2) Les indépendances une fois acquises et les Etats nationaux établis, vient ensuite, à la fin du siècle, le temps des Francs-Maçonneries institutionnelles. Elles n'ont aucune spécificité, elles s'alignent, soit sur le modèle anglais, et alors elles se conforment, elles coopèrent (ainsi en Bulgarie, où la Franc-Maçonnerie fait bénir ses temples par le clergé et donne à ses Loges des noms de Saints locaux) ; soit sur le modèle français, et elles contestent. La vision qu'on en a de l'extérieur varie donc en conséquence.

 

Mais dans tous les cas elles se réclament du libéralisme politique, de préférence parlementaire, ce qui leur vaut parfois les foudres d'un pouvoir répressif. C'est vrai en Turquie où la Franc-Maçonnerie, persécutée par le sultan Abdul Hamid qui voit en elle « l'instrument politique de l'Angleterre », ce qui n'est pas faux, reprend ensuite son essor après l'arrivée des Jeunes Turcs au pouvoir, en 1908.

 

C'est également vrai en Russie où un professeur de droit constitutionnel, Maxime Kovalevsky, un temps exilé en France pour ses idées libérales et initié alors au Grand Orient de France, revient en Russie en 1906 et, jusqu'à sa mort en 1916, y recrée une Franc-Maçonnerie qui n'avait rien à voir avec celle du siècle précédent mais qui se développa, écrit Nina Berberova, « avec une foudroyante rapidité ».

 

Bien que l'oukaze d'interdiction de 1822 fût toujours en vigueur, le tsar, trop occupé sans doute par Raspoutine, laisse faire ; l'Eglise, quant à elle, ne dit rien. En sorte que :

 

« Entre le début de la première guerre mondiale et février 1917, il n’y avait pas en Russie de profession, d'établissement gouvernemental ou privé, d'organisation ou de groupe qui ne comptât des Francs-Maçons dans ses rangs » (Berberova, p. 20).

 

On parle à ce propos de « Franc-Maçonnerie de la Douma », non pas tant à cause du grand nombre de députés à la Douma, l'Assemblée législative, qui en étaient membres, que parce qu'elle militait pour l'établissement d'un régime parlementaire. Elle était réformiste et très hostile à la révolution. Elle crut avoir partie gagnée avec Kerenski, dont tous les ministres sauf un, étaient Maçons comme lui. On sait ce qu'il en advint ensuite.

 

Reste que la révolution soviétique, avec la proscription de la Franc-Maçonnerie et la persécution antireligieuse qu'elle décréta, entraîna un double mouvement d'émigration dont les conséquences sont loin d'être épuisées aujourd'hui. Il se reconstitua une Franc-Maçonnerie russe en exil, en France notamment (cf. en particulier Berberova), qui eut une certaine influence sur la Maçonnerie française contemporaine. Et simultanément, des communautés orthodoxes s'établirent en Occident : France, Angleterre, Etats-Unis, donnant lieu à la naissance d'Eglises de diverses juridictions. D'où une nouvelle coexistence de la Franc-Maçonnerie et des Eglises orthodoxes, mais en Occident cette fois.

 

3) Sur l'entre deux guerres, il n'y a pas grand chose à dire. Le cours de la vie maçonnique ne diffère en rien dans les pays orthodoxes et dans les autres. Partout où existe un régime libéral ou du moins tolérant, elle se développe ; mais partout elle se heurte à un sentiment antimaçonnique qui ne cesse de se renforcer et qui va de pair avec l'antisémitisme et le nationalisme. A mesure que l'on approche de la guerre et que fascisme et nazisme étendent leur influence, l'existence des Loges devient plus précaire. Les mesures d'interdiction se succèdent, que l'on devance parfois par des mises en sommeil spontanées.

 

Est-ce une coïncidence ? On peut en douter. C'est à cette même époque, en 1933,  que se place la première condamnation officielle de la Franc-Maçonnerie par une Eglise orthodoxe : celle d’Hellade, c’est-à-dire de Grèce. Rappelons au passage qu'en ce pays, l'Eglise est constitutionnellement liée à l'Etat et que l'orthodoxie y est religion d'Etat ; et il est à présumer, sauf preuve du contraire, que cet état de choses n'a pas été étranger à l'événement.

 

Considérons l’époque : montée simultanée dans toute l’Europe des passions antisémites, antimaçonniques et xénophobes (le trio juifs-franc-maçons, « métèques » est partout brandi) ; établissement de régimes autoritaires : fascisme en Italie (1922), nazisme en Allemagne (1933), pour ne citer que ces deux cas…

 

Quatre ans plus tard, en 1937, même proscription en Roumanie, pour des motifs analogues.

 

Les deux autres condamnations officielles intervinrent deux décennies plus tard, dans les années 50, en pleine guerre froide, aux Etats-Unis, pour des raisons tenant clairement à la situation intérieure des Etats-Unis. Elles furent promulguées par l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières (fondée par des émigrés russes après la révolution bolchevique) et par l’Eglise orthodoxe américaine. La liste s’arrête là.

 

On se limitera à la première de ces condamnations, celle de Grèce, car ses attendus ont été répétés ad nauseam.

 

 

E) LA CONDAMNATION DE L'EGLISE DE GRECE

 

Ainsi donc, Le 12 octobre 1933, l'assemblée des évêques de Grèce présidée par l'archevêque d'Athènes Chrysostome promulgua une condamnation solennelle de la Franc- Maçonnerie, interdisant à tout clerc d'en être membre sous peine de dégradation, et invitant instamment les fidèles qui se seraient fourvoyés dans les loges à rompre toutes relations avec elles.

 

Les attendus sont d'une grande banalité : la Franc-Maçonnerie est une religion idolâtrique, héritière des mystères de l'Antiquité; c'est une organisation secrète, qui agit et enseigne secrètement et mystérieusement ; elle accepte, non seulement des chrétiens, mais encore des juifs et des musulmans ; elle conduit au syncrétisme ; elle « déifie le rationalisme ». Conclusion : la Franc-Maçonnerie est un système faux et antichrétien, et elle est absolument incompatible avec le christianisme (texte in extenso dans Walton Hannah, pp. 70 à 74).

 

Ce qu'il y a de plus étonnant dans ce texte, qui donne une impression justifiée de déjà vu, c'est qu'il paraît recopié mot pour mot des documents pontificaux romains de même nature. L'argumentaire ou plutôt le réquisitoire, la documentation sur laquelle il s'appuie, les griefs énoncés, les conclusions qui en sont tirées : en tout cela c'est un texte occidental, voire romain, où rien ne rappelle la vision théologique propre à l'Orthodoxie. Pour une Eglise qui donne dans l'antipapisme militant, voire exacerbé - c'est ainsi qu'elle a rompu sa communion avec le patriarche Athénagoras à cause de l'entrevue de ce dernier avec le pape Paul VI - ce n'est pas le moindre des paradoxes !

 

Tel quel, il n'est pas du tout concluant et n'a guère été suivi d'effets, même en Grèce, semble-t-il, puisque la condamnation a dû être réitérée en 1949, avec appel au bras séculier, en l'occurrence le roi Paul, puis de nouveau en 1969 ; et en tout cas elle n'a eu aucune répercussion ailleurs.

 

 

F) SITUATION ACTUELLE

 

Toute Eglise orthodoxe comporte des membres, laïcs, prêtres, évêques, qui ont des opinions opposées sur la Franc-Maçonnerie, ce n'est pas pour autant qu'elle adopte une de ces opinions. Elle ne se prononce pas, elle ne tranche pas. C'est l'attitude commune à toutes - hormis les quatre citées. Et c'est pourquoi l'on voit des clercs et des laïcs orthodoxes combattre la Franc-Maçonnerie, d'autres, d'une même Eglise, l'apprécier et d'autres encore y adhérer.

 

C'est ainsi que, le fait est notoire, le patriarche Athénagoras fut reçu au 33e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté - mais aux Etats-Unis, où il avait accompli sa carrière ecclésiastique. Ce qui fit qu'au cours d'une rencontre œcuménique au sommet qui réunit le pape Paul VI, le patriarche Athénagoras et le docteur Fischer, archevêque de Cantorbéry et primat de l'Eglise d'Angleterre, sur les trois participants deux étaient Francs-Maçons...

 

Quant à l'auteur de ces lignes, il a assisté, en sa double qualité de clerc et de Franc-Maçon, à l'initiation en France d'un évêque roumain, originaire d'un pays où l'antimaçonnisme passe pour assez développé.

 

 

Conclusion : Le Temple de l'homme

 

Le document grec se trompe, comme se trompent les documents romains. On juge l'arbre à ses fruits, a dit le Christ. L'expérience prouve que la Maçonnerie bien entendue et bien pratiquée, loin d'altérer ou d'affaiblir la foi, y ramène ceux qui en manquent et la fortifie chez ceux qui l'ont. La liberté qu'elle insuffle n'est pas la licence, c'est la liberté spirituelle ; l'égalité qu'elle enseigne n'est pas l'égalitarisme, c'est l'égalité de nature ; la fraternité qu'elle pratique n'est pas la camaraderie, c'est l'amour entre fils d'un même Père.

 

Mais il y a plus important. L'Eglise et la Franc-Maçonnerie font toutes deux œuvre spirituelle, et œuvre spirituelle sur l'homme. L'Eglise pourrait donc s'offusquer d'une possible concurrence entre elle, qui non seulement est d'institution divine mais est de nature divino-humaine, « théandrique » disent les Pères, et une organisation, peut-être bénie de Dieu, mais d'institution et de nature purement humaines. Elle le pourrait si cette concurrence était possible, mais elle ne l'est pas. Et cela parce que l'initiation n'est pas un sacrement et que la Franc-Maçonnerie n'est ni une Eglise, ni une contre-Eglise, ni une super-Eglise. Même lorsqu'il s'agit d'une Franc-Maçonnerie chrétienne, elle ne fait pas double emploi avec l'Eglise. La Franc-Maçonnerie ne distribue pas les sacrements, ne célèbre pas les mystères, c'est le rôle de l'Eglise, et d'elle seule. Le rôle de la Franc-Maçonnerie, c'est de construire le temple où se célèbrent les mystères, dont le plus grand est celui de l'union de l'homme à Dieu. Ceci mérite une explication.

 

Il existe une doctrine chrétienne de l'initiation et cette doctrine, on la trouve dans plusieurs des Systèmes maçonniques qui étaient pratiqués en Russie au XVIIIe siècle et dont certains subsistent aujourd'hui : le Système suédois en Scandinavie, le Rite de Zinnendorf en Allemagne et le Régime Ecossais Rectifié, toujours bien vivant en France, en Suisse et en Belgique, comme aussi en Espagne et au Portugal. C'est dans le Régime Ecossais Rectifié que cette doctrine se trouve le plus clairement et le plus complètement énoncée dans les « instructions » qui font partie intégrante du rituel. Elle l'est de la façon suivante :

 

1) l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance divine, donc dans un « état primitif glorieux », c'est-à-dire revêtu de la lumière divine ;

 

2) cet homme, par sa libre volonté, a chuté :

il a par conséquent perdu la ressemblance divine ;

mais en revanche il conserve en lui l'image divine ; même si celle-ci est déformée, devenue difforme, elle subsiste néanmoins inaltérée, parce qu'inaltérable ;

 

3) l'initiation est un des moyens procurés par la Providence à cet homme déchu (et par là même éloigné à une distance incommensurable de son origine, de son « vrai orient ») pour l'y ramener, et cela par un travail, le travail initiatique, consistant à rétablir la ressemblance à l'image, à restaurer la conformité du type au prototype, de l'homme à Dieu.

 

On ajoute que, si le Maçon suit les « leçons » de l'Ordre :

 

« il accomplira sa sublime destinée, il recouvrera cette ressemblance divine qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence, qui est le but du christianisme et dont l'initiation maçonnique fait son objet principal ».

 

Mais cette ressemblance divine, l'homme peut-il la recouvrer par lui seul ? Absolument pas. Il lui faut de toute nécessité l'action d'un Médiateur, qui unisse en lui-même à la fois la nature divine, dans son éternelle perfection, et la nature humaine, dans la perfection qu'elle avait à l'origine et qu'elle est appelée à recouvrer à la fin, autrement dit vrai Dieu et vrai homme - en un mot le Christ.

 

Or tout cela, c'est très exactement l'enseignement dogmatique que l'Eglise orthodoxe donne à l'homme sur lui-même et sur son destin. Ce thème de l'image et de la ressemblance en est le leitmotiv : le destin de l'homme est de devenir semblable à Dieu, de devenir dieu par la grâce, et c'est dans ce dessein que Dieu s'est fait homme. « Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne dieu ».

 

Citons un évêque orthodoxe contemporain :

 

« Le sacrement dégage la personne unique des événements de l'histoire, la mettant en face des Personnes divines. L'initiation procure les énergies nécessaires à l'accomplissement de l'histoire. L'homme parcourt ainsi deux chemins simultanés :

-         la découverte de l'image, du modèle propre, de la valeur de l'humain en soi, par l'initiation ;

-         le passage de l'image à la ressemblance divine, à l'iconographie divine, par le sacrement. » (Mgr. Germain de Saint-Denis, p. 36).

 

L'initiation met l'homme sur le chemin de son destin, le sacrement le couronne. Et ce chemin, c'est le Christ, en qui l'homme et Dieu s'unissent, s'épousent.

 

Pour prendre une autre symbolique : c'est faire que l'homme se construise Temple, en qui Dieu fera sa résidence.

 

Tel est l'objet du travail maçonnique. Voilà pourquoi on donne à contempler, à certains grades du Régime Rectifié, mais aussi dans d'autres systèmes maçonniques, la mort et la résurrection glorieuse du Christ.

 

Voilà aussi pourquoi il y a une telle harmonie, une telle « symphonie » entre l'Orthodoxie et la Franc-Maçonnerie, surtout chrétienne, et pourquoi un clerc orthodoxe quelque peu teinté de théologie peut y vivre la plénitude de la foi dans la plénitude du processus initiatique.

 

Université d’été de Madrid, Escurial, juillet 1995

Revu et complété le 11 février 2015

 


Bibliographie sommaire

 

  • Nicolas Afanassieff, L 'Eglise du Saint-Esprit, Paris, Cerf 1975.

 

  • Tatiana Bakounine, Répertoire biographique des Francs-Maçons russes, Paris, Institut d'études slaves, 1967.

 

  • Nina Berberova, Les Francs-Maçons russes du XXe siècle, Paris, éd. Noir sur Blanc, 1990.

 

  • Paul Evdonikov, L'Orthodoxie, Paris, Desclée de Brouwer, 1979.

 

  • Antoine Faivre, L'Esotérisme au XVIIIe siècle, Paris, Seghers, 1973

 

  • José Ferrer-Benimeli, Les Archives secrètes du Vatican et de la Franc-Maçonnerie, Paris, Dervy-Livres, 1989.

 

  • Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, T. 1, Paris, Desclée de Brouwer, 1991.

 

  • Jean Meyendorff, L'Eglise orthodoxe hier et aujourd'hui, Paris, Seuil, 1960.

 

  • Mgr Germain de Saint-Denis, Sacrement et initiation, in Chrétiens et Francs-Maçons dialoguent, Ed. de l'Université de Bruxelles, 1993.

 

  • Walton Hannah, Darkness Visible, Devon, Augustine Press, 1984.

 

  • Eugen Lennoff, The Freemasons, London, A. Lewis, 1978.

 

  • Daniel Ligou (sous la direction de), Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, Paris, PUF, 1987.

 

  • Stefania Pavan-Pagnini, La Massoneria in Russia nel Settecento in Storia della Massoneria, n° 2, Turin, Edimai, s.d.

 

  • François Thual, Géopolitique de la Franc-Maçonnerie, Paris, Dunod, 1993.

 

  •  François Thual, Géopolitique de l'Orthodoxie, Paris, Dunod, 1974.

 

  • Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d'Orient, Paris, Fayard, 1994.

 


  • Jean-François Var, Propos sur la Franc-Maçonnerie chrétienne in Chrétiens et Francs-Maçons dialoguent.

 


[1] Même chose pour la rencontre à Jérusalem du pape François et du même patriarche Batholomée (25 mai 2014).

[2] Un exemple frappant : la traduction latine des Actes du IIe  concile de Nicée (787) rétablissant le culte des icônes, après la période iconoclaste, traduction pourtant procurée par le pape Hadrien Ier, était tellement fautive qu’elle donnait à penser que le concile préconisait l’adoration des icônes, donc l’idolatrie. C’est pourquoi Charlemagne convoqua à Francfort en 794 un concile occidental pour condamner Nicée II et anathématiser ses décisions.

[3] Et aussi de son administration centrale (la chancellerie).

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Communiqué du Grand Orient Arabe Œcuménique :
Le Grand Orient Arabe Œcuménique est indigné par l'attentat perpétré au siège du journal Charlie Hebdo. Nous condamnons avec la plus grande fermeté de tels agissements. Nous présentons nos sincères condoléances et notre soutien aux familles des victimes . Après l'émotion des premières heures qui ont suivi le drame, Après le silence qu'impose le respect des victimes et de leurs famille, le GOAO réaffirme son souci d'unité et de cohésion de la République devant les dangers menaçant nos valeurs.
Puisque notre travail est de rassembler ce qui est épars, notre conviction intime est de tout faire pour rassembler toutes et tous les citoyens autour du socle commun que sont la liberté, l'égalité et la fraternité.
Ce drame effroyable et la perspective d'un avenir incertain nous obligent à être plus que jamais vigilant pour sauvegarder le vivre-ensemble.

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ATTENTION :

Report de la Conférence sur "Kabbale et Initiation" au Jeudi 5 Février 2015 au lieu du Samedi 17 Janvier 2015:
Suite aux derniers évènements la conférence sur la "Kabbale et Initiation" a été reportée au Jeudi 5 Février 2015 à 19h30. Vous serez de nouveau informé du lieu et autres informations utiles! 
Merci de votre compréhension.
 

Conférence-Dîner-Débat le Samedi 17 Janvier 2015 à 19h30 à Paris ( France ) :
Kabbale et Initiation



La Respectable Loge Khalil Gibran ( GOAO ) vous invite à la Conférence ( Diner-Débat ) à Paris le Samedi 17 Janvier 2015 à 19h30 autour du Rabbin Gabriel HAGAÏ * sur le thème:

" KABBALE et INITIATION "

( Sujet qui n'a jamais été révélé à ce jour aux non-initiés )

 

- Les places étant limitées, prière de vous inscrire dès aujourd'hui au

goao@orange.fr

- Ouvert au Public

- Participation : 25 euros ( à régler sur place )

- Lieu : Restaurant " Le LUTIN "

( un des meilleurs couscous parisiens " Le Guide du Routard ")

3, rue Bourdaloue -75009 Paris

Métro : Notre Dame de Lorette

 * Le Rabbin Gabriel HAGAÏ est enseignant-chercheur à l’EPHE (École Pratique des Hautes Études, Sorbonne), et à l’IRHT (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, CNRS), et collaborateur du laboratoire Dialogue et Conversion de l’ISTR (Institut de Science et de Théologie des Religions, Institut Catholique). Membre du Comité Interreligieux de la Famille Franciscaine, vice-président de l’association CIEUX (Comité Interreligieux pour une Éthique Universelle et contre la Xénophobie), délégué pour le judaïsme de l’association Artisans de Paix, et membre du Conseil des Sages de l’association les Amis de la Paix (Le Mans).



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Le Grand Orient Arabe  Œcuménique  souhaite à ses FF:. et SS:. de confession chrétienne un Très Joyeux Noël 
BONNE ANNEE 2015

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La Place de Jésus dans l'Islam


par Cheikh Khaled BENTOUNES


Pour comprendre la place de Jésus (sur lui le salut et la paix) dans l’Islam il faut aller à la source, revenir au Coran : message divin révélé au Prophète Mohammed (sur lui le salut et la paix).

A l’avènement de l’Islam, il y avait de nombreux sujets de division entre les différentes communautés chrétiennes (les monophystes, nestoriens, priscilliens, ariens…) se réclamant du message de Jésus. Est-il fils de Dieu ? Dieu lui-même ? Quelle place accorder à Jésus ? Dans ce contexte le Prophète Mohammed, à travers la révélation coranique, va honorer et réhabiliter Marie et préciser la mission de Jésus.

Dans l’Arabie pré-islamique, deux événements majeurs, en relation avec les chrétiens marquent le destin du Prophète : le premier, lors d’un voyage avec son oncle Abu Talib en Syrie à l’âge de 7 ans Mohammed est reconnu, à certains signes, par le moine chrétien nestorien Bahira. Le second a lieu lors de la première révélation du Coran au Mont Hira qui troubla le Prophète et c’est un chrétien dénommé Warraka, parent de sa femme Khadija, qui lui confirmera sa mission prophétique .

On peut aussi ajouter qu’au cours de la période mecquoise où les musulmans étaient oppressés le Prophète Mohammed recommande à ses compagnons d’émigrer vers l’Abyssinie chrétienne avec qui il entretenait une relation cordiale et amicale. En effet, le Négus, roi d’Abyssinie, avait entendu parler du Prophète et lu les premiers récits coraniques parlant de Jésus et Marie. Ayant été touché par la vénération et le respect avec lequel le Coran parlait de Jésus et de sa mère, il accorda sa protection aux premiers émigrés de l’Islam malgré la réprobation répétée des mécquois avec lesquels pourtant il entretenait un fructueux commerce.

A sa mort, le Prophète Mohammed réunit ses compagnons et il fit avec eux une prière dans la mosquée de Médine pour le repos de son âme. Un autre événement qui donne réfléchir sur les relations qui existaient entre les deux communautés. Lorsque la délégation du Najrân (région se situant actuellement au Yémen) arriva à Médine avec soixante personnes et à sa tête un évêque pour voir le Prophète et passer avec lui un pacte d’alliance. Voulant prier il demandèrent un lieu pour célébrer l’office. Le Prophète leur suggéra que le meilleur lieu pour prier était sa mosquée : la maison dédiée à l’adoration de Dieu. Et pour la première fois la messe sera célébrée dans l’un des lieux les plus saint de l’Islam

On le voit, la reconnaissance et le respect de Jésus et de sa communauté existent dès le début de la mission du Prophète. Ainsi les rapports entre l’Islam et la chrétienté se trouvent dès le départ invités au dialogue et au respect mutuel.

Comme les textes le prouvent, il existait un rapport fécond, d’une grande richesse d’échanges tant du point de vue intellectuel, artistique, commercial et spirituel, malgré les affrontements d’intérêts politiques, économiques, qui jalonnent l’histoire, chacun utilisant ses références religieuses et dogmatiques pour justifier sa domination. Ce bref aperçu évoqué, quel regard porte le musulman ouvert et sincère sur Jésus (Sidna Aissa) très souvent associé à Marie (Myriam) ?

Il est considéré comme un être spirituel exceptionnel. Exception confirmée par le Prophète quand il annonce le retour de Jésus pour les temps messianiques où la paix, la justice, l’égalité triompheront enfin sur terre.

Donc dans la conscience musulmane le retour de Jésus est une espérance. C’est la fin d’un cycle apocalyptique au cœur duquel se trouvent les germes du renouveau. Dès lors les hommes s’uniront pour oeuvrer au bien de l’humanité et terrasser le mal.

Ce que je viens d’évoquer, concerne l’aspect extérieur, l’aspect temporel celui lié au sens de l’histoire. Il existe un autre aspect peu connu c’est celui de la place accordée à Jésus par l’ésotérisme musulman. C’est celui relatif au verbe incarné de Dieu comme le dit le Coran sourate 4, verset 171 :

Cela signifie qu’il est intemporel. II ne peut être ni cerné, ni connu, ni localisé. Le message spirituel de Jésus ne peut pas se révéler à celui qui ne va pas à la source même d’où émane cette réalité divine. Dans l’ésotérisme musulman (Tacawwuf - soufisme), il y a des stations (degrés spirituels) pour chaque prophète évoqué dans la Bible, et dans le Coran. La station de Jésus est particulière et parmi les plus élevées. Son enseignement délivre une spiritualité pure sans lien déterminé dans le temps et dans l’espace.

Cette réalité se révèle à celui qui fait l’effort soutenu d’arriver à cette station, à ce maqqam de Sidna Aïssa (Jésus). Celui-ci, délivre un message extraordinaire : la force de l’amour à puissance sur tout. Par sa naissance Jésus nous apprend que les lois physiques, et temporelles qui gèrent la création peuvent être bouleversées voire inversées par le divin, telle la résurrection des morts. Notre conception du divin se référant uniquement aux lois qui gèrent le monde manifesté est si limitée, qu’elle nous empêche de comprendre la mission de Jésus et sa station. De ce fait, son message demeure inconnu pour le plus grand nombre.

Pour les soufis, Jésus est l’émanation ou la démonstration physique que l’être par une voie initiatique peut retrouver l’essence universelle qui donne équilibre et harmonie au monde manifesté, mystère de la création. L’avènement du message mohammadien vient confirmer et révéler dans sa profondeur le contenu du message christique. Comme le dit le prophète Mohammed « Nul n’est plus en droit de se réclamer de Jésus et Marie que moi-même, car entre lui et moi il n’y a aucun prophète ». Ainsi le message rnohammadien devient le miroir révélateur de Jésus car entre les deux prophètes il n’y a aucune altération, aucune rupture. C’est donc dans l’équilibre entre ses deux pôles que le mystère de la vérité se dévoile à l’homme.

Ce qu’on peut encore retenir du message de Jésus c’est que les valeurs matérielles du monde ne sont que l’ombre trompeuse des illusions qui nous égarent et exacerbent nos passions. A l’exemple de son entrée dans le temple pour le purifier, Il nous invite à se situer à la verticalité du Divin, symbole du soleil au zénith ou nulle ombre est perçue ou nulle illusion est permise. Par-là, l’homme est habité par l’esprit divin. Quant à Mohammed, il apporte lui l’équilibre de l’horizontalité, symbole du serviteur qui accepte totalement son appartenance au divin. Il se confie à Lui, et assume cette responsabilité d’en être le témoin dans le monde. Ainsi l’homme habité par le divin, réalise et manifeste l’état parfait de l’homme universel.

Selon l’ésotérisme musulman si Jésus de par sa naissance échappait aux lois physiques de la vie, sa mort devrait aussi échapper à celle de tout un chacun. Car il existe une réciprocité. Pour les musulmans en général et les soufis en particulier Jésus a été élevé à Dieu, n’étant d’ailleurs pas le seul puisque d’autres prophètes sont dans le même cas : Elie, Idris, Enoch, ... Cette élévation est une occultation mais aussi une présence, une permanence.

Il était, n’est plus mais personne ne peut dire où il se trouve, ou qu’il n’existe plus. On ne peut le situer dans l’espace ou dans le temps, sans nier sa présence. Si on lui assigne une place, un rôle, une fonction même la plus sacrée, elle demeure en dessous de la vérité qu’il incarne car le message spirituel de Jésus est élevé et intemporel. Mais chacun par une démarche intérieure de purification, d’humilité, de pardon, d’amour peut retrouver l’essence de ce message, son parfum et sa béatitude.

J’ajoute qu’on pourrait aussi qualifier le message de Jésus de radical. Il ébranle la forteresse des croyances, des dogmes, des certitudes... notre conception limitée des choses de ce monde, qui n’ont de réelles valeurs qu’en étant rattachées à l’essence, à Dieu. Sans ce rattachement, les pouvoirs, les savoirs, les connaissances ne sont qu’illusoires. Le message de Jésus ne se comprend et ne se vit que dans l’amour absolu intransigeant et décapant.

Cette vertu, cet état d’être sont très difficiles à concevoir et à réaliser. Il suffit de voir comment nous vivons. Le constat est affligeant ! Quelles sont les valeurs qui déterminent notre époque ? Jésus est le verbe divin et les valeurs qu’il enseigne ne sont pas celles sur lesquelles reposent notre monde. Nous ne comprendrons son message et réaliserons cette transformation alchimique que par la quête de ces valeurs spirituelles et chevaleresques qu’il est venu pour nous enseigner.

Un message prophétique où l’homme est prêt à se sacrifier pour le bien être d’autrui afin que la Vérité demeure parmi nous. Ainsi il triomphe de l’absurdité de son égocentrisme , il renaît et il vit dans le monde parfait de l’Essentiel.

Qui laisse croire qu’il n’existe aucune réalité, hormis celle que l’homme s’impose dans ce conflit permanent avec lui-même et avec son prochain ? Incapable de pardonner car incapable de se pardonner. Aujourd’hui nous sommes dans les situations où le message de Jésus semble d’une urgence capitale, voire vitale. Notre monde est gravement malade, seule une médecine radicale peut le soigner.

Pourquoi tant de misère et de haine, de conflits et de corruption ? Au nom de qui ? Pour servir quels intérêts ?Au nom de Dieu ? Au nom d’Allah ?... Quel est le sens d’un monde en démence où personne n’ose dire la vérité par peur d’être incapable de la vivre et d’en assumer la responsabilité et les conséquences. La vérité est exigeante comme l’est le message de Jésus. Dans l’atmosphère dramatique de notre époque qui peut concevoir que pour trouver Dieu il faut tout donner. Quel est le pays, la communauté, l’être capable de tout donner pour tout recevoir ?

Dans le monde actuel ne pas tricher avec soi-même soulève mépris, ironie et sarcasme. Pourtant nous allons vers un monde qui nous impose d’ être et non de paraître. Humain se conjugue au verbe être et non au verbe avoir. C’est à ce prix que nous pourrons résister au chaos qui nous attend.

Que Dieu accorde sa grande miséricorde à tous les innocents qui périssent par la faute de l’incompréhension et de la bêtise humaine.

 



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Conférence

 

La Respectable Loge Khalil GIBRAN ( G.O.A.O.) vous invite à la Conférence donnée par le T:. R:. F:. Jean-François VAR *, Archiprêtre de l'Eglise Orthodoxe d'Europe, Ancien Elève de l'Ecole Normale Supérieure, auteur de la " Franc-Maçonnerie à la lumière du Verbe" , en présence du T:. S:. F:. Jean-Marc Aractingi, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique (G.O.A.O.) , Commandeur de l'Ordre de La Fayette sur :

 

" L'Eglise Orthodoxe et la Franc-Maçonnerie " 

le Samedi 15 Novembre 2014 à 19h30 à la :

" Maison des Ingénieurs de l'Agro " 5, Quai Voltaire 75007 Paris ( Face au Louvre- Métro Palais Royal / Musée du Louvre ).

* La Conférence sera suivie d'un Buffet ( Mezzé libanais)

* La participation est de 30 euros par personne . Le réglement se fera à l'accueil.

* Ouvert au public, les places sont limitées à 50 personnes.

* Il est donc impératif de s’inscrire dès à présent par mail au : goao@orange.fr

* Seules les personnes inscrites seront prises en compte.

 

 * T. R. F. Jean-François Var, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, licencié ès-lettres, diplômé d'histoire, archiprêtre de l'Eglise orthodoxe d’Europe, professeur de liturgie et de spiritualité à l'institut de théologie orthodoxe Saint-Melaine, ancien grand aumônier du Grand Prieuré des Gaules, conseiller d’honneur du Grand Maître, auteur de plus de quatre-vingt études et conférences sur la spiritualité et la théologie, sur la maçonnerie en général et sur le régime écossais rectifié en particulier, ainsi que sur le martinésisme et le martinisme.


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Communiqué du Grand Orient Arabe Œcuménique concernant la situation des minorités religieuses au Proche Orient.

« La terre est ma patrie et l'humanité, ma famille.»

Khalil Gibran

Le 18 Septembre 2014

Le Grand Orient Arabe Œcuménique condamne avec la plus grande fermeté les actes de barbaries, les actes terroristes dont sont victimes les frères et sœurs chrétiens d'orient. Ses agissements d'un autre âge sont une atteinte à la dignité de toute l'humanité.

Cette terre d'orient riche de ses diversités, cette terre sur laquelle, pendant des siècles, chrétiens, juifs et musulmans, tous arabes ont vécus en bonne entente.

Le GOAO dans son esprit œcuménique demande le respect des libertés de pratiquer leur foi aux frères et sœurs chrétiens, juifs et musulmans.

La fraternité si chère aux membres de notre obédience, construite quotidiennement par ses membres est le socle commun pour un meilleur avenir pour les peuples de cette région.


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La Respectable Loge GIBRAN KHALIL GIBRAN (G.O.A.O) vous invite en présence du Très Sérénissime Frère Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique à son Déjeuner-Débat le Samedi 21 Juin 2014 à 12h 30 autour du :

Très Illustre Frère Bertrand CLUZEL ( 33e ) , 
Membre du Conseil de l'Ordre de la Grande Loge de Culture et de Spiritualité 
Ancien Député Grand Orateur de la Grande Loge Nationale de France 

sur le thème:

" Solstice d'Eté et Quête Spirituelle "

 

La participation au Déjeuner-débat est de 25 euros ( Mezzé Libanais) . Ouvert au public, les places sont limitées à 40. Il est donc impératif de s’inscrire dès à présent par mail au : goao@orange.fr. Seules les personnes inscrites seront prises en compte.

 
 
 

 Lieu: Restaurant Libanais UGARIT 215 rue de la Croix Nivert -75015 Paris .


                                             Métro : Porte de Versailles


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A lire le nouveau livre de Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO) et de Christian LOCHON,Professeur à l’institut de formation des Imams de la Grande Mosquée de Paris : Islam et Franc-MaçonneTraditions ésotériques




Résumé : 

Les auteurs de secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques ont consacré, avec le concours des chercheurs Idriss Aberkane, Karim-Hervé Benkamla et le regretté Bruno Etienne, ces traditions ésotériques au passage du relais d’une génération à l’autre, d’une religion à l’autre et d’une société ésotérique à l’autre. Depuis l’Antiquité, les peuples se sont réapproprié les mythes appartenant au monde méditerranéen. On retrouvera ainsi dans les travaux imposés à Gilgamesh le Mésopotamien ceux d’Héraklès le Grec, les symboles tenus dans ses mains par la déesse Ishtar, ceux d’Athéna et de Cérès, la représentation maternelle d’Isis portant dans ses bras Horus, celle de Marie et de Jésus ; les Mages de la Nativité avec leurs cadeaux précieux, témoignages de l’héritage spirituel de Zoroastre offert au Christianisme. Parfois le relais peut être inversé : les théologiens musulmans moutazilites appliquent sous les Abbassides la grille de lecture de la philosophie grecque sur les textes révélés. Le soufisme, savant ou populaire, comme dans les zaouïas algériennes aujourd’hui, ainsi que les traditions initiatiques chiites, ismaéliennes, druzes, alaouites, ont puisé dans la Gnose orientale un rituel antique que l’on retrouvera importé dans le compagnonnage médiéval occidental. Ce mouvement de va et vient de la pensée entre Orient et Occident assure l’unité de ce livre ; le fait que les religions juive, chrétienne, musulmane tout aussi bien que la franc-maçonnerie se déclarent « universelles » montre qu’avec patience et ténacité, nous nous devons de souligner que l’humanisme méditerranéen est bien notre substrat culturel commun malgré la diversité des appellations de nos croyances. Aussi le franc-maçon occidental non seulement ne doit pas s’inscrire dans la rupture avec le passé mais il doit aussi admettre les connaissances initiatiques de son frère oriental pour lequel Hiram et Salomon sont de véritables grands ancêtres. Mythes et traditions constituent la mémoire des hommes éclairés à la recherche de l’initiation authentique.

Biographie :

Jean-Marc Aractingi est un ingénieur de l’AgroParisTech. Spécialiste en énergie solaire, il complète sa formation d’ingénieur en préparant un Doctorat en thermique à l’École Centrale de Paris. Diplomate du CEDS, conseiller personnel de plusieurs chefs d’État africains, il est actuellement le président de l’association franco-arabe des diplômés des grandes écoles françaises et Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO). Auteur de peintres orientalistes(Vues d’Orient, 2003), de la politique à mes trousses (L’Harmattan, 2006), de secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques (L’Harmattan, 2008), de rituels et catéchismes au Rite Œcuménique (L’Harmattan, 2011), il prépare actuellement un ouvrage en trois volumes sur les francs-maçons et loges maçonniques en terres d’Islam (à paraître en 2014).
Christian Lochon est un ancien attaché culturel au Proche-Orient et en Afrique de l’Est. Ancien directeur des Études et de la recherche du Centre des Hautes Études sur l’Afrique et l’Asie Modernes (CHEAM), il est membre de l’Académie des sciences d’Outre-mer. Professeur à l’institut de formation des Imams de la Grande Mosquée de Paris, il est l’auteur de l’essai les Grandes Civilisations : l’Islam (Demos, 2007) et de secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques(L’Harmattan, 2008).
Graphisme : Joan Aractingi Kaminka.

Thème : Franc-maçonnerie

Nombre de pages : 436

Format : Grand Format (170x240)

ISBN livre papier : 9782332720184

ISBN livre téléchargement : 9782332720191

Date de publication : 17 Avril 2014

En Vente aux Editions Edilivre et dans les principales librairies
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GILGAMESH
 

UNE QUÊTE INITIATIQUE DE L’IMMORTALITE

par Abraham MOUNZER, Grand Maître pour la France du GOAO 

INTRODUCTION

C’est un thème maçonnique par excellence, puisque l’Epopée de Gilgamesh remonte à la plus haute antiquité, juste après l’ère Noachique ; une date importante pour la Franc-maçonnerie.

C’est un sujet intéressant, important et saisissant à plusieurs titres, car c’est un EVENEMENT FONDATEUR dans l’Histoire de la Mythologie.

Il s’agit du Premier Récit écrit de l’Humanité connu jusqu’à ce jour.

Il a mérité le Noble titre d’Epopée par  « son force, son ampleur, son souffle, la hauteur du ton, l’éminent caractère de l’UNIVERSEL».

Antérieure de plusieurs siècles à l’Iliade de Homère, et la Mahaharata de L’Inde.

Cette Epopée fait 3000 vers. Elle a été écrite en plusieurs langues dés l’antiquité : Le Sumérien, l’Akkadéen, l’Assyrien, l’Hébreu, le Hourrite, le Hittite, l’Elamite, le Babylonien, et l’Araméen.

Elle a été diffusée dans tout le Moyen-Orient et la Méditerranée à l’ère préchrétienne et même après celle-ci.

Elle a été traduite en DIX SEPT LANGUES, au 19ème et 20ème siècle dans l’Europe et de par le monde.
Actuellement, elle est (et a été) jouée, chantée et dansée dans différents théâtres en France et à l’Etranger : théâtre de Lierre à Paris, à Lyon, à Bruxelles, et à Genève.

Depuis 2008, elle fait  partie du Patrimoine de l’Humanité à L’Unesco, et a été inscrite dans le programme de l’enseignement scolaire en France, de la classe de 6° jusqu’au Lycée, tout comme L’Eneïde de Virgile, les Métamorphoses d’Ovide, la Bible, ou l’Odyssée de Homère.

Et enfin la ville d’Uruk, où se déroule la plupart des événements, allait presque devenir la ville du Grand Salon du Livre Maçonnique. Il est à signaler également le numéro 70 (Janvier 2009) de Villard de Honnecourt sur L’Alchimie, où on évoque l’Histoire des Spiritualités ; Entre Tigre et Euphrate, par Bertrand HEYRAUD.

Elle nous intéresse, car beaucoup de parallélisme a été fait entre le texte final qu’est le Déluge et son homologue récit Biblique (texte du Super sage), le passage de l’Ecclésiaste, et les travaux d’Hercule. Un passage de l’Epopée a été retrouvé à Megiddo en Palestine vers 1400 avant J.C et a pu avoir servi de modèle pour les Hébreux. (Léo SCHEER).

A Qumran, sur la Mer Morte, un ou deux siècles avant notre ère, des fragments des tablettes ont été retrouvés gravés en Araméen.

Vers 600 après JC, le Nestorien Théodore Bar-QONI, l’appelle GLIGMOS, et il en fait le contemporain d’Abraham.

Cette Epopée a été écrite par un auteur qui restera à jamais inconnu, mais animé par une grande Idée pour réunir( ce qui est épars) et brasser, par le Mythe, tout ce « matériel » (ces groupes ethniques)  en le fusionnant avec les croyances écrites ou orales de l’époque, et pour édifier ce Poème INITIATIQUE, « sublime par sa densité, sa puissance et sa profondeur Mythique ».

C’est l’histoire de LA CONDITION HUMAINE et son obligation universelle de la mort, inexorablement décidée par le Dieu (ou les Dieux).

Cette perspective cruelle de la mort qui provoque chez l’homme l’aspiration à l’IMMORTALITE, de se comparer à Dieu( ou aux Dieux), et un désir de se débarrasser de ce triste destin, de ce Déterminisme biologique( ou téléologique), mais aussi une aspiration morale et spirituelle, afin d’échapper à la déchéance, que cette tentation folle chez un Être Humain très pathétique qu’est Gilgamesh, de se hausser au dessus du commun destin des hommes ordinaires, pour atteindre le Divin( ça doit nous rappeler quelque chose).

Détruites par les guerres, enfouies par les sables, oubliées par l’Histoire ; les antiques villes de la Mésopotamie ont commencé à nous livrer leurs secrets, grâce aux découvertes archéologiques du XIX° siècle.

Des pionniers, des amateurs entreprennent des fouilles au Proche-Orient.

En 1843, Emile BOTTA, Consul de France à Bassora, découvre à Ninive le Palais de Sargon II, roi d’Assyrie

A Ninive, à Khorsabad, Victor PLACE et FRESNEL prennent le relai.

En 1857, des anglais : HINCKS, OPPART, et RAWLINSON déchiffrent l’Assyrien, ou l’Ecriture Cunéiforme, et expédient les Tablettes qu’ils ont découvertes au British Muséum, à Londres, mais n’arrivent pas à décrypter toute l’Ecriture des Tablettes.

Un jeune homme de 21 ans ; Georges SMITH, graveur de billets de banques, est devenu par passion pour l’Orient, un visiteur assidu du British Muséum.

En 1863, le Conservateur du B.M. l’a engagé pour l’aider à mettre en Ordre les Tablettes. G.SMITH démontre qu’il s’agit bien d’une Ecriture et allait la décrypter. Et il trouve le récit du Déluge qu’il communique à la Society Of Biblical Archéologie et au Daily Telegraph.

PROLOGUE

Celui qui a tout vu

Celui qui a vu les confins du Pays

Le Sage, l’Omniscient

Qui a connu toutes choses

Celui qui a connu les Secrets

Et dévoilé ce qui est Caché

Nous a transmis un Savoir

D’avant le Déluge

Il a fait un long Chemin

De retour, fatigué mais serein

Il grava sur la Pierre

Le Récit de son Voyage

Il bâtit les Remparts d’Ourouk

Et l’Eanna Sacré, pour Sanctuaire

Demeure d’Anou et d’Ishtar.


La QUÊTE INITIATIQUE DE GILGAMESH

Dieu et les Hommes :

Gilgamesh va nous apprendre cette condition plus ou moins fataliste (et spécifiquement orientale) de l’Homme ; mais qui ne l’empêche pas de persévérer pour ouvrir les portes de l’Eternité et de la Vérité Universelle.

Il s’agit d’un homme réel, qui aime et éprouve de la haine, qui pleure et se réjouit, qui combat et tombe dans l’abattement, qui espère et connaît le désespoir.

Et justement c’est ce qu’il y a d’Humain dans les scènes qui leur confère une signification durable et une pensée universelle.

Les tendances et les problèmes qu’on y voit se faire jour, sont communs aux hommes de tous les temps et tous les pays. Le besoin d’amitié et de fraternité, le sens de la fidélité, la volonté de renommée et de gloire, l’amour, l’aventure, l’angoisse de la mort et surtout l’irrésistible désir d’IMMORTALITE.

Ces tendances qui se disputent sans cesse l’esprit et le cœur des hommes, se reflètent dans l’Epopée et leur donnent  une valeur dramatique qui transcende les limites du temps et de l’espace (S.N.Kramer).

Cette Symbolique qu’on constate dans chaque texte donne la mesure. En effet Gilgamesh, dans sa démesure s’attire les colères des Dieux, mais par cette démarche, il sera le seul (comme chaque Initié), à découvrir les Mystères de l’Univers.

Pourquoi il ne peut pas accéder au rang des Dieux par sa condition de mortel.

La Théologie  Mésopotamienne, leur Cosmogonie étaient une vision intelligible et savante, voire plutôt « réaliste ». Gilgamesh était un surréaliste, d’ambition et de force incommensurables, ayant la volonté de se surpasser, de dépasser le Visible pour atteindre l’Invisible, de TRANSGRESSER les Dogmes de l’Epoque afin de démontrer que l’Impossible est à la portée de l’Humain.

Mais tout se reposait sur une METAPHORE, et une Transposition. Les Dieux étaient pour eux des Souverains qui vivent parmi nous, «dans et pour le Monde» ; et les rois, pour leurs pays et leurs sujets, sont  plus élevés, plus irrésistibles, « non moins qu’IMMORTELS ». Leur Monde Surnaturel (aux Sumériens) est le Miroir du Monde d’En-bas. (CE QUI EN HAUT EST COMME CE QUI EST EN BAS). Le rôle des Hommes est de servir les Dieux, pensaient-ils, pour que ces derniers puissent gouverner en PAIX. Raison pour laquelle, les Dieux ont fait don aux hommes l’Intelligence et la Sagacité pour remplir à merveille cette fonction et de ne  jamais penser à accéder au rang de Dieu. Car dans leur nature humaine était inscrite cette « impossibilité d’égaler leurs Maîtres » : les Dieux. (L’ADAM Primordial Terrestre des Ismaéliens, L’Adam Kadmoum dans le Judaïsme).

Gilgamesh, apparemment, n’était pas de cet avis ; de part sa position de Roi, et de sa généalogie supposée deux tiers divine et un tiers humaine, a voulu remonter le temps et l’espace(Sacrés), pour s’élever au Rang des Dieux(comme Hercule)

Cette quête est une QUÊTE SOLI-LUNAIRE ; elle se déroule sous l’égide et la direction du Dieu Shamash ou le Soleil (Symbole de Lumière) qui éclaire tout et voit tout (comme l’ŒIL DIVIN).

Les nombres des Tablettes est au nombre des DOUZE mois de l’année et des Astres, signalant ainsi un Cycle Astrologique précis, et décrivant des actes correspondant aux successions des Solstices et des Equinoxes.

Cette référence au Nombre DOUZE est récurrente dans l’Histoire de la Mythologie et des Religions. On retrouve Après chaque Prophète, douze compagnons, ou héritiers.

Il y a les Douze tribus d’Israël, les Douze Catégories des Entités Angéliques. Cette interprétation duodécimale marque l’équilibre et l’équité, conformes à un statut Divin primordial.

Les Aventures de Gilgamesh se passent toutes, sous la progression  du soleil dans le Cycle Astrologique. Ses gloires coïncident avec les Solstices d’été et les Equinoxes du Printemps, et ses défaites avec ceux de l’hiver.

La force de Gilgamesh et son enthousiasme sont à leur apogée, tout comme la Lumière du Soleil à L’Equinoxe du printemps, mais cette force diminue quant on s’approche du Solstice d’hiver.

Gilgamesh, de part son existence, avait un sosie (ou son autre moitié) Enkidu, produit pur de l’animalité et de la sauvagerie, et qui va être Initié par l’acte charnel de l’amour, et accéder ainsi au rang d’Homme civilisé. C’est le monde de l’amour profane et la volupté charnelle dont il faut faire l’expérience «  pour en découvrir la vanité ».

La Fraternité Chevaleresque et Spirituelle

Enkidu est le Substitut Ancestral (l’Adam Primordial Terrestre), de notre émergence de la vie sauvage vers la vie civilisée, et par conséquent aux tourmentes du questionnement Existentiel.

Gilgamesh, dans sa démarche, va s’appuyer sur Enkidu, pour dépasser les forces négatives ; tel est Faust utilisant Méphisto, symbole de la régression (comme Enkidu), et le détour de tout progrès afin de rebâtir et reconstruire le Monde.

Alors que Gilgamesh, de part sa position du plus haut dignitaire, puisqu’il est Roi du Monde, voire de la part de Divinité qui réside en lui ;  redevient un mortel, après avoir erré dans le désert. (le désert intérieur). Et notamment, suite à la mort de son Ami et Frère Enkidu, son complément, sa partie intime, sa co-créature. Leur destin était intimement lié par leur Union Fraternelle. Alors qu’ils étaient ennemis, puisque Enkidu était l’Envoyé des Dieux pour mettre un terme à la tyrannie de Gilgamesh, ils deviennent des amis, voire deux Frères.

Cette Union fût considérée comme un acte d’Alliance suite à un combat Fratricide.

Ils ont pu repousser et battre tous les Symboles du Mal (le Taureau Céleste, Le Monstre Humbaba dans la forêt des Cèdres) pendant des voyages initiatiques digne d’un récit hautement Maçonnique.

Le taureau symbolise la force élémentaire et « inférieure » de la vie de l’Initié de telle sorte que celui qui a réussi à maîtriser et tuer son propre taureau intérieur, accède à la vie et à  l’élévation spirituelle.

Dans le Livre IV des GEORGIQUES de Virgile, le Mantouan donne son récit de la descente aux Enfers d’Orphée, et il y découvre le Mystère de la régénération à partir du cadavre d’un Taureau qu’il avait Sacrifié pour apaiser les mânes d’Orphée. 

Comme dans le Mythe (Tradition Mithraïque à Rome vers 50 av JC) du Sacrifice du Taureau, avec un Rite, dit « Baptême du Sang », chez Mithra, où le sang versé est doté de pouvoir de régénération (comme Adonis en Phénicie).

Une Fraternité Chevaleresque, guidée par Shamash, la Lumière Divine, face aux Forces obscures des Ténèbres, apparaît avec force et constance.

Gilgamesh lutte contre la tentation de la chair, alors « qu’il ne laissait aucune vierge à sa mère » comme le dit le poème. Grâce à sa force Morale, il a pu rejeter la corruption, l’infidélité, et surtout échappé à la destinée moins qu’ordinaire des Hommes d’ici bas.

Acte Catharsique de purification de ses pêchés antérieurs pour pouvoir prétendre à l’Elévation, et continuer son voyage ascensionnel et vertical sur la Montagne Cosmique (Axis Mondi).

Avant d’aller dans la forêt des Cèdres au Mont- Liban (la Montagne Cosmique), pour combattre Humbaba ; les Anciens lui disent : Gilgamesh, tu es jeune et ton cœur  t’entraine (autrement dit, tu dois vaincre tes passions), tu ne comprends pas bien ce dont tu parles, (tu ne sais ni lire ni écrire).

Pendant ce voyage, il existe six étapes, (ou Voyages) et à chaque étape, au Centre d’un Cercle Sacré, (représentant donc un espace sacré), il fait un Sacrifice et demande à Shamash un Songe, promesse de succès.

Maudits à plusieurs reprises, pour avoir tué Humbaba, puis le taureau céleste (comme l’a fait Gandalf dans le Seigneur des Anneaux), Enkidu est condamné, par les Dieux pour sa Désobéissance, à une mort certaine, mais Gilgamesh reste impuissant. Si Enkidu doit mourir selon une fatalité incontournable ; c’est parce que Gilgamesh doit vivre (ou Re-vivre), afin qu’il puisse assumer son destin, seul comme un Initié, et être purifié par les épreuves et aventures successives ; et pour respecter une Chaîne de Transmission dont il a la charge. Selon une Symbolique des Jumeaux, il est dans l’obligation d’accepter ce passage de l’indifférenciation, à la différenciation. Ainsi, toute Division (ou séparation) est métaphysiquement une souffrance mais en même temps un accomplissement.(Retour à l’Unité).

En effet, l’Identité Individuelle ne rend aucunement une possible Conscience ; c’est la séparation, le détachement, le douloureux fait d’être mis en opposition, qui va amener le Héros à une conscience individuelle et à la connaissance.   

C’est pour cela que Gilgamesh offre à son ami Enkidu ses habits de Roi, et s’est revêtu d’une peau de Lion, comme les Enfants de Caïn, et comme signe de retour à l’origine de l’Homme, et notamment l’homme sauvage qu’était Enkidu.

Notre Cycle de Vie est ainsi intimement lié à notre Destinée de mortels ; c’est le retour aux sources, aux origines, aux correspondants dans la vie matérielle et sensible, (comme dans l’Au-delà) ; aux impératifs de notre Existence, à la Complémentarité de la Dualité qui est en nous (De-gemellisation).

Gilgamesh et Enkidu ne sont qu’un seul homme, mais dichotomique, dual, dont les puissances intérieures propres à chaque homme sont souvent opposées, entre le Bien et le Mal, les Ténèbres et la Lumière, la Part Divine et celle de l’Humain.

Dans le Seigneur des Anneaux, d’après le roman de Tolkien ; les Deux Hobbits, Frodon et Sam étaient plus que deux Frères, chargés d’une mission pour libérer la Terre du Milieu (Méso), avaient opéré dans le Monde des Ténèbres, sur la Montagne du Destin (cosmique) afin de détruire la Source du Mal. Pendant la majeure partie du

Film, les évènements se passent dans la pénombre voire le noir Absolu.

Ce n’est que vers la fin (du Film) que la Lumière revient, Radieuse et Resplendissante.

On y voit plus qu’une tendance, plutôt une affirmation de la Loyauté et de l’Amitié Fraternelle. La fidélité n’existe que si on est confronté ensemble à des épreuves difficiles et surtout la Mort. Car la division est hermeneutiquement un appel à la Multiplicité et source d’antagonisme et de contradiction dans la complémentarité. Mais la vision sotériologique part la mort, nous ouvre la Voie vers l’auto-libération, chose que Gilgamesh n’avait jamais envisagé, et ce concept n’avait pas encore fait son chemin dans les croyances de l’Epoque. Et c’est ce que Gandalf, le Grand Sage, juste avant l’assaut du Mordor ; dit au Mobbit : mourir ! C’est la fin ! Non…c’est l’Autre Chemin.

On croyait quatre millénaires au par avant Aux Âmes, mais il fallait attendre longtemps pour que l’interprétation de l’Univers et de la Création, soit consolidée par une vision plus spirituelle, plus abstraite et plus élevée.


Gilgamesh et la Postérité Humaine

Ces aventures épiques étaient prémonitoires et introductives aux différentes mythologies de l’Antiquité, ainsi qu’aux croyances post-christiques. L’Epopée de

Gilgamesh fait une étincelle de préfiguration de cette Chaîne Initiatique inscrite dans la postérité, et notamment des cultures et des civilisations méditerranéennes, jusqu’à une époque peu reculée de notre Histoire.

A la lecture simple de l’Epopée, et vue sous l’angle de l’observation d’un archéologue amateur ou spécialiste, d’un historien passionné, ou d’un chercheur curieux ; nous nous heurtons à une présentation pessimiste, héroïque peut être, mais sans issu.

Or la traduction et le regard sous l’angle du Mythe et du Symbolisme nous emportent ailleurs, et notamment si on s’intéresse à embrasser tous les messages symboliques transmis par ces mythologies,( Religions Pré-Historiques) païennes certes, mais dont les Religions Historiques et Monothéïstes, ont été fortement imprégnées.

Dans la Tradition Biblique d’abord, on trouve des analogies et des ressemblances extraordinaires, et dont le rapprochement n’est pas un simple hasard,  une imitation naïve, ou une répétition sous une forme, notamment imprégnée du Divin. Je veux dire par là, que l’Idée derrière le Symbole est beaucoup plus forte et porteuse de message, et dont l’origine est toujours ; par transmutation,  transfiguration et transcendance ;  un reflet d’une Idée d’en Haut, différemment métamorphosée, mais dont le seul but est une Transmission Primordiale.

Dans la Genèse : le récit de la Créations semble commencer au Solstice d’été, et correspondre à une œuvre suggérant que la Vie naît de la mort, et que Dieu allait intervenir surtout aux Solstices et aux Equinoxes, car ces principaux moments de la course Solaire sont considérés comme des PORTES ouvrant sur l’Autre Monde. Toutes les portes ne sont pas systématiquement couplées à un Message Divin, mais

Dieu peut se manifester aux Hommes en Dehors des ces occasions privilégiés ; et qui sont le propre des Religions Révélées, par une Manifestation Hiérophanique.  (Epopée Héroïque et Epopée Mythique ; H. CORBIN).

Le scénario de la Mésaventure d’Adam et Eve, est directement inspirée du récit mésopotamien, et, à rapprocher  au passage où Gilgamesh est confronté au Serpent, où il est la victime comme Adam.

Dans les deux cas, le rôle médiateur entre l’Homme et l’Arbre de Vie ou de la Connaissance, est une Femme (Eve, ou la femme de Utanaphistim). Mais ce dernier renvoie Gilgamesh chez lui, et comme Adam, il est expulsé par Dieu, du Paradis(ou l’investiture dans la Vie Eternelle).

En retour au thème de la FRATERNITE, Abel et Caïn sont évidement des Jumeaux antagonistes qui reproduisent l’opposition de Dieu et du Serpent.

Ce récit se termine par l’énoncé de deux séries de généalogies évoquant la Dualité initiales des Origines, correspondant à la Lumière et aux Ténèbres, (l’origine et la continuité du Mal).

C’est le thème de la mort qui revient toujours avec acuité, pour nous rappeler les forces antagonistes et contradictoires qui existent en nous.

La Mort de Haran (frère d’Abram), correspond à celle d’Enkidu. Comme dans l’Epopée, cela débouche sur un Exil de l’Astre vers le Royaume de l’Ombre.

La construction d’autels et l’Evocation du Nom de Dieu et le mouvement vers les Chênes de la Montagne chez Abram nous rappelle le Voyage de Gilgamesh à la Forêt des Cèdres et des Libations qu’il fait.

De même que l’aide que Dieu promet à Abram, peut être comparée à celle que Shamash fait à l’Héros Mésopotamien.

La mort de Abel, tué par son frère Caïn nous fait entrer dans la profondeur du conflit entres les forces négatives et positives.

Alors que tout est créé, ou fait et construit dans la plus parfaite Harmonie, voilà notre Moitié maléfique, qui va rompre le Cycle de Vie et d’Equilibre, pour sombrer dans le Chaos. Conflit donc entre la partie illuminatrice (parcelle divine), et la partie ténébreuse et obscurantiste qui sont en nous. Entre l’Harmonie Universelle et le Chaos Destructeur.

C’est la tragédie qu’a subie Hiram, détenteur et dépositaire de la Connaissance Divine, au lieu de devenir le « Gardien de son Frère », comme le dit Jacques Keyston, le personnage de l’Agresseur, même s’il est du rang inférieur, va réaliser une Transgression anti-Divine ; Il élimine son Double, volontairement chez Caïn, et involontairement (mais non sans complicité), chez Gilgamesh.

Un peu plus tard, et toujours dans la continuité de la postérité de  Gilgamesh, et sur le thème de la Fraternité ; voilà Ismaël et Issac ; l’un exilé, l’autre héritier ; reproduisaient la Fratricidie dans un mouvement de répulsion et de négation, alors qu’ils étaient Frères de sang.

Par contre, Abraham a fraternisé avec Abimaleck (ou Melchisedeq), comme Gilgamesh l’a fait avec Enkidu, alors qu’ils viennent d’horizons différents et lointains, et n’ont aucun lien consanguin et généalogique.

Un peu plus loin, et toujours dans la Genèse, le Désert (qui n’est que le désert Intérieur :Maître Eckart) où prêche Jean Baptiste correspond au Kur Mésopotamien, car Jean Baptiste est la préfiguration de Jésus, le Christ (ou son ombre imparfaite).

Et le Baptême  de celui-ci est non seulement une METANOÏA, mais une TRANSMISSION.

Jésus, comme Gilgamesh va subir l’Exil, une séparation traduite par le mouvement vers le désert qui est la Matrice et la Source.

Jean Baptiste, mangeant les sauterelles et le miel sauvage dans le désert, nous rappelle Enkidu qui se nourrit de l’herbe de la steppe (Arbre de Vie), et sa rencontre avec Jésus correspond à la Fraternisation des deux Frères Mésopotamiens.

Dans le Poimandrès (Hermès) ; Esclapius, ou le « Pasteur des Hommes » donne la tentation de devenir un DIEU, donc Immortel. Si DIEU est invisible, il intellige une image  sensible à toutes choses et en toutes il apparaît. D’où cette comparaison étroite avec une cosmogonie Babylo-sumérienne, où Dieu est représenté partout dans la Nature (Face de l’Homme et Face de Dieu).

Notre Rituel nous précise qu’on reconnaît le GADLU par l’observation de la Nature.

La Virilité de Gilgamesh: Le Comportement Viril est un Phénomène et un parcours Initiatiques :

La vision du Récit sous l’angle de L’Analyse YUNGIENNE nous présente la Virilité comme phénomène de nature Initiatique, ainsi que la Libido qu’incarne Gilgamesh au début de l’Epopée. Cette Libido non encore domestiquée et qui forme une partie de la personnalité humaine, et que YUNG qualifie d’Androïde ; elle est la force brutale, impulsive et active. L’intensité d’aspiration vers le passé de notre Libido, (représenté par Enkidu), dans son inconscient, grandit crescendo lors des luttes entre la Société (et par conséquent la Sagesse, ou le Sur-Moi), et la régression infantilisante voire primitive, mi-humaine, mi-animale(ou le ça).

La descente de Gilgamesh dans les eaux profondes (ou le Centre de la terre : YUNG),  pour trouver la plante lui procurant l’Eternité, est une illustration manifeste et démonstrative de notre voyage intérieur. Une fois revenu dans le monde conscient et réel, à la surface du monde sublunaire et sensible, et après avoir perdu son pari d’Eternité et d’Immortalité ; il a acquis la Sagesse auprès d’Utanaphistim, rejoint son Peuple et rebâtit le Temple d’Uruk. Il réalise ainsi le retour à l’Inconscient Collectif ; destinée de l’Homme Initiatique, par une cérémonie rituelle et grandiose.

C’est ce qu’on appelle en Anthropologie, le Rite d’agrégation à la communauté.

Frodon, dans le Seigneur des Anneaux, traverse les profondeurs de la Montagne du Destin (la Matrice Utérine ; représentée physiquement par la Caverne), il y rencontre paradoxalement la mort ; et le voilà ressuscité, reprend sa lutte  pour atteindre le Sommet de la Montagne, vaincre le Mal, et ramener ses compagnons(ou ses Frères) à la Vraie Lumière.

Dès l’ère immédiatement pré-christique et post-christique ; les Mystères (Cicéron, Lactance, Diogène Laërce) introduisaient, dans un monde différent de la religion officielle par rapport à laquelle ils représentaient, une TRANSGRESSION, puisque, rapproché du Divin et même s’identifiant à Lui (comme dans le Soufisme) l’adepte se voyait imprégné d’Immortalité. Mais une fois l’Epoptie reçue (vision Béatifiante et Salvatrice), il reprenait le cours normal de la vie, se sacrifiait à ses cultes et participait aux Rites cultuels privés de la cité (Sorel dans Orphée). Et c’est ce que Gilgamesh avait fait en rentrant à Uruk comme un Grand Sage et chargé d’expériences initiatiques, en réalisant le SOI, tout en restant lui-même, c'est-à-dire un vieux roi plein de Sagesse.

D’ailleurs les Anthropologues désigne l’Acquisition de la Virilité (comme chez Gilgamesh) non pas comme un état commandé par le corps et son développement, mais comme un parcours Initiatique qui suit sa chronologie propre, avec pour objectif la quiétude, la maturité de la conscience, l’apaisement des passions, et enfin la PAIX (Intérieure : M.MEAD).

Le Voyage vers les Profondeurs, est un thème récurrent dans la Mythologie, «  le désir de l’Homme, dit YUNG, c’est que les sombres eaux de la mort deviennent les eaux de la vie ».Pendant le voyage dans les profondeurs des Eaux, Gilgamesh cherchait la Plante qui lui donne la vie Eternelle, c’est le Royaume du Principe de l’Être, où nul n’a accédé, ou pénétré. Il en appelle à la Délivrance, en unissant l’Unique et l’Universel. Ce n’est pas la recherche de l’éternelle jeunesse qui est l’objectif, comme on a tendance à le penser d’une façon réductrice, mais plutôt que rien n’arrêtera sa Quête vers l’Infini.    

CONCLUSION

L’Epopée de Gilgamesh représente une Quête de l’héros, INITIATIQUE dès l’origine, et qui devient une recherche personnelle et individuelle, d’équilibre et d’Harmonie.

C’est un récit qui nous éclaire sur la CONVERGENCE UNIVERSELLE, avec  ou sans filiation, de tous les MYTHES qui l’ont suivi. Il nous montre qu’il y a une CHAINE INITIATIQUE PRIMORDIALE qui a transmis, via l’Epopée, une TRADITION ANCESTRALE dès l’Aube de l’Humanité, et ce dès le Néolithique.

Cela nous conduit à une vision Eschatologique sur le plan COSMIQUE, de l’Initiation perpétuelle, dans l’Harmonie Universelle et sur la Voie de la PERFECTION SPIRITUELLE.

Tous les peuples du Moyen-Orient  et de l’Asie Mineure ont adopté ce Récit ; plus tard, dans l’Antiquité tardive ; en Egypte(le Mythe des deux Frères, en Grèce (les Travaux d’Hercule), en Inde, en Europe (Scandinavie….) on a trouvé des ressemblances étonnantes, sans qu’il y ait un contact direct, indirect, voire pas du tout.

Peut-on oser parler de Révélation aux Sociétés Humaines de l’époque.   

Gilgamesh voulait devenir IMMORTEL, et d’une certaine façon il y est arrivé ; puisqu’on RACONTE (Tradition Orale), CHANTE, et joue ses Exploits Initiatiques, comme Orphée, qui, sa tête décapitée, continuait à chanter avec sa voix envoutante et sublime et à jouer de sa Lyre une Musique PERPETUANT l’Harmonie Universelle dans le Pythagorisme naissant.

L’Epopée de Gilgamesh nous livre un Enseignement  ETHIQUE de la MORT, et ses avatars. Par sa démarche, il a voulu s’approcher et atteindre, dans son ORIENT à lui, l’ETERNEL ; N’est ce pas son ETERNEL ORIENT.

A titre de mémoire, ROOSEVELT disait, après la mort de ses proches (comme la mort d’Enkidu) : « La Lumière a quitté ma vie( la Lumière Intérieure) ; The Light his gone out of my Life », et après avoir traversé un parcours désertique pendant une partie de sa vie, il a pu reconquérir la confiance de son peuple et l’Image du Grand Sage dans l’Inconscient Collectif ! Exactement comme Gilgamesh.

BIBLIOGRAPHIE :

 

1-    L’Epopée de Gilgamesh ; le grand homme qui ne voulait pas mourir : Jean BOTTERO. Traduit de l’Akkadien. Gallimard. 1992 et 2007.

2-    Gilgamesh et sa postérité ; Introduction au Langage Symbolique : Jean Daniel FOREST. Paris- Méditérranée. 2002.

3-    Gilgamesh : Adaptation de  Léo SCHEER. Le premier roman de l’Histoire. Librio .2006.

4-    L’Epopée de Gilgamesh : Abeid.AZRIE. Berg International Editeurs.2006.

5-    la Quête de Gilgamesh (pièce de théâtre) :J.GERVET.

Normant Editions. 2006.

6-    L’Orient-Ancien et Nous : Jean BOTTERO, Clarisse Herrenschmidt, et J.P. Vernant. Chaire de l’I.M.A :

L’Ecriture, la Raison, les Dieux. Albin Michel. 1996.

7-    Les Métamorphoses de l’Âme et ses Symboles: C.G.YUNG.

Le Livre de Poche. Collections Références Psychologie. Edition N° 5. 2009.

8-    Histoire des Spiritualités ; Entre Tigre et Euphrate ;  B.HEYRAUD. Les Cahiers  Villard de Honnecourt ; N° 70.

 

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Symbolisme de la Jérusalem céleste

J’ai demandé mon admission au G\O\A\O\ alors que j’étais Chevalier KADOSCH au R\E\A\A\ c'est-à-dire au 30ème degré, ce qui correspond, dans le RITE ŒCUMENIQUE créé et adopté par le G\O\A\O\ au 6ème degré, pour la même dénomination de Chevalier KADOSCH ou Cheikh Aql.

Entre le 18ème degré du R\E\A\A\ et le 30ème, il existe des degrés intermédiaires, dont le 19ème, qu’il faut travailler pour mieux appréhender la philosophie éducative du cheminement initiatique.

Pour nous FF\SS :. MM\ du G\O\A\O\ nous passons du 5ème degré du RITE ŒCUMENIQUE au 6ème, ce qui ne nous empêche pas de connaître et de commenter la gradation du R\E\A\A\.

J’ai travaillé sur le 19ème degré du R\E\A\A\ car il m’intéresse au plan d’une recherche personnelle spiritualiste sur ce qu’on appelle globalement « synchronicité », suivant ainsi la voie de recherche tracée par C. G. JUNG.

J’ai engagé cette recherche pour faire une mise en perspective que je n’avais pu faire au 5ème degré, Chevalier ROSE-CROIX ou Naqib , (18ème degré Chevalier ROSE-CROIX), par rapport au message johannique contenu dans l’Apocalypse de Saint Jean  qui se médite et s’interprète avec précaution.

Ce sont les versets XXI et XXII de l’Apocalypse qui m’ont particulièrement frappés; ceux qui décrivent principalement la recherche de la route de la « Jérusalem céleste » qui correspond à la Nouvelle Loi.

Nous parlons bien sûr de symbolisme biblique sur la base de l’évolution du Chevalier ROSE-CROIX vers le Chevalier KADOSCH que je suis, et non pas d’un texte religieux dogmatique au premier degré.

Dans ma recherche je vais m’efforcer de chercher les rapports directs ou indirects du symbolisme de ce récit sur ma propre évolution et principalement dans un cadre maçonnique, comportemental et spirituel, en espérant en tirer des enseignements utiles à la réflexion commune.

Mais ce que j’essaie de dire n’est qu’une étape de ma réflexion dans mon parcours et n’engage que moi.

 

Les épreuves se succèdent dans la vie maçonnique mais aussi dans la vie profane. Je m’aperçois en méditant, en réfléchissant par cet acte et état que l’on qualifie d’introspection, que je m’assume de mieux en mieux, en tant qu’être humain, en recherche d’authenticité, de mon « Moi » ; espérant découvrir le « Soi » qui me paraît être, au moment où j’écris l’aboutissement terrestre de la compréhension de notre vie intime et spirituelle.

Cette introspection est bien caractéristique de notre cheminement maçonnique, du moins au RITE ŒCUMENIQUE mais appartient à d’autres domaines de l’apprentissage de la vie, religieux, philosophiques, métaphysiques, etc.

J’évoque les épreuves et force est de constater que notre rite à chaque degré en est rempli. Le rituel nous apporte son lot de remises en cause, par des ruptures qu’il faut analyser et comprendre pour progresser. Il en est de même dans la vie profane, l’éducation, d’erreur en erreur, de conflit en conflit, de rupture en rupture, si l’on prend la peine de pratiquer l’introspection, on progresse par rapport à soi-même mais aussi dans la relation à l’altérité. On se retrouve de plus en plus « soi » en soi-même, sans même s’en rendre compte sur le moment. C’est dans le regard de l’autre, compagne, proche, ami, Sœur, Frère, que l’on s’aperçoit que quelque chose a bougé dans le « Moi », en « Soi ».

Je reviendrai sur cette conception du « Moi » conscient, par rapport au « Soi » qui englobe non seulement l’inconscient, mais aussi la part de divin qu’on peut imaginer porter en « soi », c'est-à-dire l’aspiration à se fondre dans l’Unité (Al Lahout).

 

P

ourquoi l’Apocalypse et pourquoi la Jérusalem céleste ?

En quoi puis-je y trouver une image de la vie ?

 

Ce texte est tellement difficile à interpréter que je crains toujours de m’être fourvoyé dans une explication trop primaire, alors que je suis persuadé que le message hautement symbolique est bien au-delà d’un discours basique et collant au texte.

J’ai cherché le pont, le lien entre les éléments retenus par nos pères spirituels qui manifestement ont cherché à nous guider vers la connaissance, antichambre d’une Vérité qui restera à découvrir.

J’essaierai d’esquisser la démonstration que nos prédécesseurs « cherchants » ont eu l’intelligence du caché, de la nature profonde de la vie intime, telle que j’y fais référence en reprenant le travail du psychanalyste JUNG et de toute l’école qui a continué ses travaux, Mme Von Franz, M. Cazenave, M. Teodorani, etc. pour ne citer qu’eux.

Pour que l’on comprenne bien ma démarche, une fois posé le problème en terme d’évolution, de lien du « Moi » au « Soi » dans le temps et dans l’espace, je vois la réponse dans l’a et l’w, c'est-à-dire le parcours, le chemin, initié par le Principe Créateur sous la conduite du médiateur  Jean, qui nous aide à atteindre un idéal, à savoir la « Jérusalem céleste », symbole de la nouvelle loi ou nouvelle alliance, mais surtout, un pont vers notre nature profonde, qui restera à découvrir.

Mais se pose une question essentielle la « Jérusalem céleste », est-elle une finalité en soi ???

Il est clair depuis mon initiation que la finalité de la démarche initiatique est l’accession au plan de l’Absolu, celui du Principe Créateur, celui du G\A\D\L’U\

 

L’w ne serait-il alors qu’une transition entre le terrestre et le spirituel.

 

U

ne fois posé ce préambule je m’explique.

 

La lecture de ce rêve, de cette prédiction, n’est pas de tout repos.

Que de bruit, de fureur, de sang !

Ne serait-ce point à l’image de « ce long fleuve tranquille » que l’on nomme vie et qui comporte plus de moments dignes de l’enfer que du bonheur paradisiaque ?

Dans le texte biblique le messager (l’Ange que j’interprète en tant que le Christ) dit à Jean (XXII, 13) : «Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. »

Dans cette fin de l’Apocalypse il se positionne en prophète, messager du Tout Puissant, porteur de la parole divine, essentiellement maître du temps.

 

Son message me souffle que nous parcourons le chemin de la vie de l’a à l’w, de la naissance à la mort, mais que ce n’est qu’un aspect temporel de notre vie apparente, le principal reste à découvrir : l’avant, l’après, le pourquoi, le comment…

Le rituel (19ème R\E\A\A\) nous suggère d’ailleurs une interprétation de ce type dès l’ouverture : «  Fidèles et Véritables FF\, le Tout-Puissant est l’Alpha et l’Oméga. Emmanuel ! Mettons-nous à l’œuvre ! » (p.13)

Immanouel : « Dieu est avec nous » (Isa.VII :14)

 

L’heure d’ouverture est dite « l’heure prédite », la fermeture « l’heure est accomplie ». J’en déduis que notre naissance serait prévue et que la mort serait l’accomplissement de ce passage vers un autre monde qui en l’occurrence serait symbolisé par l’apparition de la « Jérusalem céleste ».

Je ne peux m’empêcher alors de penser que notre destin est tout tracé du début à la fin de la vie terrestre.

Nous sommes bien dans cette perspective apocalyptique d’une vie inscrite dans une prédiction, en faveur de laquelle le rêve de Jean, par son récit halluciné, témoigne de l’empreinte de l’inconscient.

Notre vraie nature serait-elle du domaine de l’inconscient ?

 

Le peu que je viens d’évoquer me semble corroborer le questionnement qui émerge à travers le rituel dans le déroulement des degrés que je connais.

Je prends par exemple, dans l’instruction, la question qui commence par :

« Comment la maçonnerie est-elle tombée en ruine,… ? »

La réponse est sans équivoque :

« Parce que cela était décrété de tout temps, ainsi qu’en témoigne saint Jean dans son livre de l’Apocalypse lorsqu’il parle de Babylone et de la Jérusalem céleste… » (p.11)

 

« Décrété de tout temps », m’interpelle.

Qu’elle est la nature du temps ?

Que deviennent notre liberté et notre libre-arbitre si le commencement et la fin sont inscrits sur le « livre de la vie » ?

Nous sommes souvent fiers d’affirmer notre liberté, ne serait-ce qu’un leurre ?

Des réponses me viennent mais ne font pas l’objet de ce travail.

 

P  

ourquoi dans le rituel (R\E\A\A\) le Grand Pontife n’a-t-il pas d’âge ?

« Je ne compte plus » dit l’instruction (Encore le temps).

Est-il un précurseur de l’éternité du Tout–Puissant, de son omniprésence ?

Nous aide-t-il à découvrir l’âme qu’héberge le « Soi » ?

Etant la représentation de saint Jean, le Grand Pontife est le médiateur qui nous met sur la voie, mais guère plus. Car qui peut décider de notre devenir si l’on en croit le texte biblique, sinon Dieu, le Tout-Puissant, le G\ A\ D\ L’U\, encore s’agit-il de savoir quelle option théiste ou déiste on adopte pour l’interprétation ?

 

Lors de l’initiation au 1er degré un crâne veille dans le cabinet de réflexion. Il offre à la réflexion l'illustration de la fenêtre qui donne sur l'éternité, car, par la mort, on dépasse les notions de temps et d'espace.

L’Apocalypse annonce la mort, mais nous met en communication avec un monde que nous ne connaissons pas, représenté par l’extatique description de la Jérusalem céleste où tout n’est qu’harmonie divine.

Cette vision provoque un trou, une brèche, dans le continuum espace-temps, ce qu'a recherché Einstein et qui se définit par Jung, de façon non implicite, par les contenus archétypaux de l'inconscient collectif.

La kabbale, l'alchimie montrent cette recherche de l'homme qui veut passer de « l'autre côté ».

 

Grâce à cette percée sur l'éternité, on doit pouvoir prendre conscience d'un monde où le temps atteint une autre valeur.

Ce degré conduit à une méditation alchimique, où l'on maîtrise l’instinct du corps, en séparant de lui l'âme et l'esprit. Ensuite l'âme et l'esprit doivent se fondre en un « unis mentalis » pour être de nouveau réunis au corps purifié. Si nous envisageons notre mort en ces termes même sans avoir la certitude absolue que l’Apocalypse, évoquée à ces degrés, symbolise ce passage, il est sûr que l’angoisse disparaît, car nous sommes en droit d’imaginer alors accéder à « l’unus mundus ».

Ce monde de l’unité bien mal défini puisqu’on ne peut que le déduire de l’observation attentive des manifestations de notre inconscient par le rêve, par exemple…

 

Ici, une explication s’avère nécessaire. Néanmoins la technicité de ces recherches rend difficile une approche claire en peu de mots. Les concepts jungiens d'archétype et de synchronicité sont liés à « l'unus mundus », les archétypes étant des manifestations de « l'unus mundus » et la synchronicité, ou « coïncidence significative », étant dépendante de l'union de l'observateur et du phénomène via « l'unus mundus ».

 J’ajoute à titre anecdotique que j’ai vécu des expériences de « synchronicité » au cours de ma vie mais surtout dernièrement car, en étudiant, j’ai pris conscience de l’apparition de faits en apparence du domaine du hasard, mais dans lesquels on trouve un fil d’Ariane à l’analyse. Ce  ux-ci me laissent à penser que toute cette recherche est bien fondée et que des hypothèses qui semblent un peu « folles », parce qu’irrationnelles dans certaines de leurs manifestations s’avèrent bien justifiées quand on les applique à des événements personnels indiscutables et inexplicables autrement.

 

Je laisse encore la parole à Jung :

« L'expérience du soi ouvre à l'individu une semblable fenêtre sur l'éternité, en lui permettant de se soustraire à l'emprise étouffante d'une image unilatérale du monde ». « Là, l'homme touche l'éternel en soi, et par cette fenêtre l'éternel peut, du même coup, passer dans le monde lié au temps sous forme d'événements de synchronicité ».

 

R

evenons au rituel (R\E\A\A\). Que dire de la description maçonnique de la voie de la « nouvelle maçonnerie » en cette « Jérusalem céleste » Temple spirituel auquel nous aspirons ?

« …La Jérusalem céleste est une cité carrée, resplendissante dans les nuages, et comportant 12 portes, 3 sur chaque côté. Au centre de la ville, se dresse un arbre portant 12 sortes de feui
Je suis frappé, en lecteur incorrigible et assidu de Jung, de m’apercevoir à quel point sa réflexion peut être pertinente lorsque je reprends, en parallèle, le texte biblique décrivant la « Jérusalem céleste », car tout concourt à en faire l’image d’u   n mandala.

L’arbre de vie au centre qui symbolise le ciel, est la représentation de la puissance divine. Mais il montre vraisemblablement l’objectif qui se manifeste dans l’effort inconscient qui nous pousse vers la « Jérusalem Céleste ».

Tout ce qui l’entoure de forme régulière, méticuleusement et rigoureusement décrit, est porté par le nombre 12. 12 sortes de feuilles, 12 portes, 12 messagers, les noms des 12 tribus d’Israël, la muraille comporte 12 fondations, sur elles les 12 noms des 12 envoyés de l’Agneau, la ville mesure 12000 stades, la muraille 144 coudées, 12*12.

Pourquoi une telle accumulation dans le texte biblique ?

 

Notons que 12 est, dans la Bible, le nombre de « l’élection ».

Remarquons d’ailleurs que le nombre 12 est repris dans l’instruction du 19ème degré (R\E\A\A\), y compris dans la batterie ; dans quel but, simple référence à l’Apocalypse, ou volonté de délivrer un message aux initiés sous forme d’une clé d’interprétation : 3*4, l’expression du ternaire, de la Trinité aux 4 coins de l’horizon, par exemple ou 12 nombre du Cosmos ?

Je ne peux répondre à cette question sauf en remarquant que le nombre 12 est bien présent et significatif dans divers aspects de notre société.

 

Hors de Jung et d’autres chercheurs, les traditions bouddhistes, tibétaines, mais aussi extrême-orientales nous enseignent que nous recherchons parfois notre propre réalité dans les symboles du mandala circulaire et quaternaire dont le centre est notre « Soi ».

 

Le mandala est utilisé comme un support graphique de la méditation. C'est nous dit-on la manifestation de la divinité de l'homme. C'est la totalité du « Soi », qui, fait le pont, relie l'inconscient et le conscient pour que l'homme se réalise. C'est aussi la représentation du monde divin pénétrant dans le monde humain.

Le carré, symbole des points cardinaux, symbolise aussi la création dans la limite de perception de nos sens humains.

Le passage figuré par les portes, du carré au centre, à l’arbre, symbolise le passage de la terre au ciel, de la matière à l'esprit, comme, symboliquement, dans les trois premiers degrés, le passage de l’équerre au compas.

Dans la méditation à partir de l’observation d'un mandala on doit communier avec le « Soi » pour qu'il puisse atteindre des états supérieurs l'amenant à la communion avec la Divinité, avec le Moi cosmique qui est la conscience unifiée dans l’unité du tout (unus mundus).

Tout cela relève d’une réalité fictive et relativement réelle, affaire d’interprétation.

 

Je ne peux que mettre en adéquation, d’une part, les études théoriques sur le psychisme déduites d’une pratique scientifique rigoureuse, mais éclairée par la sagesse d’une grande érudition, d’autre part la sagesse des cultures dont je viens de faire état et en regard, le message visionnaire délivré par le texte de saint Jean.

La concordance m’a sauté aux yeux dès que j’ai commencé à travailler sur ce thème.

 

L

a Jérusalem céleste peut correspondre au processus « d’individuation » que représente la conquête de « Soi ». Tout ce que je viens d’écrire alimente cette thèse et ne contredit pas le discours maçonnique sur le parcours initiatique.

Comme le suggère le texte de la vision de Jean, je pense, en réfléchissant sur mon expérience personnelle de maçon et de profane, qu’il est vital de renaître, mais dans le sens d’initiations successives, apportées par les épreuves de la vie, le rituel de notre ordre et, sans doute, comme je le soulignais précédemment, l’indispensable travail de méditation, d’introspection qui conduisent à une remise en cause du « moi » très souvent radicale.

En renaissant, nous apportons avec nous, en partie, les conditions préalables de notre vie nouvelle, puisque ce fut une démarche voulue.

Au fur et à mesure de notre développement, nous « voyons » les images qui dorment dans notre inconscient et nous pouvons en faire notre profit pour continuer à construire notre « Moi ». Je ne dis pas reconstruire car le « Moi » assure la maintenance de la continuité de la personnalité dans le continuum terrestre du temps et de l’espace

Le « Soi » nous apparaît parfois comme ne nous appartenant pas, comme s'il nous était étranger, vivant en dehors de nous. C'est parce qu'il représente notre « totalité » inconsciente opposée à notre conscience. Il appartient en partie à « l’unus mundus », l'harmonie du rythme universel, autrement dit l’Un qui englobe tout.

La frontière est difficile à saisir entre la conscience et l'inconscient. C'est là que la méditation et l’introspection sont précieuses. Elles nous font gravir plusieurs plans de conscience jusqu'au moment où nous pouvons espérer rejoindre vraiment notre propre inconscient.

Toute la progression du Rite est imprégnée de cette philosophie qui d’ailleurs se déduit du sens de l’expression V\I\T\R\I\O\L\ du cabinet de réflexion.

« Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem » soit « Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ».

De l’Apocalypse dans son ensemble, je dégage une clé d’interprétation majeure qui nous enseigne que notre progression ne peut se faire que par une suite de conflits.

L’explication pourrait en être que le «Soi» peut vouloir nous diriger, étouffer le «Moi». Le «Moi», qui est notre conscience, doit être éveillé, développé, pour que nous puissions l'intégrer à la création.

Notre conscience appartient à une réalité apparente, et, en la développant, nous créons une contrainte sur nous-même, car les pulsions et le développement du « Moi », sont inégaux et nous paraissent parfois puérils. Notre conscience perçoit le sensoriel. Mais il faut qu'elle communie avec l’« unus mundus » pour se discipliner.

Accéder à l’inconscient en créant des ponts en nous même, devient ainsi une nécessité absolue pour retrouver la cohérence qui nous empêche d’évoluer vers l’absolu.

La Jérusalem céleste s’identifie ou est plutôt précurseur de cet absolu qui appartient, de ce fait, vraisemblablement à l’inconscient, c’est l’espérance ténue d’une vie autre après la fin du monde humain.

L’arbre de vie au centre incarne bien cette espérance légendaire qui se fit jour lorsque Adam et Eve furent chassés du jardin d’Eden.

C’est la promesse d’accéder à la connaissance, à la vérité.

L’accomplissement de cette promesse nous la portons profondément enfouie en nous dans la mémoire archétypale de l’inconscient collectif.

C’est si vrai que même après que la Foi et la Charité se soient éteintes, l’Espérance perdure. Elle est inscrite dans l’accomplissement de notre vie d’homme, dans sa finitude, qui aspire à créer un « pont » vers une autre vie après la mort.

 

Si nous nous comportons en justes, en Chevaliers KADOSCH nous n’aurons pas de deuxième mort. 

Car il est écrit  (XXI, 8) :« Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. »

 

La « Jérusalem céleste » représente le monde que Dieu donnera à l'humanité élue, et qui remplacera notre monde sombre et déchiré par les conflits. En présentant la réalité nouvelle comme une ville où le monde est rassemblé, l'Apocalypse montre qu'il n'y a pas de retour en arrière à une situation originelle, mais achèvement de l'histoire humaine, pour notre part de matérialité humaine et commencement d’une vie nouvelle sous la Loi d’Amour.

 

P

our ma part, et je me répète, je prends ce texte, qui inspire le rituel, comme une métaphore du parcours initiatique qui se décline dans le concept global du G\A\D\L’U\.

Deux interprétations se côtoient.

-L'horizon de l'histoire biblique est une terre nouvelle où l'humanité vit en présence de Dieu, dans une réalité idyllique où il n'y a plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. C’est l’aboutissement du dogme religieux.

-La F\ M\ est une histoire humaine dans laquelle nous cherchons à vaincre la souffrance avec nos moyens humains et à accéder à une vérité cachée, absolue, dont nous n’avons que vraiment peu idée. Nous empruntons pour cela les voies de l’ancienne Sagesse en utilisant la pensée analogique, pont entre la pensée rationnelle et l’abstraction du symbolisme.

L’Apocalypse n’utiliserait-elle pas la même forme de pensée puisque nous sommes dans le sacré ?

Ne serions-nous pas alors au pied de l’échelle mystique que nous franchissons au 6ème degré ?

 

B

ien sûr, j’interprète ce texte avec circonspection, en laissant le concept de divinité à l’écart.

 

En conclusion, comme j’ai essayé de le démontrer en interprétant le texte à la lueur, entre autres, de la psychanalyse jungienne, notre « Jérusalem céleste » peut être la construction de notre « Soi » à l’écoute de l’inconscient, plus conscient de notre « Moi », plus attentif à l’altérité, car l’expérience de la souffrance personnelle est le meilleur moyen de comprendre, avec humilité, celle des frères humains qui nous entourent, surtout quand, par empathie, on en comprend le non-dit.

Ce constat permet d’enseigner au Chevalier KADOSCH le contenu de sa mission envers son prochain et la nécessité de l’accomplir avec bonheur.

Le message est alors clair, à travers le symbolisme de la « Jérusalem céleste », la maçonnerie nouvelle, en recherche de la Vérité, nous conduit vers le concept du Principe Créateur (Dieu ! Allah) qui apparaît alors comme l'existence absolue, la pensée absolue.

Il me reste à réfléchir sur sa nature. Est-elle transcendantale et immanente ?

Théisme ou déisme ?

Mais le message ultime demeure l’accès à l’Un, à l’Amour universel dans sa plénitude.

 

Il faut rappeler le rôle essentiel que joue le médiateur qui nous donne les moyens d’accéder à la compréhension, en l’occurrence saint Jean.

 

Je pense qu’on veut souligner que sans soutien pour orienter notre recherche personnelle il est impossible ou du moins très difficile de s’engager et d’avancer sur le chemin initiatique. Ce soutien devant être bien sûr d’une qualité initiatique incontestable.

 

Le message du médiateur nous réconforte pour dire que nous sommes alors armé pour accéder à l’action au sens spirituel.

 

Et de l’Amour universel, on glisse vers l’accomplissement des missions du Chevalier KADOSCH et toujours en harmonie avec le tout.

C’est tout le sens de l’échelle mystérieuse, qui représente parfaitement ce pont immatériel, voire inconscient, vers l’absolu. Par l’ascension j’accède au sommet du parcours initiatique et en redescendant je transmets à mes SS\ & FF\ mes connaissances, devenant ainsi initiateur et éducateur. Avec le recul sur ma vie profane ce fut bien ma vocation en partie involontaire mais acceptée.

 

Cette réflexion sur le livre sacré nous prépare ainsi, en établissant un lien solide entre le spirituel et l’apprentissage de l’action, au service du respect de l’humain.

 

Il continue à montrer le chemin de la nouvelle Loi qui est Amour.

 

Le F\ Paul SIMON.

R :.L :. Khalil Gibran à l’O :. de Saint Cloud - Paris

 

Pour rédiger ce texte, j’ai utilisé les ouvrages et articles suivants :

 

-         « L’instruction du 19ème degré » S\ C\ D\ F\.

-          « L’âme et la vie »

et

-         « L’âme et le soi » 2 ouvrages de C.G. Jung

-         « La synchronicité, l’âme et la science » coauteurs : Hubert Reeves, Michel Cazenave, Pierre Solié, Karl Pridram, Hansueli Etter et Marie-Louise von Franz.

-         « Dieu ou la pierre philosophale du physicien » de Janik Pilet.

-         « Les degrés de l’Apocalypse » de Claude Guérillot.

-         « Le Sublime écossois, le dernier point de la perfection » par Daniel Bacry,

et

-         « La perspective des 15ème, 17ème et 19ème degrés » chapitre « Le faiseur de ponts »

Par Francis Dorfiac. Dans Ordo ab Chao, l’intégrale, N° 30-4.

-         « La Bible dans les rituels du 19ème au 27ème degré » par Marie-Jean Blanc dans Ordo ab Chao, l’intégrale, N°               
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Conférence sur GILGAMESH :" Une Quête Initiatique De L'Immortalité" par le TIF Abraham MOUNZER, Grand Maître du Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO) de France le Samedi 25 Janvier 2014 à 12h30 au restaurant UGARIT à Paris 15ème

La Respectable Loge Khalil GIBRAN (G.O.A.O.) vous invite à la conférence donnée par le TIF Abraham MOUNZER , GM du GOAO de France autour d'un déjeuner-débat le Samedi 25 Janvier 2014 à 12h30 au :

Restaurant Libanais UGARIT

215, rue de la Croix Nivert -75015 Paris 
Métro : Porte de Versailles

 

* La participation au Déjeuner-débat est de 25 euros ( Mezzé Libanais) .

* Ouvert au public, les places sont limitées à 40 personnes.

* Il est donc impératif de s’inscrire dès à présent par mail au :goao@orange.fr

* Seules les personnes inscrites seront prises en compte.



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JESUS  dans le Coran et dans la tradition musulmane


JESUS ET LE CORAN

La naissance de Jésus 

Sourate 19, 16-35 (traduction Blachère)

"Et, dans l'Écriture, mentionne Marie quand elle se retira de sa famille en un lieu oriental et qu'elle disposa un voile en deçà d'eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit et il s'offrit à elle [sous la forme] d'un mortel accompli. 
"Je me réfugie dans le Bienfaiteur, contre toi", dit [Marie]. "Puisses-tu être pieux!" 
- "Je ne suis", répondit-il, "que l'émissaire de ton Seigneur, [venu] pour que je te donne un garçon pur." - "Comment aurais-je un garçon", demanda-t-elle, "alors que nul mortel ne m'a touchée et que je ne suis point femme?" 
- "Ainsi sera-t-il", dit [l'Ange]. "Ton Seigneur a dit: Cela est pour Moi facile et Nous ferons certes de lui un signe pour les gens et une grâce (rahma) [venue] de Nous: c'est affaire décrétée." 
Elle devint enceinte de l'enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier. "Plût au ciel", s'écria-t-elle, "que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée!" 
[Mais] l'enfant qui était à ses pieds lui parla: "Ne t'attriste pas! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue vers toi le stipe du palmier: tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois et que ton oeil se sèche! Dès que tu verras quelque mortel, dis: "Je voue au Seigneur un jeûne et ne parlerai aujourd'hui à aucun humain!" Elle vint donc aux siens, portant [l'enfant]. 
- "O Marie!", dirent-ils, "tu as accompli une chose monstrueuse! O sœur d'Aaron! ton père n'était pas un père indigne ni ta mère une prostituée!" Marie fit un signe vers [l'Enfant]. - 
"Comment", dirent-ils, parlerions-nous à un enfançon qui est au berceau?" 
Mais [l'enfant] dit: "Je suis serviteur d'Allah. Il m'a donné l'Écriture et m'a fait Prophète! Il m'a béni où que je sois et m'a recommandé la Prière et l'Aumône tant que je resterai vivant, ainsi que la bonté envers ma mère. Il ne m'a fait ni violent ni malheureux. Que le salut soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai rappelé vivant!" 
Celui-là est Jésus fils de Marie. Parole de vérité qu'ils révoquent en doute! 
Il n'était pas séant à Allah de prendre quelque enfant. 
Gloire à Lui! Quand Il décide quelque chose, Il dit seulement: "Sois!" et elle est." 

On trouve dans cette sourate 19 quelques éléments proches de la foi chrétienne comme :

- l'annonciation 
- la venue de l'esprit de Dieu 
- la conception virginale de Jésus ainsi que d'autres éléments coraniques, comme le fait que Jésus parle dès sa naissance. 

Regardons l'autre grand passage du Qur'ân qui mentionne la conception de Jésus : 

Sourate 3, 42-51 (traduction Blachère)
 

Et [rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'a choisie et purifiée. Il t'a choisie sur [toutes] les femmes de ce monde. O Marie!, sois en oraison devant ton Seigneur! Prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s'inclinent!" 
Ceci fait partie des récits ('anbâ') de l'Inconnaissable que Nous te révélons car tu n'étais point parmi eux [Prophète!], quand ils jetaient leurs calames [pour savoir] qui d'entre eux se chargerait de Marie; tu n'étais point parmi eux quand ils se disputaient. 
[Rappelle] quand les Anges dirent: "O Marie!, Allah t'annonce un Verbe [émanant] de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, [qui sera] illustre dans la [Vie] Immédiate et Dernière et parmi les Proches [du Seigneur]. Il parlera aux Hommes, au berceau, comme un vieillard, et il sera parmi les Saints." 
- "Seigneur!", répondit [Marie], "comment aurais-je un enfant alors que nul mortel ne m'a touchée?" 
- "Ainsi", répondit-Il (sic), "Allah crée ce qu'Il veut. Quand Il décrète une affaire, Il dit seulement à son propos: "Sois!" et elle est." 
[Allah] lui enseignera l'Écriture, la Sagesse, la Thora et l'Évangile. 
"...Et [j'ai été envoyé] comme Apôtre aux Fils d'Israël, disant: "Je viens à vous avec un signe de votre Seigneur. Je vais, pour vous, créer d'argile une manière d'oiseaux; j'y insufflerai [la vie] et ce seront des oiseaux, avec la permission d'Allah. Je guérirai le muet et le lépreux. Je ferai revivre les morts, avec la permission d'Allah. Je vous aviserai de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos demeures. En vérité, en cela, est certes un signe pour vous, si vous êtes croyants. 
[Je suis envoyé] déclarant véridique ce qui a été donné avant moi, de la Torah, afin de déclarer pour vous licite une partie de ce qui avait été pour vous déclaré illicite. Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur. Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi! Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc! C'est une voie droite." 

La Mission de Jésus : 

Jésus succède aux prophètes d'Israël (5,46; 57,27). Il est envoyé aux Fils d'Israël (3,49; 43,59-64; 61,6) pour confirmer la Torah (3,50; 5,46; 61,6); mais il supprime certains interdits (3,50) et annonce Muhammad (61,6). 

Ses miracles : 

- en général (bayyinât) (2,87; 5,110; 43,63; 61,6) 
- en particulier: il parle à sa naissance (19,24-26), au berceau (19,30) et adulte (3,46; 5,110); vivifie l'oiseau, opère des guérisons, ressuscite les morts, devine les secrets (3,49; 5,110); la mâ'ida (5,112-115). 

Sa prédication : 

Nadorer qu'un seul Dieu (3,51; 5,72 et 117; 19,36; 43,63), craindre Dieu et lui obéir (3,50; 5,112; 43,63). Il apporte la Sagesse (43,63), explique aux Fils d'Israël ce sur quoi ils sont divisés (43,63). 

Le drame de sa fin sur terre : 

Il se heurte à l'incrédulité des Juifs (3,52; 5,110; 61,6); il fait appel à ses "Auxiliaires", les Apôtres (3,52; 5,111) , maudit les juifs (5,78), qui rusent pour le faire mourir (3,54-55; 4,157) ; mais il est sauvé par Dieu (3,54; 5,110), ni tué ni crucifié, mais élevé au ciel (3,55; 4,158). Pour les orthodoxes sunnites, Jésus n'a pas été crucifié. Certains courants shi°ites, philosophiques (platonisants) et mystiques, admettront que le corps de Jésus est mort en croix, mais que son âme a été élevée au ciel. Entre son élévation au ciel et son retour sur terre, Jésus vit auprès de Dieu, volant autour de son Trône, mi-ange mi-homme, sans boire ni manger, couvert de plumes. C'est ainsi que Muhammad le rencontre dans son ascension nocturne (mir°âj). 

Son rôle eschatologique, lors de son retour sur terre : 

Signe de l'Heure (43,61) et au Jugement, témoin contre les chrétiens (4,159; 5,116-117). Les Shi°îtes le remplacent par le retour de leur "Imâm caché", appelé le Mahdî. D'où réaction orthodoxe : "Pas d'autre Mahdî que Jésus" (Là mahdiya illâ °Îsâ). 

Les divers noms de Jésus dans le Coran (Qur'ân) : 


-'Îsâ (Jésus) est cité dans 10 sourates différentes et revient 25 fois dans le Coran. L'éthymologie de ('Îsâ) n'est pas évidente, il existe plusieurs hypothèses pour expliquer la différence avec (Yasû') le Jésus biblique. Toujours est-il que dans l'esprit des musulmans, 'Îsâ est bien Jésus, fils de Marie qui a donné l'évangile (al-injîl), dont les chrétiens ont fait un fils de Dieu. 

- Al-masîh (le messie) 11 fois 
La racine (MSH) signifie "mesurer", "frotter" et "oindre". Mais le mot Messie (al-masîh) provient sans doute de l'araméen ou de l'hébreux, où il était employé dans le sens de sauveur (masîah). Muhammad a pris ce mot aux chrétiens arabes, chez qui le nom 'abd al-masîh ("serviteur du messie"), était connu à l'époque préislamique, mais il est douteux qu'il ait connu le vrai sens du terme. 
Le mot ne se trouve que 11 fois dans le Coran et uniquement dans des sourates médinoises, la plupart du temps lié à "fils de Marie" (ibn Maryam), et toujours pour parler de Jésus. Al-masîh est donc un titre de Jésus, mais sans connotation messianique, ni aucune interprétation eschatologique. 
Dans la tradition, dans le hadith canonique, al-masîh se rencontre dans trois passages, toujours pour parler de Jésus : dans un rêve de Muhammad, au retour de Jésus et au jugement dernier.

- Kalima min Allah (Parole venant de Dieu) 
Kalima est très fréquent dans le Coran on le retrouve dans le sens de : 
- parole proférée (bonne 14,24 ou mauvaise 9,74) 
- parole de Dieu réalisatrice au sens de ('Amr) 
Jésus est appelé "parole venant de Dieu" (kalima min Allah) en 3, 39.45, mais les commentateurs voient dans ce titre : 
- soit une parole divine liée au (kun) "sois" et rapprochent la création de Jésus à celle d'Adam : "Il en est de Jésus comme d'Adam auprès de Dieu, Dieu l'a créé de terre, puis il lui a dit "sois!" et il est" 3,59 
- soit le fait que Jésus est le prophète annoncé dans la parole de Dieu, reçue et prêchée par les prophètes antérieurs. 
- soit parce que Jésus parle de la part de Dieu et ainsi conduit les hommes dans le bon chemin. - soit parce que Jésus est une bonne nouvelle, parole de vérité (qawl al-haqq). 
Il ne faudrait pas trop vite voir dans cette "parole" (kalima) l'équivalent de notre verbe (logos) ce n'est pas l'attribut de la parole (kalâm) mais son expression en laquelle se formulent et se communiquent les décisions divines. 

- Nabi (prophète) en 19,30 
Jésus est prophète, il est d'ailleurs cité plusieurs fois parmi les autres prophètes. Comme tout prophète il a une mission à accomplir dans un peuple particulier, les fils d'Israël. Mais il est plus qu'un prophète, puisqu'il a le statut d'envoyé. 

- Rasûl (envoyé) 3 fois 
Le rasûl est plus qu'un prophète, il est un envoyé, qui a un message à délivrer, comme l'ange Gabriel. Jésus a transmis l'Evangile, il est donc rasûl, comme Moïse qui a transmis la Torah, ou Muhammad qui a récité le Coran. 

- 'Abd Allah (serviteur de Dieu) 
Ce mot signifie et rappelle avant tout que Jésus est une créature de Dieu, soumise à Dieu. Cependant c'est un attribut de Jésus très important, puisque cela en fait un des meilleurs musulmans. Ibn Arabi dira de Jésus qu'il est le sceau de la sainteté. 
Un chrétien ne peut pas ne pas penser au serviteur d'Isaïe ('ebed) et à l'esclave de Ph 2, 7 (doulos). Du point de vue du dialogue, c'est certainement un attribut très important de Jésus, parce que ce terme a une signification forte en Islam, comme dans le Christianisme. Il faut cependant se rappeler la signification première qui est une négation de la divinité de Jésus. 

- Rûh (esprit venant de lui) en 4, 171 
Jésus est un Esprit de Dieu (Rûh min Allah) 
"O Détenteurs de l'Écriture!, ne soyez pas extravagants, en votre religion! Ne dites, sur Allah, que la vérité! Le Messie, Jésus fils de Marie, est seulement l'Apôtre d'Allah, son Verbe jeté par Lui à Marie, et un Esprit [émanant] de Lui. Croyez en Allah et en Ses Apôtres et ne dites point: "Trois!" Cessez! [Cela sera] un bien pour vous. Allah n'est qu'une divinité unique. A Lui ne plaise d'avoir un enfant! A Lui ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.Combien Allah suffit comme protecteur (wakîl)!" (4,171) 
Mais la suite du verset nous garde bien de faire de ce titre une interprétation trop chrétienne. Comme nous l'avons vu plus haut, ce titre vient avant tout du fait que Jésus est né du souffle divin né en Marie :
"Et [fais mention de] celle restée vierge en sorte que Nous soufflâmes en elle de Notre esprit et que Nous fîmes d'elle et de son fils un signe pour le monde." (21,91) 
et que pour accomplir sa mission, Jésus a été fortifié par l'Esprit Saint (Rûh al qudus) 5,110 

Autres titre : 
- Ibn Maryam (fils de Marie) 33 fois dont 16 avec ('Îsâ) 
- min al-muqarrabîn (parmi les proches) en 3, 45 
- wajîh (digne de considération) en 3,45 
- mubârak (béni) en 19,31 
- qawl al-haqq (parole de vérité) en 19, 34 2. 

DANS LA TRADITION MUSULMANE

On trouve dans la tradition un certain nombre de hadith ("propos" attribués au Prophète, qui constituent la tradition musulmane, la sunna) concernant Jésus ou Marie qui permettent de voir comment la tradition situe Jésus par rapport au prophète Muhammad. Nous avons été voir chez Bukhâri (mort en 870/ h.256), le plus important des traditionnistes. 

Sur la nature de Jésus, on trouve : 


"D'après Sa'îd-ben-al-Mosayyab, Abou Horaïra a dit: J'ai entendu l'envoyé de Dieu s'exprimer ainsi : " Il ne nait pas un seul fils d'Adam, sans qu'un démon ne le touche au moment de sa naissance. celui que le démon touche ainsi pousse un cri. Il n'y a eu d'exeption que pour Marie et son fils". (El-Bokhâri, Les traditions islamiques, Maisonneuve, Paris 1984, tomeII, Livre 60, ch 44) 
D'après 'Obâda, le prophète a dit: quiconque témoignera qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu, l'unique, n'ayant pas d'associés; que Mahomet est son adorateur et son envoyé; que Jésus est l'adorateur de Dieu, son envoyé, son verbe jeté dans le sein de Marie et une émanation de Dieu; que le paradis est une vérité, que l'enfer est une vérité, Dieu le fera entrer dans le paradis quelles qu'aient été ses oeuvres." (Ibid. ch 47) 
Abou Salama rapporte que Abou Horaïra a entendu l'envoyé de Dieu dire: "Je suis parmi les hommes, le plus rapproché du fils de Marie. Les prophètes sont les enfants d'un même père et de mères différentes. Entre Jésus et moi, il n'y a pas eu de prophète. (Ibid. ch 48,6) 
Le prophète dit avoir rencontré Jésus lors de son voyage 
"...Le prophète a dit, la nuit où l'on me fit faire le voyage, je vis Moïse, c'était un homme brun, de haute taille, crépu, on aurait dit d'un Chanouïte; je vis Jésus, c'était un homme de taille et de complexion moyennes, d'une couleur entre le rouge et le blanc, et aux cheveux lisses..." (Ibid. livre 59, ch7, 16) 
"Abdallah ben 'Omar rapporte que l'envoyé de Dieu a dit : "une nuit que j'étais auprès de la Ka'ba, je vis un homme brun comme un des plus beaux hommes bruns que tu n'aies jamais vus. il avait une chevelure comme la plus belle des chevelures que tu n'aies jamais vue; cette chevelure était flottante et était encore ruisselante d'eau. appuyé sur deux hommes, il faisait le tour du temple. Comme je demandais qui était cette personne, on me répondit: "c'est le Messie, fils de Marie"...(Ibid. tomeIV, livre77, Ch 68, 3) 
Après Adam, Noé, Abraham, Moïse, les gens vont voir Jésus pour lui demander d'intercéder auprès de Dieu, mais celui-ci s'en juge incapable, et renvoie à Muhammad : 
..."[Moïse dit] adressez vous à un autre que moi, allez trouver Jésus. Ils iront trouver Jésus et leur diront: "O Jésus, tu es un envoyé de Dieu; il a envoyé son verbe dans Marie; tu es l'esprit de Dieu, et tout enfant, dès le berceau, tu parlais aux hommes; intercède en notre faveur auprès du seigneur, ne vois-tu pas dans quel état nous sommes? Le Seigneur, répondra Jésus est aujourd'hui dans une colère telle qu'il n'en a jamais eu de pareille auparavant et qu'il n'en aura plus jamais de semblable à l'avenir. Il ne parlera pas de faute commise et ajoutera : "c'est moi, moi, moi (qui aurait besoin d'un intercesseur). Adressez-vous à un autre que moi, allez trouver Mahomet"... (Ibid, tome III, livre 65, ch5,1 cf aussi 65, 2, 1) 
La tradition nous donne une connaissance un peu plus précise de Jésus que le Qu'rân, mais, par rapport à la somme de hadith existant, ceux consacrés à Jésus sont peu nombreux. Comme le Qu'rân, ils reconnaissent l'importance de Jésus, mais rappellent que celui-ci passe après Muhammad et qu'il n'est pas fils de Dieu. 

Pour trouver une réflexion plus approfondie sur le Christ, on doit chercher chez les mystiques. 

JESUS DANS LA TRADITION MYSTIQUE

(Nous nous référerons au livre de Roger Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, coll. Jésus et Jésus-Christ n° 32, Desclée, Paris 1988, ch 3) 

Dans l'œuvre des mystiques, Jésus est tout d'abord présenté comme un mystique qui enseigne : 
- la crainte et l'amour de Dieu 
"Le Christ a dit : 'O Apôtres! la peur qui fait redouter Dieu et l'amour du Paradis font hériter la patience pour supporter les peines et éloignent de ce bas monde" (Ghazâlî Arnaldez, Op.cit. p.111) 
- la patience dans les épreuves : 
"Le Messie a dit: 'Vous n'obtiendrez ce que vous aimez que par votre patience à supporter ce que vous abhorrez'" (Makkî et Ghazâlî, Ibid., p. 113) 
- l'abandon à Dieu : 
"Jésus a dit: 'Regardez les oiseaux; ils ne sèment ni ne moissonnent, ils ne font pas de provisions et Dieu pourvoit à leur subsistance jour après jour'" (Ghazâlî Ibid. p. 117) 
- l'ascèse et la pauvreté 
"On raconte de Jésus qu'il posa une pierre sous sa tête, comme si, en la soulevant de terre, il éprouvait un soulagement. Iblis lui fit une objection en disant: 'O fils de marie, n'avais-tu pas prétendu que tu pratiquais l'ascétisme dans ce monde? Jésus répondit que oui. Iblîs dit: 'Et ce que tu as bien arrangé sous ta tête, qu'est-ce que c'est donc?' Jésus rejeta la pierre et dit: 'prends-la avec tout ce que j'ai déjà abandonné.'" (Makkî, Ibid, p.128) 
- l'humilité 
"On rapporte que Jésus a dit: 'Il manque de science, celui qui ne se réjouit pas dêtre frappé de maux en son corps et en ses biens, en espérant par là expier ses fautes'." (Makkî, Ibid. p. 132) 
- l'amour 
"On rapporte que Jésus passa près d'un homme qui était aveugle, atteint de la lèpre, privé de ses jambes, frappé d'une paralysie du côté droit et du côté gauche, dont les chairs tombaient en lambeaux sous le coup de l'éléphantiasis. Et cet homme disait: 'Dieu soit loué, car il m'a préservé de ce par quoi il éprouve un grand nombre de ses créatures! 'Jésus lui demanda: 'dis-moi quelle est cette épreuve dont je puisse constater qu'elle a été écartée de toi? L'homme dit: 'O Esprit de Dieu! Je suis moi, en meilleur état que celui dans le coeur de qui Dieu n'a pas mis la connaissance de lui-même qu'il a mise dans mon coeur.' Jésus lui répondit: 'Tu as dit vrai; donne-moi ta main'. L'homme la lui tendit et voici que son visage devint le plus beau du monde, et que sa tournure prit le meilleur aspect. Dieu avait fait disparaître le mal qui était en lui. Il s'atacha à Jésus et s'adonna avec lui à l'adoration." (Ghazâlî, Ibid. pp. 138-139) 

Chez Ibn 'Arabi, Jésus est présenté comme le sceau universel de la sainteté 

Parmi tous les prophète, Jésus a une place à part dans la doctrine d'Ibn 'Arabi (un des plus grand mystiques de l'Islam, mort à Damas en 1240/ h.638) :
La conception de Jésus lui confère un statut tout particulier 
"Gabriel était donc le véhicule de la Parole divine transmise à Marie [...] Dès l'instant, le désir amoureux envahit Marie, de sorte que le corps de Jésus fut créé de la véritable eau de marie et de l'eau purement imaginaire de Gabriel [...] Ainsi, le corps de Jésus fut constitué d'eau imaginaire et d'eau véritable, et il fut enfanté sous la forme humaine à cause de sa mère et à cause de Gabriel, sous forme d'homme." (Ibid, p. 168) 
"[...] Jésus manifesta de l'humilité jusqu'à ordonner à sa communauté [...] que si quelqu'un est frappé sur la joue, il tende l'autre à celui qui l'a frappé, et ne se révolte jamais contre lui, ni ne cherche vengeance. Ceci, Jésus le tient du côté de sa mère, car c'est à la femme de se soumettre tout naturellement [...] Son pouvoir vivifiant et guérissant, par contre, lui parvint du souffle de Gabriel revêtu de forme humaine. C'est pour cela que Jésus put vivifier les morts en ayant la forme d'homme." (Ibid., p. 169) 
Jésus sceau de la sainteté universelle 
"N'est il pas vrai que le sceau de la sainteté est un envoyé qui n'a pas d'égal dans les mondes? Il est l'Esprit, fils de l'esprit et de Marie sa mère: c'est là un lieu où ne conduit aucune voie.
[...] Quant à Jésus, il a la qualité de sceau en ce sens qu'il possède le sceau du cycle du royaume (le monde créé). En effet, il est le dernier des envoyés à apparaître, et il apparaît avec le forme d'Adam, relativement à son mode de génération, puisqu'il n'est pas engendré de père humain et qu'aucun fils, je veux dire dans la descendance d'Adam dans la suite des générations, n'est semblable à lui.[...] En outre Jésus, quand il descendra sur la terre à la fin des temps, recevra le sceau de la lus grande sainteté depuis Adam jusqu'au dernier prophète, en rendant hommage à Muhammad, du fait que Dieu ne scelle la sainteté universelle en toute communauté que par un envoyé qui suit la loi de Muhammad. Et alors, Jésus possède le sceau du cycle du royaume et le sceau de la sainteté, j'entends la sainteté universelle." (Ibid., p.181) 

Chez al-Hallaj 

Jésus a une très grande importance dans la spiritualité d'al-Hallâj (grand mystique, condamné à mort pour son enseignement trop hétérodoxe en 922/ h.309), parce qu'il est la réalisation la plus parfaite, pour un homme, de l'union mystique entre l'humanité et Dieu. Lors de son retour eschatologique, Jésus remplira le monde de sagesse et de justice en promulgant la loi musulmane définitive. 
Hallâj croit à la passion et à la résurrection du Christ et cette passion est pour lui rédemptrice. Les disciples d'al-Hallâj ont affirmé que par sa mort sur un gibet, Hallaj avait réalisé l'idéal du soufisme. Néanmoins, cette perception n'est pas la même que la perception chrétienne. Il y a chez Hallaj, une idée de fuite du corps humain et du monde. 

Henri de La Hougue
Enseignant à l'Institut de science et de théologie des religions (Institut catholique de Paris), Membre du service diocésain des relations avec l'Islam

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La Respectable Loge Khalil GIBRAN (
http://www.logekhalilgibran.fr/) vous invite en présence du TSF Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Œcuménique à son Déjeuner-Débat le Samedi 30 Novembre 2013 à 12h 30 autour du :

Père Michel LELONG

sur le thème de son dernier livre:

" Les Religions :
Source de discordes ou de Paix ? "




En ce début du XXIe siècle les relations entre les croyants des diverses religions et aussi entre croyants et incroyants sont d une importance majeure. Elles furent souvent dans le passé, et elles demeurent parfois de nos jours, une cause de discordes. Comment les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans peuvent-ils aujourd hui contribuer ensemble et avec tous les autres à la sauvegarde des valeurs spirituelles et à la paix entre les peuples ? Telle est la question qu examine dans ce livre, le Père Lelong, à la lumière de cet appel de Benoît XVI : « Je souhaite vivement que les relations confiantes qui se sont établies entre Chrétiens et Musulmans depuis de nombreuses années, non seulement se poursuivent mais se développent dans un esprit de dialogue sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie qui, avec joie, reconnaît les valeurs religieuses que nous avons en commun et, avec loyauté, respecte les différences. Le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté ».

 La participation au Déjeuner-débat est de 30 euros ( Mezzé Libanais) . Ouvert au public, les places sont limitées à 50. Il est donc impératif de s’inscrire dès à présent par mail au : goao@orange.fr. Seules les personnes inscrites seront prises en compte.

 Lieu: Restaurant Libanais UGARIT 215 rue de la Croix Nivert -75015 Paris .


                                             Métro : Porte de Versailles




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La Fatiha et le Notre Père



La Fatiha et le Notre Père
Lorsqu'un Chrétien voit prier un Musulman, il ne peut s'empêcher de s'interroger surses pratiques, son rituel, sa relation a Dieu.Lorsqu'un Musulman voit prier un Chrétien, lui aussi, ne peut s'empêcher des'interroger sur l'élan qui pousse le fidèle a s'adresser au Divin.Y-a-t-il de grandes différences ? lesquelles ?Y-a-t-il des points communs ? lesquels ?
Lorsque je me prosterne devant Dieu, le plus grand et que le chrétien prie au nom duPère et du Fils et du Saint Esprit, le désir intime et profond n'est-il le même ?Ni l'un ni l'autre ne pense un instant que la prière de l'autre ne s'adresse pas a Dieu.Que Dieu ne l'entend pas ?Le secret de la prière, dans sa plus profonde sincérité n'est-elle pas la même ?Lorsque la prière est vécue avec le cœur, les différences, ne sont que simples détails.Prosternes ou les mains levées vers le Ciel, n'est-ce pas le même élan du cœur versle Divin ?Les mêmes sentiments d'adoration, de soumission et de dépendance sont expriméesdans nos prières. Les demandes de pardon et d'intercession de l'humble orant sont lesmêmes....Le Père Lelong écrit : "Comment ne pas être frappe par la parenté de ces prières etpar la convergence des attitudes spirituelles qu'elles expriment et suscitent ? Dans laprière du rite pénitentiel que récitent les chrétiens au début de la célébration de lamesse, tous les mots (Tout-Puissant, miséricorde, pardon, péché, "guidance" de Dieu,vie éternelle) ont leur équivalent dans la tradition islamique."
Lorsque je rentre dans une église, je sens en moi, toutes ses prières qui se font en celieu. Cette sensation m'interroge.....
Nous allons essayer de mettre en parallèle ces deux textes, si important au deuxreligions.

Le Notre Père
La prière du Notre Père, du Pater Noster, la seule prière enseignée par Jésus a sesapôtres[1], véritable résume de toutes les ÉcrituresElle fait partie des grands moments des sacrements du cheminement chrétien. "Ellecomprend sept demandes. Les trois premières, plus théologales, nous attirent vers lagloire du Père, les quatre dernières, comme des chemins vers Lui, offrent notremisère a sa Grâce[2]." Sa structure se compose en 7 demandes dont 3 célestes + 4terrestres.
"Notre Père qui êtes aux cieux,Que ton Nom soit sanctifie,Que ton Règne vienne,Que ta Volonté soit faite comme au ciel ainsi sur la terre.Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour,Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi a ceux qui nous ontoffenses,Garde-nous d'entrer en tentation, Mais délivre-nous du Mal."


Structure de la prière
La structure du "Notre Père" se compose de deux grandes parties. La première partiequi commence par l'invocation a Dieu le Père(abba), et qui se poursuit par troisdemandes émises a la deuxième personne du singulier en grec. Les trois premièresdemandes sont d'une très grande simplicité et se succèdent sans liaison. Les quartespremières demandes sont celles qui concernent l'humanité. Certains la considèrentcomme la Prière de Jésus. Le caractère eschatologique des trois premières demandesest généralement admise . Elles se singularisent dans la mesure ou elles sont,en grec,écrite a la deuxième personne du singulier. Elles forment une unité stylistique,connue de la poésie hébraïque. Chacune se termine en grec comme en araméen par le pronom possessif
"Notre Père,Que ton Nom soit sanctifieQue ton règne arriveQue ta volonté soit faite".
La deuxième partie du " Notre Père " est constituée de demandes faites,en grec, a lapremière personne du pluriel. Chacune des demandes est composée de deux éléments,les demandes étant liées par une conjonction de coordination . Les demandes en"nous" répondent a la requête des disciples dans le récit évangélique précédent leNotre Père :" Seigneur, apprends-nous a prier " (Évangile de Luc 11,1) (3). Les troisdernières demandes relèvent d'un enseignement a un petit groupe, celui des disciples,et appellent a un déchiffrement. L'interprétation et la traduction de ces prières serontplus discutées que les trois premières demandes. La nature des dernières demandessemble se rapporter plus, selon certains d'exégètes, a la vie quotidienne qu'a uneportée eschatologique. Dans cette prière, les sept demandes peuvent se comprendredu point de vue de l'homme, qui correspondrait aux progrès du chrétien dans letemps, soit dans le sens 4 + 3.

La Fatiha
La Fatiha (arabe : al-f?ti?a) est la sourate d'ouverture du Coran, le livre sacre desmusulmans. Composée de sept versets, elle met l'accent sur la souveraineté et lamiséricorde d'Allah.Elle peut être traduite par " l'entrée ", " le prologue " ou encore " l'ouverture ".Mohammed (pbsl) la nomme "la mère du Coran " (Oumm-ul-Kitab). La traditionveut que ce soit la première sourate complète qui lui ait été révélée (l'ordre fixe duCoran n'est pas l'ordre chronologique de la révélation coranique, c'est pourquoi cetteaffirmation n'a pas de caractère évident). Il y a environ 25 noms épithètes de cettesourate. La tradition veut que les musulmans sachent au moins une sourate par cœur.Comme la Fatiha est courte et indispensable pour la salat (prière), elle est en généralapprise des l'enfance dans les madrasas (écoles coraniques) ou est simplementenseignée par les parents. Elle est récitée au début de chaque unité (rakaat) de prière,auquel cas le terme " amin " (" amen ") y est ajoute en conclusion.La sourate elle-même est presque toujours récitée lors de la cérémonie du mariagemusulman. De nombreuses pierres tombales musulmanes portent des inscriptionsdemandant au visiteur de réciter la Fatiha pour l'âme de la personne décédée.
1 Au nom d’Allah: celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux.2 Louange a Allah, Seigneur des mondes :3 celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux,4 le Roi du Jour du Jugement.5 C’est toi que nous adorons, c’est toi dont nous implorons le secours.6 Dirige-nous dans le chemin droit:7 le chemin de ceux que tu as comble de bienfaits ; non pas le chemin de ceux quiencourent ta colère ni celui des égarés[4].
Historique de sa révélationLa tradition scolastique islamique s'est interrogée sur ou et quand les versets et lessourates du Coran ont été révélés a Mohammed (pbsl), notamment si tel verset futrévélé a la Mecque ou a Medine. Selon Ibn Abbas et d'autres savants, la Fatiha estune sourate mcquoise, mais selon d'autres, c'est une sourate medinoise. D'autresencore, comme Mudschahid ibn Dschabr, sont d'avis que la première partie de lasourate est apparue a la Mecque et la seconde a Medine. La première hypothèse estlargement admise, bien que certains croyants pensent qu'elle a été révélé pour partie ala Mecque et pour partie a Medine. L'exégèse coranique confirme la grandeimportance de cette courte sourate : le commentateur du Coran andalou al-Qurtubi(mort en 1272) lui consacre 67 pages dans son exégèse.Les islamologues occidentaux se sont aussi intéresses a la question par la suite. Il estdifficile de répondre quant a l'age de la Fatiha. Cependant, il n'y a pas de doute que lasourate était déjà apparue a la Mecque et appartenait au rituel de prière des premiersmusulmans.
Place dans la prière musulmaneÂpres s'être oriente vers la Mecque (la qibla) l'orant dit "Allahu akbar " ("Allah estplus grand (que tous les autres) "), et commence debout la récitation de la Fatiha enlangue arabe, en louant Allah et en exprimant son désir de chercher refuge auprèsd'Allah contre le diable.Il continue avec de nouveaux versets du Coran qu'il a lui-même choisi, puis il seprosterne (le front doit toucher le sol) et termine la prière par la salutation islamique," as-salam 'aleikoum ", adresse, selon la foi musulmane, aux deux anges assis a sadroite et a sa gauche. Auparavant il aura pu, le cas échéant, exprimer une prière dedemande (dua) dans sa langue maternelle.En raison d'un hadith qui affirme que "la prière, dans laquelle la Fatiha n'est pasrécite est invalide ", de nombreux savants musulmans insistent sur l'importance decette sourate dans leurs commentaires. En pratique, cela signifie que les musulmansqui font leurs prières quotidiennes selon les règles traditionnelles récitent cettesourate au moins 17 fois par jour au minimum, si on ne compte que les cinq prièresobligatoires (2 pour la prière du matin, 4 pour celle du midi, 4 pour celle de l'après-midi, 3 pour celle après le couche de soleil et enfin 4 pour celle du soir).
Commentaire de la sourateLe premier verset, dont la translittération est "bismill?hir rahm?nir rah?m " ("Aunom de Dieu, le Tout miséricordieux, le Très Miséricordieux "). Cette formuleapparait au début de chaque sourate du Coran, exceptée la neuvième, At-Tawba (etelle est répétée deux fois dans la 27e, An-Naml). Elle est un verset uniquement dansla Fatiha. Cependant, certains savants (malikites) sont d'avis qu'elle ne constitue pasun verset. Elle est normalement prononcée avant de réciter une sourate ou une partiede sourate pendant la prière quotidienne, ainsi qu'avant les proclamations publiques etparfois même avant de nombreuses activités personnelles quotidiennes dans denombreuses sociétés musulmanes. C'est un moyen d'invoquer la bénédiction d'Allahet de proclamer sa motivation avant une entreprise.Les deux mots " ar rahm?n " et "ar rah?m " sont souvent traduits par "misericordieux " en français. Par exemple " le Tout Miséricordieux, le TrèsMiséricordieux " (traduction de Muhammad Hamidullah). Ce sont deux formeslinguistiques différentes de la racine triconsonontale " R-H-M " qui signifie "miséricorde ". Le mot "rahmaan" indique l'importance alors que "rah?m" évoque lapermanence temporelle.Dans ses interprétations ésotériques du Coran, traduit par Michel Vaslan, Qashani,nous donne cette explication, "Ainsi donc, le sens du premier verset de la Fatiha est lesuivant : " Par la Forme Humaine Parfaite qui réunit la Miséricorde particulière, etqui constitue la manifestation de l'Essence et de la Vérité Suprême avec tous lesAttributs, par cette Forme qui est le Nom Suprême, par cette Forme qui est le NomSupreme, je commence et je récite..."(*)
Le deuxième verset "alhamdulillah" se situe parmi les phrases les plus populaires dumonde arabe. Il est exprime pour signifier qu'on se sent bien, qu'on est heureux, etmeme pour exprimer la consolation après une épreuve. Ce verset est aussi significatifen ce qu'il inclut une relation entre le nom d'Allah le plus commun, " ?", et unautre, " ?? ", qui peut être traduit par " Seigneur " et qui partage la même racine quel'hébreu " rabbi ".C’est la sourate que le musulman répète le plus au long de sa vie puisqu’elle doit êtrerécitée au moins deux fois dans toutes les prières rituelles (2 fois dans celle du matin,4 fois dans celles de midi et de l'après midi, 3 fois dans celle du coucher et 4 foisdans celle de la nuit) sans même parler des surérogatoires.D'apres Abu Hurayra, l'Envoye de Dieu (pbsl) a dit : " Dieu le Très-Haut a dit : " j'aidivise al-Fatiha en deux parties égales entre Moi et Mon serviteur : la première moitieM'appartient, la seconde est a lui, et Je lui accorderai ce qu'il Me demande".
Récitez al-Fatiha, poursuivit l'Envoyé de Dieu.Lorsque le serviteur dit: "Louange a Dieu, le Maitre de l'Univers".Dieu dit : "Mon serviteur M'a loue !".Lorsque le serviteur dit : "Le Clément, le Miséricordieux",Dieu dit : "Mon serviteur M'exalte.".Lorsque le serviteur dit : "Le Souverain au jour du jugement dernier",Dieu dit: "Mon serviteur Me rend gloire.".Lorsqu'il récité : "C'est Toi que nous adorons ! C'est Toi dont nous implorons lesecours !",Dieu dit : "Ce verset est entre Moi et Mon serviteur, Je lui accorderai ce qu'il Medemande.".Lorsqu'il achève par : "Guide-nous dans la Voie droite ; la voie de ceux que Tu ascombles de bienfaits, non celle de ceux qui ont mérite Ta colère ni celle des égares !",Dieu dit: "Ces paroles appartiennent a Mon serviteur et Je lui accorderai ce qu'il Medemande.".(hadith sahih rapporte par Muslim, at-Tirmidhi, Abu Dawud, Ibn Maja et an-Nasa)
Correspondances
La prière du Notre Père, du Pater Noster, est considérée par certains comme unvéritable résumé de toutes les Écritures, la Fatiha est, elle aussi considérée comme unvéritable résumé du Coran.Les deux textes se terminent par un appel au Seigneur, seul capable de préserverl'homme du mal et du péché. Quelques convergences sont possibles entre les prièresdominicales et coraniques. Les deux prières chrétiennes et musulmanes ont septversets avec une structure descendante, quasiment identique, l'on peut constater laparente de nombreux termes et significations. Une première partie est pour Dieu etune seconde partie est pour l'homme. Dans la prière Chrétienne c'est la paternité deDieu qui influence les demandes. Dans la prière Musulmane c'est la Miséricorded'Allah qui est glorifiée. La! nous constatons et comprenons mieux la différence entrel'Islam et le Christianisme.Dans l'un, l'Islam, est dans son essence l'explication de la grandeur de Dieu, tandisque dans l'autre, le Christianisme, c'est la révélation du Dieu/Père et le régimed'Alliance Biblique.Cette différence, n'empêche absolument pas de se comprendre.

Le Notre Père La Fatiha
1.Notre Père qui êtes aux cieux Au nom d’Allah: celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux.   2. Que ton Nom soit sanctifie, Louange à Allah, Seigneur desmondes   3. Que ton Règne vienne, celui qui fait miséricorde, leMiséricordieux,   4. Que ta Volonté soit faite comme au cielainsi sur la terre le Roi du Jour du Jugement.   5. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour, C’est toi que nous adorons, c’est toidont nous implorons le secours.   6.Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi a ceux qui nous ont offenses, Dirige-nous dans le chemin droit:   7. Garde-nous d'entrer en tentation, Maisdélivre-nous du Mal. le chemin de ceux que tu as comble debienfaits ; non pas le chemin de ceux quiencourent ta colère ni celui des égares  

Remarquons l'organisation septiforme des deux prières.Sept demandes dans le Pater, avec un équilibre interne de 3 demandes célestes + 4demandes terrestres.Sept versets dans la Fatiha, avec un équilibre interne de 4 versets attestant la foi enl'Unicite de Dieu (Tawhid) et le nomme par Ses plus beaux Attributs ; il reconnait Son autorité absolue sur ce monde et sur l'autre et le désigne comme l'Unique destinataire de son adoration ainsi que sa demande d'aide. Dans la seconde partie (verset 6-7), le musulman demande a son Seigneur de le guider sur la Voie droite et de l'écarter de Sa désapprobation ainsi que de tout égarement. Une structure , en 4 + 3: les quatre premiers versets concernant Allah au ciel et les trois derniers "nous", les hommes sur cette terre. Le "nous", première personne du pluriel par opposition au "je", indique que le fidèle prie au nom de tous les musulmans et pas seulement en son seul nom. Remarquons au verset 5, dans celui-ci un mouvement ascendant de l'homme vers Dieu, a travers son adoration et sa demande, et en réponse, un mouvement descendant en forme de recours Divin.On remarque que la troisième demande du Notre Père, ayant Dieu pour objet, fait lelien entre le céleste, grâce au mot "ciel" et le terrestre, grâce au mot "terre".Le mot "terre", a la fin des trois premières demandes, faisant la liaison entre le 3 duciel, ou Tu demeures, Toi notre Dieu ! et le 4 de la terre, symbolisant les pérégrinations du Chrétien...Le cinquième verset de La Fatiha, relatif aux hommes, fait le lien entre le céleste,grâce a sa première partie : " C’est toi que nous adorons " – qui a bien unmouvement ascendant vers Allah et le terrestre concernant les hommes ici-bas, grâcea sa seconde partie : " c’est toi dont nous implorons le secours ".Les deux textes se reflétant par effet de miroir.
Conclusion.
Nous avons tenté de faire un parallèle entre Le Notre Père des Chrétiens et La Fatihades Musulmans dans le but d'une meilleure compréhension de l'autre. Sans tomberdans un syncrétisme naïf et dangereux, notre motivation est de démontrer les pointscommuns, les similitudes mais aussi les différences. Et par un effet de miroir se voirdans l'autre. Au delà de nos différences, il y a de toute évidence un sentiment d'uniondans la prière, un élan semblable, une ferveur partagée. Une recherche permanentedu Souffle Divin. Nous terminerons en citant le Père Christian de Charge, moine deTibherine, Algérie : “ Cette unité de tous les peuples dans le Cœur du Christ mesemble plus évidente encore, écrit-il, quand on se met loyalement à l’écoute d’unautre peuple en prière, et qu’on découvre, à travers lui, que les attitudes et les motsles plus simples ignorent les frontières de religion, qu’ils sont un langage universel :prière du corps gestuée, longue rumination d’une formule litanique, d’un “ dhikr ”ou d’une “ prière de Jésus ”, d’un mémorial des plus beaux Noms de Dieu.”.Notre objectif n'est pas de prêcher une fraternité qui voudrait oublier les principespropres a chaque religion. Bien au contraire, notre démarche se veut une invitation avoir l'Unicite dans la multiplicité et a reconnaitre la validité de chaque expressionrévélée comme un aspect manifeste de cette Vérité.
"Quelle prière serait-ce si, étant auprès de ToiDans la mosquée, mon cœur demeure dans le bazar ?Prier vraiment c'est ressembler aux anges.Mais moi, je suis encore la proie des bêtes et des démons.De cette prière hypocrite, j'éprouve de la honte.Et je n'ose lever mes yeux vers Toi."Djalal ad-Din Rumi

J'ai dit
Notes:[1] : Cf. mes Bergers du Soleil, op. cit., pp. 153-154 ; Le Nom de gloire, op. cit., pp. 44-46 ; "Lapriere signee du Nom", art. in Cep n° 40, juillet 2007 et sur le site Contrelitterature du 5 novembre2008 ; "Le carre SATOR, le Pater Noster et la Croix", art. in Le Cep n° 44, juillet 2008, pp. 64-80et sur le siteContrelitterature du 25 sept 2008 ; "Le coeur nomme de gloire", in revueContrelitterature n° 22, l’Harmattan, 2010, pp. 79-88, et mis en ligne sur le site Contrelitterature du23 mars 2011.[2] : Cf. Catechisme de l’Eglise catholique, Paris, Mame / Plon, 1992 (abrev. = CEC), § 2803, p.568. Dans le Supplement Cahiers Evangile n° 132,’’La Priere du Seigneur’’ (le Cerf, juin 2005, 136pages), Hugues Cousin prouve son oubli de la Tradition catholique en ecrivant : ? les troispremieres demandes qui ont Dieu pour objet, et enfin les trois dernieres qui touchent a l’existenceconcrete. ? (p. 2) Un Liminaire a vite eliminer… De son cote, Gilbert Dahan affirme qu’au MoyenAge ? les demandes elles-memes sont partagees en 3 + 4 ou, plus souvent, en 3 + 1 + 3 [il doitconfondre avec laMenorah…], la demande concernant le pain jouant un role intermediaire. Voicipar exemple comment un liturgiste du XIIe s. (…) comprend la structure du Pater. ? Et de citer Lemiroir de l’Eglise dans lequel Honorius ecrit :?Il y a sept demandes, qui sont reparties en trois etquatre. Par les trois, on comprend le Pere, le Fils et l’Esprit saint ; par les quatre, on comprend lemonde… ? (p. 89) Aucun exemple du "frequent" 3 + 1 + 3 :[3] : Cf. Supplement Cahiers Evangile, op. cit., p. 90. Le cardinal BARBARIN a publie dans cesens : Le Notre Pere. Un chemin de vie spirituelle (Saint-Maur, Parole et Silence, 2007). JosephRATZINGER-BENOIT XVI, en son livre sur Jesus de Nazareth (t. 1er, Paris, Flammarion, 2007),signale qu’un starets orthodoxe ne pouvait s’empecher ? de faire reciter le Notre Pere encommencant par le dernier mot, afin qu’on devienne digne de clore la priere avec les parolesinitiales :"Notre Pere". De cette maniere, declarait-il, on prend le chemin pascal : "on commencedans le desert avec la tentation, on retourne en Egypte, on parcourt a nouveau le chemin de l’Exode,par les stations du Pardon et de la manne de Dieu, pour arriver grace a la volonte de Dieu dans laTerre promise, le Royaume de Dieu...’’? (p. 158) J’espere qu’il n’osait pas penser, en consequence,que le Christ invitait ses Apotres a aller a rebours : de la Terre promise a l’Egypte… Mais le bravestarets n’a pas du se souvenir que c’est l’Esprit du Fils qui nous fait nous ecrier : "Abba ! Papa !"dans le sens du retour vers le Principe sans principe (Rm 8, 15 et Ga 4, 6). ? L’abime appellel’abime ? (Ps 42, 8), comme le rappelle intelligemment le CEC, op. cit.,§ 2803, p. 568.[4] : MASSON Denise, Le Coran, Preface de Jean GROSJEAN, Paris, Gallimard, 1967, t. 1er, p. 3 ;[5] : GOLDZIHER Ignaz, Etudes sur la Tradition musulmane (Muhammedanische Studien,1890),traduction de Leon BERCHER, Paris, Adrien Maisonneuve, 1984.Encyclopadia of Islam. New Edition. Brill, Leiden. vol. 2, p.841.Roger Caratini et Hocine Rais, Initiation a l'Islam: La foi et la pratique, Presse du Chatelet, 2003,203p. (ISBN2-84592-076-8), partie II, chap. 1 (? Les cinq piliers de l'Islam ?), p. 126.Encyclopadia of Islam. New Edition. Brill, Leiden, vol. 5, p. 512.imprime a Beyrouth 2006. vol. 1, p. 166-233.Theodor Noldeke, Geschichte des Korans, vol. 1, p. 110.Resume du Sahih al-Bukhari, Daroussalam, 1999, p. 249.(*) Qashani : Les interpretations esoteriques du Coran, traduction Michel Vaslan p12

par le F:. Nadim G:. de la Respectable Loge de Recherche Khalil GIBRAN à l'Orient de Saint Cloud -Paris


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( 14 Avril 1931-21 Août 2012 )

Hommage du Grand Orient Arabe Oecuménique au Professeur Sami Makarem à l'occasion de la commomération du 1e anniversaire de sa mort 

Grand érudit , spécialiste des " Batiniyins " le Professeur Sami Makarem nous avez fait l'honneur de participer au Colloque organisé par notre Grand Maître Mondial le TSF Jean-Marc Aractingi à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris sur le thème
" Orient et Occident à la croisée des chemins initiatiques.
Afin de lui rendre hommage nous reproduisons ci-dessous sa conférence ( traduite de l'anglais) 


LA GNOSE (AL OURFAN) 
LA VOIE DE L’UNITE DIVINE ENTRE DIVINITE ET HUMANITE

 

1-Introduction Historique :

 

   La Voie de l’Unité Divine « Al Tawhid », est la définition que les Unitaristes Druzes préfèrent donner à cette branche Musulmane Chi îte, et qui est née d’un schisme, à partir du courant ISMAELIEN, à l’époque de l’Imam AL HAKIM BI AMR ALLAH, sixième Calife Fatimide, et ce, en l’Année 1017aprés JC (ou 408 de l’Hégire), et sous son égide, selon les sources des Mouwahhidines.

 

Cette Voie Monothéiste a été fondée par HAMZA BEN ALI, et soutenu par le Calife AL HAKIM, jusqu’à leurs disparitions en 1021 Ap JC (411 de l’Hégire).

HAMZA a confié cette mission de Prédication du TAWID, à Abi Al Hasan El TAI’Î, connu sous le nom de AL MOUKTANA BAHAA EDDINE, jusqu’à l’année 1043 ( 435 H). Date à la quelle « LA PORTE » de la DAAWA (TAWHID) a été fermée.

 

2- le SENS de la Divinité (Al Lahout) et de l’Humanité (Al Nassout=Immanence Théophanique ou Anthropomorphose

 

Al Nassoutia, objet de notre conférence, veut dire le processus de l’Anthropomorphie Humaine de par son Existence et sa Mystique Gnostique, alors qu’Al Lahoutia (La Divinité), exprime ce qui est Divin de par son Existence et l’Accès à Sa Connaissance.

 

Etant donné que Dieu, selon la Conception SOUFIE en général, et celle du courant TAWHIDI DRUZE en particulier, est l’UN et l’UNIQUE ABSOLU

( Absconditum = Hyperousion) sans aucun Attribut spécifique (Apophatique), Sa Divinité donc ne peut, en aucun cas, être Intelligée par l’Humain, qui, dont la spécificité est « l’Etant » = Al Zatia ;

D’où l’Humain, malgré tous les Degrés  de son Elévation vers la Perfection, ne peut percevoir du Divin, que, ce que lui permet son degré de sa Transcendance Humaine.

C'est-à-dire, ce que lui permet, sa possibilité limitée, de percevoir Dieu par la Mystique Gnostique et Transcendantale.

 

Le Principe Absolu (Dieu= Absconditum), n’a pas Créé l’UNIVERS, y compris l’Homme, Ex-Nihilo (mais Ab Initio), car ce concept (Intérieur et Extérieur= Ex-Nihilo), donne l’apparence de Limites au Créateur- Dieu.  Mais «  IL

ABDA-A »,  a créé l’Homme (et l’Univers), d’une façon INCOMPARABLE (AL IBDA-Â). C'est-à-dire qu’IL l’a Intelligé de sa Propre Lumière, par une Apparence absolue, car c’est sa propre Nature d’Intelliger (Al Izhar).

 

L’Univers, dont l’Homme fait partie, est la Traduction Obligatoire de Dieu (= Sa Manifestation Théophanique). D’où, la Création dans le sens de rendre Existent l’Univers (l’Etant) Ex Nihilo, hors de la LUMIERE DIVINE, est en contradiction avec le Principe Créateur Absolu (Absconditum), et rend la Quiddité Divine limitée.

 

Aussi, affirmer cela, est un processus Non Unifique-Unifiant, et contraire à l’Unité Divine, car il mène obligatoirement à une DUALITE : Celle de Dieu et celle de l’Univers. Cela est en complète contradiction avec le TAWHID, ou l’Unicité Divine.

Pour cela, le Soufisme et le Tawhid, ne croient pas à l’Existence de Deux Mondes séparés : Monde de Dieu et Monde de l’Homme, ou le Ciel et la Terre, le Monde de l’Immanence et le Monde Eschatologique.

 

Par conséquent, ils ne croient pas que Dieu est quelque part et que l’Homme est ailleurs.

Le Principe Absolu= Dieu, est hors du Temps (Chronos) et de l’Espace (L’Etant- Lieu).

 

On peut dire aussi que Dieu « n’Est pas » (de verbe Être) partout, mais tout Lieu Physique est en Lui, sans pour autant dire que « en » signifie un lieu .D’où les Mouwahhidoun (Unitaristes), disent que l’Humanité (dans le sens de l’Homme) Théophanique ( Al Nassoutia), n’est pas séparée ou distincte de la Divinité. Car l’Homme est à la Divinité, ce que le Sens (Créatif) est à la Parole, et qui est l’Expression de la Divinité. Et comme la Divinité Absolue est sans limites, Sa Manifestation Humaine, à vrai dire, n’est pas extérieure à sa propre Existence, mais c’est Son Expression (Matérialisation Spirituelle).

 

La liaison de la Parole (Créatrice) qui a son propre Sens (Matérialisation du Verbe), ne veut absolument pas dire que l’Ecriture (en tant que figure Non Symbolique) est Son Expression.

Il en va de même pour l’Univers, qui, malgré qu’il exprime Dieu, et qu’il lui soit lié, n’est pas Dieu Lui-même.

Il est lié, de part sa son Emanation, et Lui est distinct, de part sa propre Vérité d’Existence (Quiddité de l’Existence Divine). D’où le Paradis est sur « Terre »

(L’Existence Immanente) et non pas au « Ciel », car il n’y a pas de Ciel séparée de la Terre.

 

D’où le SOUFISME, et la Voie Unitaire Druze (Monothéiste) appellent tous les deux à se libérer de la Dualité, c'est-à-dire, de la Croyance que l’Existence est Duelle (Dichotomique) : Existence Céleste et Existence Terrestre, ou Existence bonne et autre mauvaise.

 

Le Soufisme et la Mystique Unitaire Druze pensent que le Monde mauvais, c’est celui, dont l’Adepte fait en sorte à ce qu’il soit séparé de l’Eternité ; Alors que le Monde Immanent, non séparé, par l’Adepte, de l’Eternité, fait de cette dernière une Eternité Bonne et Vraie.

 

Le Monde Immanent est destruction, s’il n’est pas l’Expression de l’Eternité.

 Si l’Homme croit qu’il est la Théophanie de Son Créateur (ThéoAnthropomorphie), et par conséquent existe par son Humanitude en Dieu, non pas en tant qu’Individu, ou encore moins en tant qu’Entité exempte de

 Divinité, alors il devient Mouwahhid (Ayant la Foi en l’Unicité Divine)

 

Mais si l’Adepte croit que Dieu (Principe Créateur) possède une Quiddité particulière, et qu’il l’a créé Ex Nihilo, indépendamment du temps et de des Lieux (Espace), le gouvernant comme une simple créature, alors cet adepte « adore » Dieu par crainte de « l’Enfer », ou dans l’Espérance du Paradis.

 

La soumission à Dieu n’est pas cela, mais plutôt celle de sa Prosternation (Adoration= Contemplation), pour qu’il puisse SE REALISER lui-même EN DIEU.

 

Comment se réaliser en Dieu, l’UN, l’UNIQUE ; est-ce avec son Intellect ou son Cœur ?

Il ne peut se réaliser avec son Intellect seul, car l’Intellect seul est impuissant, et l’impuissance est le résultat de l’Être (Etant) impuissant, comme le dit le grand Soufi Abou El Hussein El Nouri.

Il ne peut se réaliser avec son cœur seulement, car le cœur seul mène à la croyance. La simple croyance est exposée au phénomène Subjectif du Moi, et le Moi est créateur de Multiplicité (Séparateur). Ce processus est contraire à l’Unicité Divine (Al Tawhid).

 

L’Homme SE REALISE PAR L’AMOUR, et cela présuppose Deux conditions :

 

L’Intellect montre à l’Homme, loin de l’orgueil (du Savoir), son impuissance.

Le Cœur qui attire l’Homme vers Dieu comme faisant partie de lui-même. ET Dieu vers lui. Par ce phénomène, l’Homme prend conscience qu’il est de LUI, en LUI, avec LUI, et vers LUI. Cette double action d’Attraction est un Chiasme, et l’Homme sentira le Mouvement (Spirituel) de lui en Dieu, et de Dieu en lui.

Alors il devient le Témoin de la Manifestation Divine, et dieu se montre à lui, autant que l’Homme représente une apparence Théophanique.

 

La Théophanie Divine se rencontre avec la Théophanie Humaine, quant à la Divinité (Al Lahout), elle reste le moteur de cette rencontre. « Lui » est dans la Théophanie , et la Théophanie est en Lui.

 

C’est sur cette Herméneutique que la Gnose (Unitaire Druze) base sa Foi Esotérique, qui va au-delà du Monothéisme Exotérique (de l’Islam), jusqu’à l’ÎHHSSAN, comme il été dit dans le « AL HADITH AL CHARIF » du Prophète, s’adressant à ses disciples, en définissant l’Islam ; C’est la Foi et la Bienfaisance.

 

Quant à l’Ange Gabriel, il a dit à propos de la Bienfaisance : « Prosternes toi devant Dieu comme s’il te voit, car si toi tu ne LE vois pas, LUI,  il te voit ».

 

Cette « BIEN-FAISANCE » c’est le TAWHID DRUZE (Monothéisme Esotérique) où la Contemplation (Adoration- Prosternation- Prière) devient la démonstration de la Manifestation Visionnaire, et celle là ne peut être DUELLE.

La Vision de la Manifestation, comme je l’ai dit dans mon Livre (La Connaissance dans la Voie de l’Unicité ; Londres, Fondation  L’Héritage Druze, page 216 ;) ne se réalise pas simplement par la volonté du MOURID, ou postulant ; volonté subjective du Moi, mais cette Connaissance se réalise plutôt en Dieu UN et UNIQUE.

 

A ce propos, le Grand Soufi M.B.A.J.NAFRI dans son Livre Oracles Divins : « Ô Homme, JE suis au devant de ton savoir et de ton action (travail), comme JE suis au devant de ta Vision (Théophanique) ».

La Vraie Vision du Manifesté, c’est la réalisation de « Ta » Théophanie avec « Sa » Théophanie. Quant à AL Lahout (Le Principe Créateur), l’Humain ne peut y avoir accès.

 

D’où la Connaissance (La Gnose) dans le SOUFISME en général, et dans la VOIE du TAWHID (DRUZE) en particulier, c’est la prise de conscience du Manifesté (Théophanique), et cette Théophanie c’est Dieu Lui-même, AL MOUNAZZAH (Absconditum), qui se plait à se MANIFESTER en l’Homme.

 

On a demandé à un CHEIKH (Haut Dignitaire), si l’Homme peut abandonner DIEU ; il répondit : « Comment peut-il l’abandonner, alors qu’IL est en lui ».

 

C’est cela la Connaissance Divine (AL- OURFAN= GNOSE) ; c’est la Rencontre de la Théophanie Divine avec la Théophanie Humaine.

 

Docteur Sami MAKAREM

22 octobre 2011 

 

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Islam et Franc-Maçonnerie

Traditions ésotériques



Attention : En raison du report par l'éditeur de la parution du livre " Islam et Franc-Maçonnerie-Traditions ésotériques " de Jean-Marc ARACTINGI et Christian LOCHON au mois d'Octobre 2013 , la conférence du Grand Maître Mondial le Très Sérénissime Frère Jean-Marc ARACTINGI prévue pour le mois de Juin 2013 sera reportée . La date précise sera communiquée ultérieurement.

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" Khalwa " de Cheikhs Druzes 

Extrait de la conférence du Samedi 13 Avril 2013

 

La  Gnose dans l’Islam Spirituel :

La Spécificité Druze

 

 

Hegel disait que la Philosophie consiste à mettre le monde à l’envers. Le TAAWIL et la philosophie prophétique consistent à le remettre à l’endroit. Et quand on se tourne vers HEIDEGGER, avec le DASEIN (Présence = L’Etant), il lui donne une entité comme une Structure phénoménologique Complexe, et qui est ontologiquement antérieure à l’Apparence d’un Sujet ou d’un Ego, antérieure à quoi que ce soit d’aussi limité qu’une conscience humaine.

 

 La GNOSE ou « AL OURFAN », est toute forme de Connaissance touchant à la Nature de l’Etre, du Divin et de l’Univers. Elle est assimilée à cette « science » philosophique de l’Herméneutique, ou cette façon de COMPRENDRE(Dilthey) notre Univers, avec des Eléments Sensibles, ou des Symboles, pour pouvoir accéder à la Connaissance Suprême de la Divinité. Elle est intiment liée à un « Système » ou un Corpus de Croyances régie par une Cosmogonie Spécifique.

 

 

Dans toutes les Civilisations, et toutes les Religions, une telle démarche a pris une place importante au niveau des Mythes Fondateurs, et des Croyances populaires ou des Elites.

 

Cette « Interprétation » de l’Univers, de l’Entité Ontologique de l’Etre et de l’Existence Divine, avait une place considérable chez les Philosophes et Penseurs Musulmans, qu’ils soient orthodoxes (comme EL KHAZALI,  ou AL FARABI) ou Hétérodoxes (comme Les Frères de la Pureté et Amis de la Fidélité)

Les Uns et les Autres ont essayé, tout en restant fidèles aux Enseignements, Commandements, et Préceptes Coraniques et de la SHRI’A, de concilier ces Deux Aspects de la Foi Musulmane et surtout la Notion de l’UNICITE DIVINE, entre Philosophie et Théologie.

Ceci étant, on va la retrouver d’une façon indéniable, et quelquefois d’une manière étonnement proche, dans l’Espace et dans le Temps, dans les Trois Religions Monothéistes Abrahamiques. (De l’Unité Transcendante des Religions de Frithjof SCHUON, ou l’Unité Cachée d’Antoine SCHWARZ). 

 

La Question Fondamentale tourne autour de la Nature du Créateur et Sa Manifestation dans

Notre Monde Sensible. Maître ECKART disait : « si tu veux le Noyau (l’Essence des Choses), tu dois briser l’Ecorce » ; Le terme « TA’WIL » veut dire « reconduire une chose à Sa Source ».

(AWAL= Premier, ou Premier Principe= ALEF dans l’Ordre Alphabétique).

Le terme incontestable qui est le « TANZIL » n’est pas l’opposé du « TA’WIL », mais Son Elément Fondateur, sans lequel, il n’y aurait pas d’Herméneutique possible. C’est le Postulat, ou la Condition SINE QUA NON, pour qu’il y ait un Complément dans l’Acte d’ÊTRE. C’est cela le Paradoxe du MONOTHEÏSME ou «  AL TAWHID » ou UNICITE DIVINE.

 

Cette situation Herméneutique se trouve, selon H. CORBIN, dans beaucoup de textes  Mystiques en Islam, et surtout dans l’Acte de Création, comme une mise de l’Etre à l’Impératif Divin au sens Actif (Al Amr Al Fi’li) KN OU « SOIS ». Comme dans l’Evangile de Saint Jean : «  au  Commencement il y avait le Verbe, et le Verbe s’est fait Chair ». Donc le TA’WIL est essentiellement un processus de « Dévoilement » de ce qui « Caché », de lien entre le Signifiant et le Signifié.

 

A partir du Sensible, de « L’Etant » ou DASEIN, comme le nomme HEIDEGGER, ou « AL ZAHER », l’Apparent ; comment accéder par la Connaissance (AL OURFAN)  au Premier Principe, « AL BATIN », au G.A.D.L U ; au Créateur Suprême. C'est-à-dire comment, en partant de l’Exotérique, de la SHARI’A, peut-on cheminer vers l’Esotérique, et ainsi par une démarche Personnelle, s’élever dans la Lumière Divine comme dans le SOUFISME par exemple, l’Ismaélisme, ou l’Unitarisme Druze. Comment aller du Monde Intelligible vers l’Univers Divin, et le Monde Imaginal décrit par H.CORBIN. Voilà une Question hautement Philosophique, existentielle, et Eschatologique, où la Sotériologie de l’Humain cherche son Principe Originel. C’est pour cette raison, que les réponses de différents courants de l’Islam, qualifiés d’Esotériques, ont trouvé des Voies de Réalisation de Soi, et d’Accès à la Connaissance Divine, d’une portée Théologico-philosophique considérable, et qui nous intéressent au premier chef, car basée sur la QUETE INITIATIQUE, et sur sa progression dans la compréhension  de l’Univers. C’est aussi parce que la FRANC-MACONNERIE est une GNOSE qui, au-delà des Croyances de chacun, essaye de donner la Lumière à ceux qui, par leur Quêtes personnelles, voudront bien la recevoir, et les éclairer sur les HOMOLOGIES dans les différentes Croyances, leurs croisements et leurs finalités. Il appartient à chacun bien entendu, d’en tirer les conséquences.

 

Dans cet ensemble incroyablement dense et divers, ou ces différents Corpus Gnostiques, allant de l’Aube de l’Humanité jusqu’au Religions Abrahamiques Révélées, nous allons surtout nous intéresser au sujet de ce jour, c'est-à-dire, à la GNOSE dans l’Islam et particulièrement à l’ISMAELISME et une de ses branches importantes le MONOTHEISME DRUZE.

 

Après la disparition du Prophète MUHAMMAD, son gendre ALI, époux de FATIMA qui est la fille du Prophète (d’où le nom des FATIMIDES) et ses Adeptes voulaient tirer leur Légitimité de Filiation avec le Prophète. Légitimité non seulement Généalogique, mais aussi Messianique à travers les siècles à venir. Les conflits qui ont suivi, sur la Légitimité de la Représentation, expliquent en quelque sorte, le Schisme de nature Théologique.

 

Partant de cette situation complexe et dans la diversité des Exégèses (AL IJTIHAD), il s’en est suivi une divergence dans l’Interprétation du Message porté par le Coran, à savoir qu’il y avait une Interprétation Cachée, et qui ne sera dévoilée que pour les Initiés (ILM AL BATIN).

 

Ce sont surtout les courants ISMAELIENS dont les DRUZES, et leurs différentes Ecoles et branches, qui vont exceller dans cette GNOSE, en poussant l’Herméneutique, jusqu’aux plus hauts degrés de la Philosophie Spéculative, mais avec une Originalité et une Inventivité complexe et une Imagination fertile à tout égard. Nous retrouverons partout, une Synthèse originelle de la GNOSE Humaine (et Humaniste).

 

L’UNITE ou l’UNICITE DIVINE (AL TAWHID) révélée par les trois Religions Monothéistes, est une véritable UNITE Exotérique, tout à fait incontestable dans sa Vérité et dans son Enseignement, car « la Parole (du Coran) est dans les cœurs des Croyants, et ne la perçoivent que ceux qui ont reçu la Connaissance »( Coran 29 :48). Mais il y a le Double risque de l’Idolâtrie Métaphysique et celui de l’Anthropo-métamorphose. La seule explication Exotérique expose donc aux dérives de l’Abstraction Complète de la Nature Divine, ou au contraire à son Assimilation à un Créateur défini par ses Attributs, donc perceptible d’une manière ou d’une autre. D’où AL TAWHID Exotérique est une condition nécessaire (AL ZAHER) mais non suffisante pour concevoir la Nature du Premier Principe. Le seul moyen de sortir de ce « piège » c’est AL TAWHID ESOTERIQUE., en mettant l’accent sur l’Organisation d’Une Cosmogonie par la simple Volonté du Premier Principe. Volonté de BIEN, Volonté de montrer Ce Qui Est Caché, Volonté de Création à son Image Théophanique pour rendre Témoignage à Sa Création. (AL TAJALLI) ; D’où, dans le Temps Cyclique, chaque Religion occupe Un Cycle représentée par un Prophète, et l’Absolue Nécessité Duelle de la Présence de Compagnon comme Dimension Cachée annonçant l’Avènement de la Vérité Intime. (ALKHIDR, SALMAN AL FARSI)

 

Mais pour éviter toute assimilation du Divin avec quelque Dérivé que ce soit, et préserver ce Hiatus, cet Abime Divin, de tout rapport avec la Matière, il fallait rompre la moindre relation directe ou indirecte avec la Matière, qui renvoi à une altération de la Pureté du Créateur, à la Nature Divine, en dehors de tout, et au dessus de tout.

Il ne s’agit pas seulement d’une Dialectique Conceptuelle, mais aussi Processionnelle.

Le Concept « KOUNI FA KANAT » ou « KN », déclenche par la Volonté Divine Immaculée, en faisant Abstraction de la Matière, une série de  Manifestations Emanant du Grand Principe, et selon un Hiérarchie Indispensable, Incontournable, pour que cette Volonté soit Manifestée.

 

Cette Conception de Dieu, comme vous le constatez, est d’une Complexité liée à l’Approche même de la Quiddité Divine, (Mahiyatt El Woujoud) qui est Incogniscible, Indicible, d’une Pureté Indéfinissable pour lui donner un quelconque  Attribut  même de cette pureté.

 

Il est bien entendu, très simple de comprendre que si Dieu a Créé l’Univers directement (et en sept jours), la Problématique serait toute autre, et ne posait pas des Interrogations, au moins sur le plan Exotérique.

Mais les Deux ne sont pas contradictoires. Ces interrogations sont justifiées et interprétées, car on ne peut, philosophiquement parlant au moins, concevoir le Principe Suprême que sous  l’angle Esotérique (AL BATIN).

L’analyse inverse lors de notre cheminement (L’Elévation jusqu’à Dieu), est également aussi concevable et évidente, car chaque Être (Âme) Individuelle, tâchée par les Pêchés au cours des générations, ne peut approcher Dieu avec ses Vices et sa nature altérée par ses actions dans le Monde de la Matière, d’où la Notion du TANZIH.

Par conséquent, le Principe Suprême est Non ÊTRE, et Non-Non Être, Non dans le Temps et Non-Non dans l’Espace (LAMOUTANAHI). La Théologie Apophatique (Via Négationnis) prend alors toute sa dimension, comme « Antidote » du Nihilisme.   

 

Mais cela suppose une Infinie Pureté, une Nature Immaculée du Divin, une Indéfinissable et Indicible « Identité » pour se manifester à l’Homme. D’où le Génie de ce courant Ismaélien, et spécifiquement Druze, de concevoir AL TANZIH, c'est-à-dire, l’Impossibilité de donner aucun Attribut, ni aucun Qualificatif, afin de ne pas donner à « DIEU » aucune limitation physiquement ou mentalement perceptible, et pour ainsi éviter de le Personnifier. Par contre, « DIEU » dans Sa Volonté de se montrer à l’Homme, et lui manifester son Amour, puisqu’il l’a créé à son Image, Il a construit une Cosmogonie, permettant à l’Homme de prendre Conscience de Son Existence et de Sa Création, et de pouvoir s’élever jusqu’à Lui.

 

Il est « l’ABSCONDITUM », l’Abstraction sans Limites, « AL MOUJARRAD » de tout, c’est à ce moment que chaque Négation n’est vraie qu’à la seule condition d’être niée elle-même. La Négation porte sa propre Négation, de par sa nature à affirmer une Existence ou une Présence. La Négation de Tout-Autre –Que –Lui ( La ILaha illla Lah). Le TAWHID de Premier Degré, ou Commun ou Exotérique va du Monde à Dieu ; le TAWHID de Deuxième Degré va du Moi Personnel à Dieu, alors que le TAWHID du Troisième Degré va de DIEU à DIEU. Ce dernier est le TAWHID de l’Elite de l’Elite. 

C’est LUI qui a fait Être (Houwa al lazi awjada), et donc ne peut pas Être (la youmken an yakouna kä-ïnann), et pour cela « Il » ne peut Être que Non Être.

 

Donc la Vérité Suprême est dans la Simultanéité de cette Double Négation ; la quelle a son complément dans la double opération du TANZIH ; C'est-à-dire à écarter de la Divinité Suprême les Noms des Attributs, pour les reporter sur les HOUDOUD.

 

D’où, c’est par le TAWHID que s’accomplissent la Différenciation, la Structuration et la Hiérarchisation de l’ÊTRE chez les Druzes.  (AL AKL AL AWAL, MOULAY EL KALIMA, l’Âme Universelle, AL SABEK, et AL TALI)

C’est pour cela que la Création n’est pas un phénomène purement matériel, physique, circonstanciel.

« KN », introduit l’Instauration Créatrice (AL IBDAA), ni à partir de quelque chose, ni Ex-Nihilo mais Ab Nihilo. Car Dieu n’a nul besoin, ni de moyens, ni de Matières ou Substances pour Créer et Manifester Sa Propre Existence.

Il y a une mise de l’être à l’Impératif, « KN », Originateur. D’où la différence entre le Monde Créaturel (ALAM  AL KHALK) et le Monde de l’IBDAAH (ALAM AL AMR).

 

Tout s’est opéré dans le Ciel, par l’Emanation ou l’Effusion de la Bonté Divine (AL FAYD). La Première Intelligence (AL AKL), fût instauré par l’Acte Impératif, KN, Initiale mais Eternelle. C’est le VERBE DIVIN CREATEUR.

Dans le TAWHID Initial s’accomplit donc la Délimitation de l’être de la Première Intelligence, et son Intellection par laquelle elle reconnait son Principe, elle est aussi la seule IPSEITE Divine qui soit accessible à notre connaissance.

Mais comment éviter l’interprétation purement matérialiste de l’Homme et sa raison soit- disant scientifique, analysatrice, codante et dé-codante, comment éviter l’erreur de l’Agnostisme, et l’Anthropomorphisme (AL TASHBIH).

Quelque soit la conception qu’on va donner  (par naïveté ou par excès d’exaltation du Principe) à Dieu ; on va obligatoirement commettre l’erreur de Lui donner des Attributs, qui vont rapidement se transformer par souci d’Abstraction de la Nature Divine, en Allégorie.(Je suis Ce Que Je Suis)

 Ce sont les CINQ HOUDOUD qui vont porter les Attributs de l’ABSCONDITUM. De cette façon, on ne se trouve pas dans la situation de l’Idolâtrie Métaphysique.

Le Croyant, en se détachant du Matériel, remonte à son Origine, à son Créateur ; Il retrouve sa Propre Théophanie détachée, épurée, purifiée, et sa propre Image dans le Vrai miroir Immaculé, et peut  se prosterner devant le Principe Suprême.

 

Notre corps porte la Perfection et l’Harmonie du Créateur, mais devient lourd à porter pour s’élever jusqu’à LUI ; ce corps avec ses actions, ses pêchés, son dysfonctionnement. Comment peut-il prétendre à la Rencontre, un jour (le Dernier Jour), avec le Créateur, alors que le Principe Suprême est l’Absolue Pureté. D’où la Démarche Initiatique et progressive dans cette Voie d’Elévation,  une Véritable Procession de nature purement Herméneutique, Esotérique, Mystique, et Ascétique pour essayer d’approcher la Divinité. C’est aussi, Prendre Conscience par un phénomène d’Individuation (JUNG) de cette Cosmogonie ; des CINQ HOUDOUD, et des Dix Intelligences (comme les Dix Purgatoires de DANTE) et qui sont l’Arbre de Vie, (comme les SEPHIROTES), prendre donc conscience de la Nature de la Création, de ces Parcelles de Lumière (comme les Vases Brisés), qui sont les ÊTRES de la Création. Tout cela ne peut se faire que par l’INITIATION, pour que «  ce qui est en bas, soit comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut soit comme ce qui est en bas ».( HERMES) C’est à ce moment là que Dieu se révèle à l’Initié.

 

La Spécificité de la Gnose Unitariste Druze, est cette Originale Représentation de la Divinité, de l’Univers et du Monde. Elle a pu mettre l’accent sur l’Unité Intrinsèque de tous les Monothéismes Abrahamiques, mais pas uniquement, puisqu’elle a intégré la Philosophie Grecque, et l’Hermétisme dans sa Composante Egyptienne, pour « Construire » une Nouvelle Vision Universelle et Messianique du Monde.

 

Abraham MOUNZER

GMN du GOAO pour La France

 


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Parution du N°1 de la Revue du Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO ) 




Au Sommaire de ce 1er numéro :

* " Lumières du GOAO "
par Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe 
Œcuménique (GOAO )

*" Adam entre Orient et Occident- Manifeste du GOAO "
par Idriss ABERKANE, Ancien Elève de l'Ecole Normale Supérieure ( rue d'Ulm ) 

*" Orient et Occident: Cultures et Chemins initiatiques "
par Dr RAHMATOULLAH, Président de la Société d'Etudes Ismaéliennes de France

* " L'Apport du Corpus Hermeticum "
par Abraham MOUNZER, Grand Maître National du GOAO de France 

* " Cultures Traditionnelles d'Asie Centrale "
par Christian LOCHON,  Professeur à l’Institut de formation des Imams de la Grande Mosquée de Paris


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Pourquoi je crois au Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO)?
Par Idriss ABERKANE, Ancien élève de l’École  Normale Supérieure (rue d’Ulm), ancien chercheur associé à Stanford, doctorant à l’École Polytechnique et Chargé de cours à l’École Centrale de Paris.  

Extrait de l'article:  Adam entre Orient et Occident
Manifeste du Grand Orient Arabe Œcuménique (GOAO)- Un pont entre Orient et Occident
à lire en tapant sur le lien: http://www.grandorientarabe.org/index.php?p=1_76_Manifeste-du-Grand-Orient-Arabe-cum-nique-GOAO 

A l'image de l'Emir Abd el Kader, de René Guénon ou de Sir Richard Francis Burton, tous soufis et franc-maçons, le GOAO est un isthme entre traditions. D'une part nous l'avons vu la Franc-Maçonnerie se trouve au coeur de l'identité moderne des nations euro-atlantiques: Etats-Unis, Canada, Royaume Uni, France, Allemagne, Italie (dont l'hymne est bien "Fratelli d'Italia"), Belgique, Pays Bas etc. D'autre part une des origines mêmes de cette tradition est à trouver en terre d'Islam à l'époque médiévale et en terre Abrahamique au sens large. De nombreuses similarités ont été trouvées entre les rites des maçons et ceux des soufis Malamattis ("la voie du Blâme" qui n'est pas vraiment un ordre soufi mais plutôt un "style" comme les styles de pratique du kung fu par exemple) et Bektashi dans les Balkans.

Dans son principe même, le GOAO cherche à poursuivre l'oeuvre des isthmes entre Orient et Occident comme l'Emir Abd el Kader, et ce au nom de la paix qui nait de la compréhension de l'autre. Au delà de leur sens littéral, les initiales du GOAO peuvent se lire de plusieurs façons: Grand Orient Arabe Œcuménique, dans le sens littéral, Grand Orient Abrahamique dans un sens plus profond, Grand Orient Adamique, dans un sens absolu. Adam entre deux cercles qui cherchent l'unité, Adam entre Orient et Occident. 

Comme nous l'avons vu une un des plus grands échecs de la Franc-Maçonnerie a été sa totale impuissance à prévenir les guerres nationaliste en série depuis le traité de Westphalie, la guerre de sept ans et l'indépendance américaine: les guerres napoléoniennes, les guerres suivant le congrès de Vienne, la guerre de 1870, les première et deuxième guerres mondiales et les guerres de décolonisation.

Historiquement la création d'un Grand Orient Arabe Œcuménique est la perpétuation d'une obédience existante au Liban depuis 1950, le "Grand Orient Arabe" à une époque regrettée de tolérance et de prospérité au Levant que nous n'avons guère retrouvée depuis [1], car la guerre froide et la géopolitique des hydrocarbure, les interférences profondes et gravissimes des pays parties de la guerre froide et des puissances coloniales ont durablement semé la guerre et la haine dans les identités nationales d'absolument tous les pays du Levant, confrontant leurs egos nationaux dans un cocktail de sionisme ou de panarabisme, de laïcité baasiste ou apolitique, de communisme ou de fondamentalisme religieux selon leur place dans l'échiquier géostratégique.

Au delà cependant l'idée même d'un GOAO n'est pas de constituer une obédience pour et par les Arabes, qui ne veillerait qu'à leurs intérêts, mais un lieu d'exemplarité. Car la confiance naît de l'abnégation, et l'abnégation naît de l'exemplarité, de la pureté des intentions. Nous avons vu que la haine, elle, naissait de la peur, qui nait elle-même de l'ignorance. C'est le destin de la Franc-Maçonnerie que de faire comprendre à l'Homme sa propre peur, que de l'initier à son ego par l'angle de la peur de mourir. Un Grand Orient Arabe Œcuménique ne pourrait remplir se mission de dialogue, son rôle de pont entre Orient


[1] Collectif, 1974. Who’s who in Lebanon, Volume 5. Publitec. p. 614

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et Occident, sans demeurer absolument exemplaire, sans exceller dans la pureté des intentions, sans être un exemple pour ceux avec qui il entend dialoguer.

Symbole de fraternité entre Orient et Occident, le sigle GOAO est donc l'unité adamique entre le Levant et le Couchant. Il est une initiative, ouverte à toutes les religions, de retrouver l'unité adamique à travers la franc-maçonnerie. D'autres initiatives existent, d'autres traditions existent, d'autres cultures existent, qui contribuent à reconstruire l'unité dans la diversité, et la franc-maçonnerie n'en est qu'une, humble, parmi l'immense diversité de toutes les autres.

D'un point de vue pratique le GOAO suit l'exemple du Droit Humain: une obédience mixte - ce qui est absolument vital dans les pays musulmans si l'on veut y retrouver la modernité qui y émergeait avant la Guerre Froide - fondée sur l'idéal de la liberté de conscience et du droit humain, qui sont par ailleurs de stricts impératifs musulmans pour ceux qui n'en auraient pas saisi la portée. D'une part personne, en effet, ne peut adopter l'Islam sous la contrainte ou par simple perpétuation d'une tradition familiale sans en avoir mûri l'intention en son âme et conscience parce que l'Islam est une pratique libre et volontaire. D'autre part un hadîth explique clairement la définition du musulman selon le Prophète: "le vrai musulman est celui dont on ne craint ni la main ni la langue"[1].

La nécessité de créer une obédience particulière - le GOAO - naît de la nécessité de remplir une mission particulière elle aussi: celle du dialogue des civilisations entre Orient et Occident, au delà des clivages religieux et surtout nationalistes. La fraternité entre Orient et Occident nécessité qu'on lui consacre une obédience ad hoc, taillée sur mesure pour plancher sur ce travail bien précis, par l'exercice d'un rite dans lequel les musulmans pourront retrouver l'influence de leur tradition autant que les juifs et les chrétiens - dans l'interprétation "Grand Orient Abrahamique" - mais aussi les Bouddhistes, les Hindous, les Taoistes, etc, dans l'interprétation "Grand Orient Adamique".

Car ne l'oublions pas, malgré le terme de "rite" la Franc-Maçonnerie n'est pas et n'a jamais été une religion. Le maçon chrétien se rend à la messe, le maçon juif au temple, le maçon musulman à la mosquée, tous à leur façon prient le même Dieu, sans aucune ambiguïté - affirmer le contraire c'est tout simplement renier le monothéisme -  et la Franc Maçonnerie n'est qu'un style de pratique de la fraternité parmi d'autres. Elle n'a pas le monopole de la fraternité, elle n'a pas le monopole de l'initiation, de même que dans les arts martiaux aucune tradition, aucune école, aucun style, aucune philosophie n'a le monopole de la sagesse ou du contrôle de soi.

La Paix au Moyen Orient devrait être la Priorité des Priorités pour le Franc-Maçon quelle que soit son obédience, de par l'histoire de sa tradition et ses nombreuses références au temple et à Jérusalem. Or personne ne peut faire la paix sans être la paix, sans régner sur lui-même, sans incarner la paix comme l'ont fait Gandhi, Martin Luther King, Dreyfus ou Ahmadou Bamba, selon l'étude de cas fascinante réalisée par le Cheikh Aly N'Daw sur les "êtres de paix" à travers les âges. De par leurs origines templières, de par leurs origines entre Orient et Occident, c'est dans le destin des maçons que de bâtir la paix au Moyen Orient.



[1] Notons que, contrairement à une certaine interprétation qui représente un excès typique chez les radicaux des trois religions abrahamiques, cette définition n'est pas "le musulmans est celui dont un autre musulman ne craint ni la main ni la langue"

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Car la paix, c'est lumière comme la guerre c'est l'ombre. La guerre c'est l'absence de paix, et non la paix l'absence de guerre. La paix est un phénomène positif, une construction, un acte de bâtir, elle pourrait être considérée comme un art opératif. La guerre est un phénomène de manque, une destruction, un acte de démolir, et l'on ne met jamais fin à la guerre en pratiquant la guerre, on ne met jamais fin à la violence en pratiquant la violence. Il est dans le destin des maçons que de bâtir la paix au Moyen Orient, il ne leur est pas de priorité plus immédiate, plus importante, plus essentielle, plus vitale que celle-là.

On ne pouvait pas être sincèrement Franc Maçon, avoir signé la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, re-signé celle universelle des droits de l'homme, la première Bill of Rights britannique, et laisser faire le colonialisme, même en s'étant taillées sur mesure les doctrines de "mission civilisatrice" et de "fardeau de l'homme blanc" pour défendre l'indéfendable. Aujourd'hui on ne peut être sincèrement Franc-Maçon et laisser faire l'injustice à travers le monde.

Le GOAO n'a donc qu'une mission: la fraternité Abrahamique, premier pas dans la Fraternité Adamique, réalisé dans nos traditions, nos valeurs, notre héritage commun, autour de Jérusalem. Tous les hommes sont frères, naissant libres et égaux en liberté et en droits, jamais le maçon n'est supérieur au non maçon, en quelque forme que ce soit, le maçon n'a le droit de revendiquer de supériorité que sur lui-même.

Selon les paroles de Desmond Tutu "Dieu a un rêve: nous sommes une seule famille"[1]. Il est intéressant de se souvenir que le terme même de "diable" découle de "diavolus","celui qui divise. Il n'y a pas plus diabolique que celui qui divise la famille humaine, qui en divise les races, les cultures, les traditions, qui déclare que le "profane" n'est pas de sa Grande Famille, qui déclare que le "goy" n'est pas de sa Grande Famille, qui déclare que l'"infidèle" ("kafir") n'est pas de sa Grande Famille, etc. La Franc-Maçonnerie, en vérité, serait diabolique si elle avait pour cause de séparer les maçons du reste du monde, de les couper de la réalité de la Grande Famille humaine. Ce sont les familles du crime organisé qui se font la guerre entre elles, qui s'entretuent et se coupent les unes des autres, pas les familles des connaissant.

Le terme "œcuménique", comme nous l'avons vu, utilisé par le GOAO en continuation de la parole de Martin Luther King, signifie "terre habitée" ou par extension "lieu de rencontre", c'est à dire le lieu sur lequel des traditions différentes peuvent se retrouver. Pour les religions Abrahamiques, le monothéisme est un lieu de rencontre. Un des moyens de réduire les conflits consiste à n'évoquer que ce qui est commun, et à ne pas invoquer les points de désaccord. En général le commun est affaire de cœur, d'essence, et le différent de détail. Concernant donc l'idée même d'un "choc des civilisations", qui inscrit en fatalité la violence sanguinaire entre religions, traditions et culture, et généralise la minorité, compare le pire au meilleur, nous pouvons citer le Maître de la Tariqa Alawiya, Khaled Bentounès en 2003, à l'époque de la deuxième Guerre du Golfe.

Outre-Terre : Partagez-vous, avec signes inversés, les thèses de Samuel Huntington sur le conflit des civilisations ?

Cheikh Khaled Bentounès: Ces thèses peuvent légitimer des ambitions dangereuses. En effet, elles tombent à point et apportent de l’eau au moulin de tous ceux qui, privés d’en découdre avec le communisme et l’hégémonie soviétique,


[1] Desmond Tutu God Has a Dream: A Vision of Hope for Our Time 2004

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veulent construire de toutes pièces un ennemi plus sournois, caché derrière son turban, brandissant son Coran et criant à tous ceux qui veulent l’entendre « la guerre ! la guerre ! la guerre ! ». Il est regrettable de constater que de telles pensées puissent rencontrer un tel écho. En revanche, ce dont nous avons besoin impérativement aujourd’hui, c’est d’un dialogue entre les civilisations. Qui détient la puissance militaire, économique, technologique et financière? Et quels sont les États islamiques aujourd’hui capables de livrer une guerre à un quelconque pays occidental? Certains sont de fidèles clients de l’armement sophistiqué fourni par l’Occident. Ces thèses occultent le véritable problème auquel fait face l’humanité. Ce n’est pas à travers le choc des civilisations que celle-ci peut construire l’avenir. Le véritable choc, c’est celui des ignorances, du manque de fraternité, d’égalité, de pauvreté qui grandissent chaque jour et deviennent intolérables pour des millions d’êtres humains. En effet, moins d’humanité nous entraîne vers plus d’animalité. Aujourd’hui, le sens et les valeurs humaines doivent être au centre de nos préoccupations. Comment éveiller en l’homme cette prise de conscience ? Comment l’inculquer ? La développer ? Cela ne peut s’accomplir que par un attachement profond à cette origine commune : la fraternité adamique. Le Prophète a dit : « Vous êtes tous d’Adam et Adam est de terre. » La sagesse commande à celui qui se trouve au plus haut de l’échelle (politique, économique, militaire, scientifique) et qui détient un pouvoir mettant en jeu le destin de l’humanité de réaliser l’état humain, le plus magnanime, le plus juste, le plus universel. Ainsi le prophète a dit : « Le meilleur de tous les biens, c’est celui qui ne fait pas de nous un tyran. »[1]



[1] Yasmina Dahim. Entretien avec le Cheikh Bentounès Outre-Terre 2003/2 (no 3) pp. 93-111  

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Le symbole du Phénix: La fin d'un monde

Si le Phénix est le symbole du GOAO c'est que toutes les traditions humaines, depuis l'initiation du premier homme, ont besoin d'être ravivées. Martin Luther King par exemple a ravivé un des messages de Jésus en son temps: l'exercice inconditionnel de l'amour, même contre ses ennemis. Ainsi le pasteur noir, à une époque des plus violentes, établit son action sur un principe clair: la violence ne peut pas chasser la violence. De même Jésus avait clairement énoncé dans le Sermon sur le Montagne:

Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.

Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.

Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.

Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi.

Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,[1]

Il existe ainsi un principe simple pour favoriser le progrès des humains, des organisations à travers les incessants conflits qui naissent de la diversité des cultures, des mœurs et des points de vue. Ce principe, né d'une allégeance proprement "œcuménique" plutôt que tribale, au sens de Martin Luther King, est le suivant:

si quelqu'un te fait du mal, toi fais-lui du bien

de même que si quelqu'un répand la haine, ce dont il a besoin c'est d'amour, que si quelqu'un répand la guerre, ce dont il a besoin c'est de paix, que si quelqu'un répand les ténèbres, ce dont il a besoin c'est de lumière. D'ego à ego, il paraît naturel - justement - de frapper quelqu'un qui nous frappe, d'insulter quelqu'un qui nous insulte.

Rumi commente ainsi une tradition concernant Ali: au cœur d'une bataille, alors qu'il tenait son ennemi à sa merci, Ali refusa de le tuer car celui-ci lui avait craché au visage, craignant ainsi de tuer son ennemi par colère [2]. Le principe d'appliquer le bien à son ennemi stabilise la fraternité, comme l'abnégation stabilise la confiance, car ce principe reconnaît un aspect


[1] Matthieu 6:38-44 Traduction Segond (1910)

[2] voir par exemple SM Farid Mirbagheri War and Peace in Islam: A Critique of Islamic/ist Political Discourses Palgrave Macmillan, 2012 p. 58

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fondamental de la psychologie humaine: il faut être dans une grande souffrance pour faire souffrir autrui, il faut être un torturé de l'âme pour être un tortionnaire. Si l'Humanité doit être vue comme une grande famille, elle doit cesser de faire constamment osciller le pendule de la violence et de la vengeance, dans un sens ou dans l'autre, de victime à bourreau, victime d'hier et bourreau de demain, mais exercer la force stabilisatrice et universelle du pardon. Telle est l'essence réelle de la Franc-Maçonnerie.

Du tournant astronomique du 21 décembre 2012 le Cheikh Khaled Bentounès a dit qu'il ne se corrèle pas, bien sûr, la fin du monde mais bien la fin d'unmonde... Quelle est la place de la Franc-Maçonnerie dans ce tournant? Quelle est la place d'une société imparfaite, qui a vu son avènement moderne corrélé à la notion d'état-nation et à la révolution industrielle, et donc bien souvent de ses membres mêmes collaborer aux guerres et aux injustices. La Pari du GOAO, c'est justement, à l'image du Phénix, celui de la Renaissance, celui de quitter l'Age Sombre riche en guerres industrielles, en souffrances et en injustices qui a caractérisé le monde, interdépendant, depuis la fin du 17ème siècle, où l'Homme sans scrupule pollue la terre qui le nourrit, l'eau dont il fait - polluant ainsi son sang même d'une immense diversité de perturbateurs endocriniens et de déchets pharmaceutiques - et l'air qu'il respire.

Monde qui s'en va, en 2008 le Stockholm International Peace Research Institute indique que 1,464 milliers de milliards de dollars américains ont été dépensés dans la défense, soit 2,4 % du PIB mondial[1]. En 2012 le PIB mondial par habitant est de l'ordre de 11 500 dollars US: entre 11 400 et 11 700 Dollars Geary–Khamis (dollars internationaux) par habitant et par an, soit un revenu de 45 600 dollars annuels pour un ménage avec deux enfants, ce qui est comparable au PIB per capita du Brésil à la même époque par exemple. En 2010 sur des sources du FMI et de la BRI de Bâle le Monde Diplomatique publiait une estimation de la valeur théorique de l'encourt des produits financiers échangés de gré à gré aux seuls Etats-Unis d'Amérique à 600 mille milliards de dollars, contre une valeur produite par le secteur manufacturier inférieure à 80 milliards de dollars. En comptant 7 milliards d'habitant dans le monde, c'est dire que moins de la moitié (40%) de la valeur cumulée du marché spéculatif aux seuls USA distribuée au monde lui donnerait instantanément le PIB per capita de la Suisse ou des Etats-Unis. 30% lui donnerait celui de la France. Bien sûr, cette valeur, virtuelle, ne peut pas être injectée dans le monde du jour au lendemain sans provoquer une dévaluation globale des devises face aux produits physiques et aux services, mais chaque années les élites de la finance s'en redistribuent bien une part léonine dont ils convertissent le pouvoir d'achat dans l'économie réelle, à la manière dont un chef d'état corrompu prélève l'essentiel d'un capital pour sa convenance personnelle, sachant que sa redistribution réduirait son effet de levier. Comme l'a dit un industriel hollandais en 2009[2] "Nous ne pouvons pas nous couronner de succès dans un monde en faillite"

"Dans un monde en faillite", si la Franc-Maçonnerie veut faire vivre l'héritage de la chevalerie elle doit s'investir dans les problèmes de son temps, par la pratique de la pureté des intentions et de la fraternité et sans jamais "adorer Mammon" car il est impossible à l'homme de servir deux maîtres sans "adorer l'un et haïr l'autre", comme il est dit dans le sermon sur la Montagne (Matthieu 6:24). Il n'y a pas d'autre noblesse que celle du cœur; il n'y a de noblesse que de droit humain. Ainsi la seule noblesse qu'ait jamais le droit de revendiquer la


[1] SIPRI military expenditure data (2008) Appendix 5A. Military expenditure data, 1999–2008 Petter Stålenheim, Noel Kelly, Catalina Perdomo, Sam Perlo-Freeman And Elisabeth Sköns

[2] Feike Sijbesma, CEO, Royal DSM, The Netherlands. Biovision 2009, Lyon "we cannot call ourselves succesful in a world that fails". 

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Franc-Maçonnerie c'est celle de se demander plus à elle-même qu'elle ne demande aux autres, dans le Service à l'Humanité.

Un Franc-Maçon devrait être un constant chercheur de vérité, car la Vérité est sans doute la chose la plus puissante dans l'Univers. Les soufis se disent "chercheurs de vérité", tout comme Gandhi ou Tolstoï.

Jamais un Franc-Maçon ne devrait polluer la terre qui le nourrit ou l'air qu'il respire; la vérité est que dans l'interdépendance globale toute pollution, affectant la grande famille humaine, affectera tôt ou tard sa petite famille propre

Jamais un franc-maçon ne devrait se justifier, lui, sa loge ou son obédience, en déclarant: "sans moi, ce serait pire".

Jamais un franc-maçon ne devrait impliquer le destin d'autres hommes sans les consulter, ou sous entendre leur immaturité et leur incapacité à comprendre. De même jamais un franc-maçon ne devrait participer, de près ou de loin, à l'incompréhension populaire.

Par extension jamais un franc-maçon ne devrait faire fi du libre arbitre même et surtout au prétexte qu'il agi pour le bien. Par exemple il n'est simplement pas possible d'être un Franc Maçon et d'affirmer sereinement que l'on vend "du temps de cerveau humain disponible" - même si nous ne jugeons pas. Jamais un franc-maçon ne devrait participer de près ou de loin à la profanation du caractère sacré de l'Humain. D'un point de vue soufi par exemple, l'être qui désire plus que tout montrer que l'Homme n'est pas digne d'être une théophanie est Iblis, et il fait de son mieux, en jouant sur les peurs et les passions de l'Humanité, pour manifester en permanence et partout où il peut la profanation de la théophanie humaine. Un maçon ne doit jamais être complice de la profanation du sacré dans l'Homme.

Jamais un franc-maçon ne devrait, ne serait-ce qu'en pensée, ne serait-ce qu'un instant, se considérer comme supérieur de par son initiation. Il est naturel que ces pensées puissent lui venir, mais il doit être d'une vigilance constante à leur barrer la route.

Jamais un franc-maçon ne devrait associer à son style de pratique autre chose que la fraternité, ni détourner la fraternité à des fins matérielles, gains d'affaire, de capital social, etc. le seul capital qui devrait compter pour le franc-maçon c'est son capital intérieur, le jardin de son cœur. 

Jamais la franc-maçonnerie ne devrait placer le nationalisme au delà de la fraternité humaine. L'Humanité est née Une et sans frontière. Car au fond qu'est-ce qu'une frontière, qu'est-ce qu'une guerre entre peuples, entre nations. Quelle lecture la Vérité nous donne de la guerre entre Cortes et les Aztèques? Entre toute paire d'humains il y a un ancêtre commun. Entre les hommes de Cortes et les guerriers aztèques il y avait un ancêtre commun; leur conflit n'était que celui entre deux descendants d'une même tribu qui s'était séparée plusieurs milliers d'années plus tôt quelque part en Eurasie, quand il n'y avait pas cent mille habitants sur Terre. La fraternité Adamique est là.

Si le monde va mal, tout le monde en porte la responsabilité, maçons compris. Or la responsabilité, c'est la liberté. Plus on assume la responsabilité de ses erreurs, de ses échecs, plus on est libre. Le GOAO n'a de leçons à donner à personne, si ce n'est à lui-même, de même qu'un homme ne peut être souverain que sur lui-même, comme on peut le conclure des Pensées à moi-même de Marc-Aurèle.

Au Cheikh Hadj ‘Adda Bentounès, mon grand-père, à qui un journaliste, Mohammed Gadda, du journal le « Phare de Tunis » daté de décembre 1952, posait la question « Quelle est votre théorie ? », celui-ci répondit : « Notre théorie est le retour de l’humanité entière vers la fraternité et la paix par la culture de la bonne morale, ainsi que l’enseignement religieux de haute  portée, jusqu’à faire revivre la réelle fraternité se trouvant endormie dans nos cœurs, comme le beurre dans le lait. Si des hommes se sont donné la peine de se rappeler cette fraternité, (que le salut du Seigneur soit sur eux), tout différend disparaît alors et laisse place à l’amour et à la fraternité ; toute haine et querelle s’évanouissent et les gens vivront dans le bonheur que rien ne pourra troubler. Telle est notre théorie.»[1]

Les Gens du Phénix, des Bâtisseurs de beauté

Comme les souverains de la renaissance l'Humain au 21ème siècle peut décider d'investir massivement dans la beauté. Pour le soufi une des fonctions du monde manifesté est d'être en quelque sorte un hôpital, un lieu de thérapie pour les âmes. Dès lors il s'y trouve grossièrement deux catégories d'âmes en voyage: les soignantes et les soignées, bien que le soignant de l'un soit souvent le soigné d'un autre.

L'erreur collective de l'Humanité serait cependant de transformer cet oasis bleu et vert qu'est la Terre, cette planète rarissime tant nous n'en avons encore trouvé aucune autre dans l'immense Univers capable d'abriter notre vie, non pas en hôpital mais en une prison. D'un lieu de convalescence pour l'âme, un lieu agréable et calme, en paix, nous en faisons un lieu aride et dur. Ce lieu est aride en biodiversité, mais aussi en diversité de pensée, de culture, d'opinion, quand nous sommes incapables d'y vivre ensembles en paix ou - pire encore - croyons que l'unique moyen d'y parvenir sera de tous penser, manger, vivre à l'absolu identique.

Dans ce monde hôpital, la Franc-Maçonnerie doit redevenir hospitalière - à l'image de ses ancêtres templiers - et opérative, à l'image de Wren ou de Philibert de l'Orme à l'époque même de l'alliance franco-Ottomane et Collège des Lecteurs Royaux (aujourd'hui le Collège de France). L'operare rend humble, à l'image également de Jésus Christ, maître charpentier, travailleur de ses mains. Un maçon de nos jours est cité dans l'exemple de cette noble tradition opérative: le chef Joël Robuchon.

La Beauté est un signe, une théophanie, et elle est porteuse d'espoir, ce dont sont faites les renaissances. L'espoir de résurgence, l'espoir d'une vie neuve, l'espoir d'un renouveau. Les frères et sœurs du GOAO, "gens du Phénix" par le symbole qu'a adopté l'obédience font le choix de l'espoir et de la beauté, de bâtir pour rendre le monde meilleur. Que les maçons ne deviennent jamais comme ce que Wren pensait des Goths "qui ont davantage détruit que construit", mais bien "francs", libres des frontières et libres d'échanger leurs cultures pour faire naître la beauté - comme la beauté de la Renaissance est née de l'interaction entre cultures et civilisations en Méditerranée - et enrichir le patrimoine mondial de l'Humanité





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DIEU


Dans les temps anciens , lorsque le premier frisson de parole vint à mes lèvres, je gravis la  montagne sacrée et m'adressai à Dieu:
"Maître, je suis ton esclave. Ta volonté cachée est ma loi et à jamais je t'obéirai."

Mais Dieu ne fit pas de réponse, et, comme une puissante tempête, il disparut.

Après mille ans, je gravis la montagne sacrée et, à nouveau, m'adressai à Dieu:
" Créateur, je suis ta création...Me tirant de la glaise, ta main m'a façonné et à toi je me dois entièrement."

Dieu ne fit pas de réponse, mais comme mille ailes promptes, il disparut.

Après mille années, je gravis la montagne sacrée et encore une fois je dis à Dieu:
"Père, je suis ton fils. Par pitié et par amour tu m'as donné naissance, et à travers l'amour et l'adoration j'hériterai de ton royaume."

Dieu ne fit pas de réponse et comme la brume qui voile les lointaines collines, il disparut.

Mille ans plus tard, je gravis la montagne sacrée pour m'adresser encore à Dieu:
" O mon Dieu, mon but et mon accomplissement; je suis ton hier, tu es mon demain. Je suis ta racine en terre, tu es ma fleur dans le ciel, et ensemble nous croissons devant le visage du soleil."

Dieu alors se pencha sur moi et à mes oreilles chuchota des mots pleins de douceur. Et ainsi que la mer enveloppe le ruisseau qui s'écoule vers elle, il me ceignit.

Quand je descendis dans les vallées et les plaines, Dieu y était également présent.

Khalil Gibran


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A paraître  prochainement aux Editions DERVY le livre de Jean-Marc ARACTINGI et Christian LOCHON:

Islam et Franc-Maçonnerie
Traditions ésotériques


 Préface                             

A LA DECOUVERTE DU RELAIS

Les auteurs de Secrets Initiatiques en Islam et Rituels maçonniques  ont consacré, avec le concours des chercheurs Idriss Aberkane, Karim-Hervé Benkamla et le regretté Bruno Etienne, ces Traditions ésotériques au passage du relais  d’une génération à l’autre, d’une religion à l’autre et d’une société ésotérique à l’autre. Depuis l’antiquité, les peuples successifs se sont réapproprié les mythes appartenant au monde méditerranéen.  On retrouvera ainsi dans les travaux imposés à Gilgamesh le Mésopotamien ceux d’Héraklès le Grec, les symboles tenus dans ses mains par la déesse Ishtar, ceux d’Athéna et de Cérès, la représentation maternelle d’Isis portant dans ses bras Horus, celle de Marie et de Jésus ; les Mages de la Nativité avec leurs cadeaux précieux témoignent de l’héritage spirituel de Zoroastre offert au Christianisme. Parfois le relais peut être inversé : les théologiens musulmans moutazilites appliquent sous les Abbassides la grille de lecture de la philosophie grecque sur les textes révélés. Le soufisme, savant ou populaire, comme dans les zaouïas algériennes aujourd’hui, ainsi que les traditions initiatiques chiites, ismaéliennes, druzes, alaouites, ont puisé dans la Gnose orientale un rituel antique que l’on retrouvera importé dans le compagnonnage médiéval occidental.

Sur un plan parallèle, la franc-maçonnerie, grâce aux orientalistes anglais, français, allemands, suédois des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, aura bénéficié de l’apport des traditions venues de Perse et du Proche-Orient. C’est ce qui fera que de grandes personnalités musulmanes comme l’émir algérien Abdelkader ou l’intellectuel iranien Jamaleddine El Afghani, se sentiront à l’aise dans les sociétés initiatiques d’Occident. De même, l’acceptation de la laïcité n’est pas du domaine exclusif de l’Occident, qui, d’ailleurs l’a parfois réduite à un rôle anti-clérical, mais elle s’exprime aussi tout au long des quinze siècles de la religion musulmane, l’interprétation de certains versets coraniques promouvant la défense du libre-arbitre de la créature de Dieu.

Ce mouvement de va et vient de la pensée entre Orient et Occident assure l’unité de ce livre ; le fait que les religions juive, chrétienne, musulmane tout aussi bien que la franc-maçonnerie se déclarent « universelles » montre qu’avec patience et ténacité, nous nous devons de souligner que l’humanisme méditerranéen est bien notre substrat culturel commun malgré la diversité des appellations de nos croyances. Aussi le franc-maçon occidental non seulement ne doit pas  s’inscrire dans la rupture avec le passé mais il doit aussi admettre les connaissances initiatiques de son frère oriental pour lequel Hiram et Salomon sont de véritables grands ancêtres. Mythes et tradition constituent la mémoire des hommes éclairés à la recherche de l’initiation authentique.

Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon


Sommaire:

Chapitre 1 : Le patrimoine culturel méditerranéen

 

Chapitre 2 - L’héritage spirituel de Zoroastre

 

Chapitre 3 : Les philosophes moutazilites

 

Chapitre 4 : Traditions initiatiques musulmanes et Franc-maçonnerie

 

Chapitre 5: Chevalerie orientale et Franc-maçonnerie

 

Chapitre 6 : Les Orientalistes francs-maçons

 

Chapitre 7 : L’Émir Abdelkader, l’Initié par excellence

 

Chapitre 8 : La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient : Aperçu historique

 

Chapitre 9 : Jamaleddine El Afghani

 

Chapitre 10 : La Zaouïa

 

Chapitre 11- Le concept de laïcité en Islam

 

Chapitre 12 – Soufisme pour les francs-maçons

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  ABRAHAM: L’Appel à la Fraternité,

  Ou comment Revisiter Louis Massignon

Vers 2003 ans, avant Jésus Christ,  la Ville d’OUR s’écroule, et en 1894 de la même ère, Babylone tombe entre les mains d’un Prince Amorite.

Au 18 ° siècle avant JC, les Amorites dominent tout le Proche –Orient. Hammourabi, Roi de Babylone, et auteur du célèbre Code, unifie la Mésopotamie.

Les Amorites franchissent le Jourdain et provoquent la chute de cette Civilisation du III Millénaire.

 

C’était le Cadre géographique de la Migration d’Abraham.

Abram, Patronyme originel utilisé pour nommer le Vénérable Ancêtre au début du récit biblique, est mentionné dans les Tablettes Cunéiformes, comme à EBLA.

 

Au II millénaire avant J.C, on trouve des ABA-RAMA(ou aime le Père), ou ABI –RAMI  c'est-à-dire « Mon Père est exalté ».

 

Peut-on faire d’Abraham un Amorite de HARRAN ? Abraham disait (Ezéchiel) « Mon Père était un Araméen errant, et ma mère une Hittite » (peuplades originaires de l’Anatolie et qui ont créé une Grande Civilisation).

 

Il est dit dans la Bible (Gén 21-34), qu’Abraham « séjourne longtemps aux pays des Philistins ».

Abraham s’appelait aussi Abram, ou Abiram, selon son cycle de Migration. A partir de Genèse  11-10, une Seconde Généalogie des Fils de SEM, dont quelques éléments narratifs sur le Clan de TERAH (Père d’Abraham), et sa Migration depuis OUR jusqu’à HARRAN, nous achemine vers Abraham.

 Cela constitue « la dernière touche » à cette histoire Primitive, juste avant l’entrée en scène d’Abraham, et les nouvelles perspectives UNIVERSELLES déclenchées par SON APPEL.

De fait, on constate qu’à la dispersion  des Peuples de BABEL, répond la Promesse d’une BENEDICTION pour TOUS LES PEUPLES  issus de cet Ancêtre Messager.

 

Ainsi Abraham a quitté OUR, et a parcouru le Moyen-Orient jusqu’à l’Egypte, en passant par HARRAN, et SODOME en CANAAN.

Il exilera son fils aîné ISMAEL, il offrira son Puîné en Sacrifice, à HEBRON, où il vient de circoncire ISMAEL, et de s’entendre promettre ISSAC, il va commettre UNE TRANSGRESSION  et entrer en « contestation » avec le Divin.

 

Il avait offert le Dîme, avec celle de LOT(ou Loth), l’hôte des Chaldéens, à un homme de DIEU  pour le remercier d’un SACRIFICE, pur, non sanglant ; de PAIN et du VIN.

 

Sacrifice dont les participants, fils de LOT, MOAB, AMMON, et EDOM préfigurent la Chrétienté, comme les participants à l’Exil d’AGAR et ISMAEL, à Beersheba préfigurent l’ISLAM, et comme les participants à l’autel du Moriah après l’Exode préfigurent la  « Judéité. ».

A l’heure où des passants, qui allaient incendier une cité perdue, s’arrêtèrent et offrirent à Abraham, leur hôte d’un instant, l’Amitié Divine ; pour les sauver, il ne réclame pas son neveu LOT qui est leur hôte ; il prie pour toute leur cité et SODOME ne sera brûlée.

 

En cette journée, sa Prière, ébauche de l’Intercession Mariale, s’élève pure et sainte, L’Ami de Dieu est tout à fait prédisposé aux dernières angoisses de l’Amour Divin, où il assiste à son Décret.

Suivant les trois Traditions ; Talmudiques, Grecques, et Musulmanes, le Lieu de la Solennelle Prière d’Abraham est situé à quelques Km de Hébron, dans un Village autour d’une Eglise Byzantine dédiée à Saint Lot ( Nabi-Lut).

 

Consommant son premier Sacrifice Paternel, contraint d’infliger à ISMAEL cette douleur de l’Exil qu’il ressentit lui-même en partant d’OUR, Abraham arrache du moins à Dieu, pour le Déshérité et sa descendance, une Bénédiction figurée par la Promesse de la Fécondité Charnelle, germe d’Espérance.

C’est comme l’Ange de YAHWE rencontra AGAR et lui dit ; « tu es enceinte et tu enfanteras un Fils, tu lui donneras le Nom d’ISMAEL, car YAHWE a entendu ta détresse ».

 

On voit dans la Démarche d’Abraham, le Témoignage d’un Pacte, liant sa descendance, Y COMPRIS ISMAEL, à Dieu. C’est la consécration de la Pierre Commémorative du Covenant

Primordial prédestinant l’Humanité au Culte du DIEU UNIQUE.

 

C’est sur cet Autel que le Sacrément de RECONCILIATION, inauguré ensuite à JERUSALEM, doit être réfléchi.

Ainsi Abraham « arrache » à DIEU le PARDON Annuel des péchés pour  TOUS LES SIENS. C’est la Proclamation de l’Amour Divin pour tous les Prédestinés., passant sous silence comment l’Amant est venu SAUVER les Amants, et les conduire à L’Aimé, car DIEU n’est pas seulement l’Amour (mais l’Amant et l’Aimé), dont il procède.

Cette piété Doctrinale devient chez les ISMAELIENS, une Doctrine des Grades d’Initiation, où l’on apprend que les CINQ bases sont des purs Symboles.

D’où une transfiguration des concepts et des représentations, va s’acheminer, à l’Image des Pérégrinations d’Abraham, en changeant de Formes, mais avec une continuité historique, vers la Transcendance Spirituelle.

Tel serait le terrain de jonction final entre Monothéismes, et ce n’est que l’Implantation en Terre d’Orient d’un ORDRE de Contemplatifs, que l’Entente se réalisera, dans cette Abbaye de l’Amour Divin dont Marie des Vallées et Shoshtari ont parlé.

L’Inspiration  Divine des Prophètes, à travers un Message Angélique, a pu sauver l’Humanité. Les Visions imposées à un Prophète coïncidaient avec les passages de l’Ecriture Sainte. SALMAN en a ouvert chez les Musulmans, le SENS Chrétien de ces passages. Les ISMAELIENS l’identifiaient à LAZARE, qui selon eux, a inspiré JESUS.

En Présence des DEDOUBLEMENTS de Conscience produits par des suggestions Angéliques, que SALMAN confirma le Caractère Supra- Angélique, incréé de l’ESPRIT.

Abraham, rejoint par SALMAN l’Inspirateur, a prié pour SODOME, pour ISMAEL et pour ISSAC, pour que le Pacte Social qui fonde les Cités soit Pur, pour que les Combattants aboutissent à une PAIX FRATERNELLE, pour que le Sacerdoce soit Saint, et ces TROIS PRIERES à Mambré, à Beersheba, et à Moriah n’en font qu’UNE.

Cette PAIX est la Vraie Terre Sainte, Prédestinée : « Sublimiori Modo Redempta ».

C’est là, comme une Ligne de Faîte et non de partage, où l’on pressent son apparition, qui attire les Hommes qui cherchent JUSTICE sur les Hauts Lieux saints de PALESTINE : Juifs, Chrétiens et Musulmans.

 

Ainsi, Issus d’une Germination Commune, tant originelle, puis Spirituelle, d’un Berceau Symbiotique et Osmotique, que les Hommes ont été bénis, tous sans exception, par l’Appel d’Abraham dont la mère fût Hittite (Indo-européenne) et son père Araméen parlant la langue de JESUS, et dont les Fils Spirituels, exilés seulement physiquement, ont perpétué les Orientations et les Tendances Syncrétiques, par une Conception ESOTERIQUE, et une Pratique INITIATIQUE, qui rapprocheront l’Orient et l’Occident.

 

PS : de larges extraits de L. MASSIGNON ont été cités pour rester fidèle à l’Esprit de la Lettre

 

Abraham MOUNZER
GMN de France du GOAO 

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Des Francs-Maçons parmi les Ambassadeurs de l'Islam Mystique 


        Henry  CORBIN  


        René  GUENON    

Louis Massignon, Henry Corbin, René Guénon, Frithjof  Schuon...Quelques Européens dont des francs-maçons (Corbin, Guénon..) ont consacré leur vie à faire entendre la dimension universelle de l'Islam.


Si les Européens du Moyen-âge ont le plus souvent vu dans la religion musulmane une manifestation satanique, le Siècle des Lumières contribua à l'apparition d'une vision plus positive. Goethe consacra au prophète de l'Islam son premier grand poème (Mahomets Gesang, 1773), avant de rédiger son Divan à l'orientale en s'inspirant du persan Hafez. Bonaparte vouait une admiration sincère à cette religion sans mystère ni cléricature ainsi qu'à son prophète inspiré et conquérant; ce qui détermina pour une bonne part sa politique musulmane pendant la campagne d'Égypte en 1798-99.
Mais l'accès à une connaissance plus profonde de la religion musulmane fut l'œuvre d'orientaliste et d'écrivains engagés. En premier lieu Louis Massignon, jeune orientaliste agnostique et dandy, qui entreprit en 1907 une thèse sur Hallâj, le martyr de la mystique musulmane (exécuté en 922). Fait prisonnier par la police ottomane au cours d'une expédition archéologique en Irak en 1908, accusé d'espionnage et menacé de mort, il vécut en une nuit une conversion religieuse radicale et paradoxale: devenu catholique fervent, il se consacra désormais à l'exploration d'une spiritualité musulmane vis-à-vis de laquelle il se sentait redevable. Professeur au Collège de France, il publia une œuvre scientifique considérable (environ huit cents titres), et intervint de façon militante dans diverses crises où la France se trouvait engagée face au monde musulman (Syrie, Maroc, Algérie). 

Son impact fut particulièrement profond auprès du public catholique : il ne se borna pas seulement à promouvoir un dialogue islamo-chrétien actif, mais réaffirma la valeur universelle du message musulman. Être chrétien ne consistait pas pour Massignon à valoriser une vérité dogmatique excluant les autres religions, mais à rechercher l’universelle vérité partout où elle se manifestait : en ce sens, il induisit une manière de révolution au sein du catholicisme. Écouté par de hautes instances au Vatican, il marqua une pléiade d’orientalistes d’envergure (Gardet, Arnaldez, Anawati), de théologiens (Jean-François Six) et d’écrivains (Claudel).

Assez différente fut l’influence exercée par l’œuvre de Henry Corbin (1903-1978), philosophe de formation-il fut le premier, en 1939, à traduire des textes de Heidegger en français- qui avait appris l’arabe et le persan. C’est notamment au contact de Massignon qu’il découvrit la philosophie illuminative en Islam (1929), puis, à partir de 1945, la gnose et la philosophie chiites de l’Iran. Son œuvre écrite aborde certes le chiisme, mais aussi la philosophie d’inspiration hellénistique (Avicenne) et iranienne (Sohrawardi), la mystique proprement dite (Ibn Arabi notamment), l’alchimie, etc. Il rendit accessible au public occidental les voies de l’ésotérisme musulman et de la pensée chiite, qui ressemble à un christianisme où la gnose aurait prédominé sur la théologie des conciles. Il mit également en valeur la dimension visionnaire et onirique de l’expérience mystique, qu’il traduisit par le vocable «  monde imaginal » : il ne s’agit plus ici de l’imagination au sens de fantaisie, source de toutes les erreurs, mais d’une perception à part entière qui donne accès à une véritable connaissance du versant métaphysique de la personne humaine.

On se doit par ailleurs de rappeler l’œuvre singulière de René Guénon dont les idées entraînèrent la conversion de plusieurs intellectuels occidentaux.

Frithjof Schuon s’affilia dans les années trente à l’ordre nord-africain de la Shâdhillîyya et diffusa un enseignement de tendance universaliste autour du thème de «  l’Unité transcendante des religions » (titre de l’un de ses livres, paru en 1949). Installé d’abord en Suisse, il partit pour les États-Unis où il devint l’un des chefs de fil de la tendance dite «  pérennialiste », cherchant à redécouvrir une sagesse primordiale à partir des traditions religieuses particulières.

Plu discret, moins médiatique, le Roumain Michel Valsan (1907-1974), rédacteur et éditeur à Paris de la revue «  Études traditionnelles » transmit lui aussi la tradition shâdhilîe, notamment auprès d’Européens convertis. Les groupements qui se réclament de son enseignement sont assez nombreux (quelques dizaines de milliers de personne en France) et soucieux de l’application rigoureuse de la Loi musulmane.

Enfin, la spiritualité musulmane est à présent mieux connue grâce à l’action de maîtres spirituels orientaux qui se sont efforcés d’en traduire le message en terme « modernes ».

Mentionnons, parmi d’autres, Idries Shah (né en 1924). D’origine indo-afghane, installé en Grande-Bretagne, il est l’auteur d’une œuvre fondée notamment sur les paraboles et historiettes souvent humoristiques qui illustrent les doctrines soufies dans la tradition irano-turque. Ses disciples sont nombreux en particulier dans le monde anglo-saxon (parmi eux, l’écrivain Doris Lessing), mais ne sont apparemment pas organisés en une confrérie structurée comme les Shâdhîlîs.

Il est difficile d’imaginer le visage de l’Islam qui se dégagera au XXIème siècle à partir de ces apports composites. Il semble en tout cas que, plus qu’une doctrine, une morale ou des rituels, il offrirait aux Occidentaux un surcroît de lyrisme, de passion, voire de «  folie sacrée » dont ils sont mutilés depuis des siècles. Ce serait en tout cas suivre le conseil du grand poète mystique persan, Roumi (+ 1273) :

« Ne demande pas l’eau, demande la soif et les sources se mettront à jaillir du sol et à descendre du ciel. »

Pierre Lory

www.grandorientarabe.org
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Le sens symbolique des versets du Coran:

Les Ventres du Coran

"Le Coran possède un dos et un ventre, et ce ventre a lui-même un ventre,et cela jusqu'à sept ventres."
Cette phrase attribuée au Prophète Mohammed a été interprétée par les mystiques musulmans comme une allusion aux sens ésotériques du Coran

Le Texte sacré comporte un sens littéral,accessible à tous; mais cette première lecture n'épuise pas le message contenu dans la parole divine. Le croyant est invité à pénétrer dans les significations cachées, plus profondes que le sens littéral, car plus proches des réalités divines. Mais l'accès à ces " ventres " du Coran est hors de portée de la raison ordinaire; il requiert une transmutation mentale, une capacité de recevoir le sens symbolique des versets.
C'est à la découverte de cette dimension intérieure de l'esprit que les mystiques musulmans ont attaché leurs efforts depuis douze siècles. Leur méditations, exégèses et poèmes, traduisent l'autre pratique de la religion musulmane, celle qui ne se contente pas de l'observance de la Loi, mais recherche à travers elle le secret de l'irrépressible nostalgie de l'homme vers un plus-être. Ibn Arabi (+1240) le grand doctrinaire, Roumi (+1273) le poète génial et danseur, Hallâj (+922) le prédicateur si étrangement christique, ainsi que des centaines d'autres ont témoigné de leur pélerinage vers la dimension intérieure de l'être.
Que leur révèle la lecture du Coran? Essentiellement le trajet de leur propre transmutation. Les récits coraniques sont rapportés par exemple au renoncement à l'ego (sacrifice d'Abraham), au choc de la rencontre avec le divin (Moïse au Sinaï), ou à la nouvelle naissance spirituelle (immaculée conception de Jésus). C'est un nouveau Coran qui surgit lors de la "lecture divine" des versets. 
Il vient dire au croyant sa propre Vérité, formulée par une autre parole attribuée à Mohammed: " Celui qui se connaît soi-même connaît son Seigneur ".
Pierre Lory
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Le Grand Mufti d'Egypte Mohammad Abdou était Franc-Maçon.


En Egypte, le grand mufti Mohamed Abdou avait adhéré à cette vision pacifique et tolérante de l’islam. C’était un homme à l’esprit ouvert qui influença les dirigeants arabes de son temps, dont Nasser et les promoteurs du socialisme arabe. Abdou était favorable à une sorte de « despotisme éclairé » (dont le colonel Nasser serait un parfait exemple) ouvrant la voie à des réformes résolument démocratiques. Comme l’émir Abd el Kader au XIXe siècle, Abdou était franc-maçon et planchait au sein de la Grande Loge d’Orient.
 


sources:OLJ;Wikipedia;Grand Orient Arabe Oecuménique page GM d'Egypte

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LES ENFANTS DE LA LUMIERE

 

Au Commencement, il y avait le Verbe, synonyme de l’Action Divine. Le Grand architecte de l’Univers, a voulu magnifier son Amour, et Créer « l’Ici-bas », en dotant sa Créature d’Esprit, Substance Immatérielle Divine, pour accéder à La Conscience Universelle.

 

Cette « Energie Lumineuse Primordiale », selon l’expression d’Henri BERGSON, a provoqué l’Emanation de l’Esprit. Ainsi, l’Être est à la fois « Matière Divine » et « Energie Spirituelle ».

 

Cette Emanation, Chère à PLOTIN, est le Produit de l’UN., Unique, Indicible et Indivisible, Universel et cosmique. PYTHAGORE considère l’UN, Créateur, le Centre et l’Origine de toute chose. Ainsi l’Univers a pris forme par une série de Mystères Processionnels, non seulement dans une Harmonie Créatrice, mais aussi dans une succession de phénomènes et de rapports incompréhensibles pour l’Homme.

 

Cet Equilibre Harmonieux Universel est le reflet de l’Architectonie bien codifiée à l’Echelle Cosmique. Le Logos est non seulement Conscience de cette Architecture équilibrée, où les Nombres et les Mesures sont Immortellement et Immuablement perpétuels, mais aussi une Harmonie de l’Être, à travers lequel, et à travers nous, nous ferons ce Voyage INITIATIQUE, afin de s’approcher de notre propre Conscience et immanquablement de la CONSCIENCE UNIVERSELLE.

 

Si l’Esprit de l’Humain conçoit l’UN, c’est parce que l’UN nous a transmis cette parcelle de LUMIERE, puisqu’IL EST LUMIERE. IL a communiqué SA Présence par l’Energie Spirituelle qui existe au plus profond de notre conscience ; On s’élève jusqu’à LUI par Transcendance, laissant notre « Matière » progressivement, et s’approchant de LUI sans jamais l’atteindre.

 

Les ILLUMINES de l’Histoire Humaine ont vu métamorphosé leur propre existence, quand ils ont perçu et transmis l’Enseignement Divin. L’enrichissement de notre Histoire par une succession de Prophéties, est le reflet de la Volonté Divine, afin que l’Homme délaisse la matérialité, se détache du bonheur Terrestre, et fusionne avec « l’Ether » Céleste.

 

Ces FILS DE LA LUMIERE ont enseigné et invoqué l’UN, dans l’Espace et dans le Temps, dimensions mesurables de la Matière et de l’Histoire, de la Géographie et des Civilisations. Mais l’Essence et la Finalité de la conscience Universelle ne sont pas limitées par ces données

Perceptibles par nos Sens et notre intelligence. Car l’UN est dans le Temps et hors du Temps, IL est dans un Univers Illimité qu’il a Créé.

 

Phénoménologues, Structuralistes, voire Epicuriens et d’autres n’ont perçu que la face matérielle de l’Existence, tandis que HERMES, PYHAGORE, PLATON, MANI, MOISE, JESUS, et MAHOMET ont été investis de la Révélation de l’UN, Causalité Originelle, Existant en dehors de toute Existence, par Nécessité et par Sa Volonté (et le Verbe s’est fait Chair ; Evangile de Jean).

 

Continuité Historique, corollaire de cette impulsion Divine Périodique, depuis THOTH ou HERMES, jusqu’aux Révélations ISMAELIENNES, en passant par les ESSENIENS, pour aboutir à la magnifique Illustration du GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS dans notre Elévation Spirituelle Maçonnique ; Continuité qui n’a jamais cessé (Chaine Initiatique ou Chaine d’OR).

 

Le Grand Architecte de l’Univers, a ainsi planté le germe de l’AMOUR dans le cœur de l’Homme, car il l’a créé à son Image, et lui a donné le pouvoir de s’élever jusqu’à LUI.

Par cette INITIATION Existentielle, Voie donc d’AMOUR, de SAGESSE, et d’ESPRIT.

 

Nous sommes ENFANTS DE LA LUMIERE, par le Processus de l’INITIATION, et la prise de conscience de l’Existence Divine par la Transcendance Spirituelle. Nous quittons les Ténèbres et marchons vers la Lumière. Et à chaque pas, ou Elévation, nous quittons « le Néant » pour s’approcher du Centre Lumineux. Les Ombres de la Caverne, dont parlait PLATON, ne sont-elles que des illusions ? Nous laissons à chaque étape une partie de nous-mêmes pour renaître et repartir vers le Nouveau Voyage, avec plus de Lumière et moins d’Obscurité (comme dans un Temple).

 

Pythagore nous rappelle ce Centre comme le Centre de l’Univers ou « la Lumière Spirituelle Sacrée ». L’Harmonie de l’Univers guide toutes choses, car une chose quelle qu’elle soit, devant être ce qu’elle est pour Être. Celle-ci ne peut exister qu’en fonction d’un Principe d’Harmonie et donc de l’UN.

 

DIOGENE LEARCE (III Siècle Av JC) nous parlait de PYTHAGORE : « Pour lui, Pythagore, le Principe des Choses est la MONADE (l’UNITE). De la Monade est sortie la Dyade (Dualité), matière indéterminée soumise à la Monade qui en est la Cause. De la Monade parfaite et de la Dyade indéterminée, sont sorties les Nombres ; des Nombres les Points, des Points les Lignes, des Lignes les Surfaces, des Surfaces les Volumes, et des Volumes les Corps.

 

LEIBNIZ, vingt trois siècles après Pythagore, a esquissé dans sa Monadologie une vision grandiose de l’Harmonie Universelle de toutes choses à partir d’un Principe Premier : la Monade.

 

Cette aspiration, inspirée par le Souffle de l’Esprit, forme la plus élevée de la Représentation Humaine, a contribué à l’Atomisation de l’Extra-matérialité, et la dispersion de la Matérialité, produisant ainsi une attraction des ILLUMINES vers la Lumière.

 

Il y a apparence de Dichotomie, en fait, tout revient à l’UN. L’Esprit libre, pur, inconditionné, peut se détacher de l’emprise de nos Sens et de nos tendances. C’est l’Evocation de l’Idée de purification, processus de transfiguration qui démonte la tendance Dualiste ou la Multiplicité. La disparition du rapport Moi, Non-Moi amène la disparition de la Dualité et produit la Connaissance de l’UN. Il ne s’agit pas de « Trouver » quelque chose, mais au contraire de faire disparaître ce qui voile l’UN.

 

Maître ECKART écrit : « Dieu et Moi, sommes UN dans la Connaissance, celui qui connait et ce qu’il connait sont UN. »

Le Sage d’Ephèse que fût HERACLITE renvoie l’Homme à sa propre Lumière, au lieu de s’exténuer dans l’affirmation et son contraire. Il nous montre la Voie de l’ÊTRE qui est en nous.

 

La Maïeutique Dialectique nous éloigne de l’UN par l’affirmation de la Multiplicité. Multiplicité à la base de la Vie réelle et matérielle. Mais précisément, toute Multiplicité nous ramène au Monisme Existentiel, à l’UN. Car poly- composite et incompréhensible, disharmonieuse et contradictoire, la Multiplicité de l’UN conduit au Chaos, si elle est considérée comme réalité Spirituelle indépendante de l’UN. Dualité ou Multiplicité, était une manifestation ambiguë, or il n’y a pas d’ambigüité dans tout ce que l’Homme peut voir ou concevoir ; mais voir n’est ce pas sortir de la Caverne pour recevoir la Lumière.

 

Cette tendance ORPHIQUE d’Immortalité nous rappelle que « Si tu apprends, dit HERMES, à te connaître comme étant fait de Vie et de Lumière, tu retourneras à la Vie ».

Ce Voyage Initiatique est une Sublimation de l’ÂME, et la véritable Odyssée en Quarante cinq milles Vers à la Gloire de l’Esprit Universel (et du Grand Architecte de l’Univers), de JALAL EDDIN EL ROUMI, commenté par GOETHE et HEGEL plus tard, comme l’Hypostase de l’Amour Divin.  Voyage conduisant de l’Humain à l’Ultra-Humain, et du Cosmos tout entier vers la Convergence Ultime, le point Oméga, à partir duquel DIEU se révèle comme « l’Avenir Unique et Absolu » selon l’expression de TEILHARD DE CHARDIN.

 

MELCHISEDEC

LOGE KHALIL GIBRAN - SAINT CLOUD (G.O.A.O.)


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La Couleur du 7° degré au Rite Œcuménique est le Pourpre

Produite par les Phéniciens (teinture avérée en 1500 BC à Ougarit, puis, à très grande échelle et durablement à Tyr et Sidon), dans les Cyclades et en Israël, elle symbolisa un haut rang social chez les Gréco-romains ainsi que dans nombreuses civilisations. A Rome, elle était l'apanage des consuls, des triomphateurs puis des empereurs 

. Dans l'empire romain d'Orient, elle représenta la dignité impériale : les enfants royaux nés sous le règne de leurs parents étaient dits "porphyrogénètes", c'est-à-dire "nés dans la pourpre". On utilise alors celle-ci comme teinture, mais aussi comme encre pour les documents officiels ou religieux, selon des modalités d'emploi complexes.

Pour les rois francs et les évêques et cardinaux catholiques, la pourpre, arborée par le biais du vêtement, était le symbole d'un pouvoir. 

Plus qu'un symbole, elle  a peut-être fait la fortune de la Phénicie (Phoinikè, à rapprocher de la couleur de l'oiseau mythique Phoenix , symbole de l'Obédience). 


On retrouve aussi cette couleur sur le tablier et sautoir des Grands Maîtres Nationaux du GOAO 




Voir la Symbolique des couleurs au Rite Œcuménique:
http://www.grandorientarabe.org/index.php?p=1_12_Le-Rite-cum-nique

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Après l’athéisme, la franc-maçonnerie 

fait dans l’œcuménisme !

On croyait cette vénérable institution enfermée sur elle-même, empêtrée dans ses batailles de clocher comme c’est encore le cas aujourd’hui à la Grande Loge Nationale Française, et voilà que quelques uns de ses membres tendent la main vers l’Orient. Non pas l’Orient « éternel » où siègent symboliquement leurs chefs (les « vénérables »), mais l’Orient géographique, le vrai, celui des arabes et des musulmans.

La Maçonnerie, née des salons bourgeois à l’aube du XVIIIe siècle, est essentiellement marquée par une symbolique et une mythologie très judéo-chrétienne, à l’image de l’époque qui la voit grandir. Ceci explique que les occidentaux de confession musulmane, français ou les européens, sont très peu représentés au sein des loges et obédiences actuelles. On est très loin de toute forme de représentativité sociale. Un musulman est, en effet, en perte totale de ses repères culturels face aux rituels et symboles qui structurent la Franc-maçonnerie.

Cette « société discrète » enfin est généralement rejetée, parfois de façon violente (la fatwa n’est pas la seule arme), dans la plupart des pays arabes alors qu’elle y possède une histoire, souvent liée aux démarches initiatiques propres au soufisme, aux ésotéristes druzes ou au chiites par exemple.

Sensibilisés par cette question, quelques « frères » décident alors de monter de toutes pièces une nouvelle obédience dont la vocation est clairement de porter le message maçonnique partout en Orient, y compris là où il est le plus mal venu, afin de ne pas laisser dans l’ombre des femmes et des hommes écartés des « lumières » de l’initiation maçonnique. Une forme d’utopisme probablement, d’autant qu’une telle ouverture ne peut se faire sans les attaques et dénigrements des autre « clochers » maçonniques, en toute fraternité naturellement ! Ces derniers guerriers bien occidentaux, conçoivent très mal une ouverture maçonnique à l’aide de moyens modernes comme internet. Le pragmatisme américain n’est pas de mise ici, surtout après plus de trois siècles d’enfermement sur soi : Il est plus naturel et plus facile de rester « entre-nous », de mettre une majuscule au mot tradition et d’en sacraliser la notion pour n’en rien changer. C’est plus rassurant et plus confortable à la fois. La Franc-maçonnerie est, en ce sens, un parfait reflet de notre société.

Historiquement et spirituellement fille du « Grand Orient Arabe » né dans les années cinquante au Liban, une terre où cohabitent (difficilement) toutes les tendances du christianisme et de l’islamisme, le « Grand Orient Arabe Œcuménique » est donc né en 2010. L’équilibre fragile entre les différentes cultures repose sur un nouveau rite dit « œcuménique » qui,  sans renier le travail de ses pères fondateurs qui sert de matière première (de « pierre brute » disent les maçons), fait le lien entre l’Orient et l’Occident ; entre les trois religions du Livre que sont le judaïsme, le christianisme et l’islamisme.

Sans fard ni artifice, il affiche son insolente fraîcheur sur le net avec un tout jeune site (www.goao.org)

ayant choisi le phénix pour emblème. En avance sur son temps ? Le risque est réel, car on a toujours tord d’avoir raison trop tôt. L’avenir nous le dira…

 

 

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Cette modeste étude comparative porte sur quatre points de convergence qui peuvent rapprocher des intellectuels musulmans des idéaux maçonniques. D’abord les structures médiévales des corporations et confréries musulmanes dont Louis Massignon, Henri Corbin, René Guénon, Faouzi Skali ont montré les ressemblances avec les organisations sœurs comme le compagnonnage en Europe. La philosophie mutazilite peu connue en Occident a été très audacieuse et revient en première ligne. Le mouvement démocratique dans le monde musulman s’est développé malgré l’autoritarisme des régimes ; le printemps arabe de 2011 en est un épigone. Enfin, la création de loges au Proche et Moyen Orient s’est effectuée au XVIIIe siècle en même temps qu’en Europe ou en Amérique lorsque les franc-maçonneries ottomane, égyptienne, arabe auront tissé des contacts très approfondis avec les loges-mères anglaise, française ou italienne. C’est que, dans cette interaction culturelle entre Proche-Orient et Europe, plusieurs mythes sont communs ; le drame d’Hiram aurait un antécédent en Egypte, vers 1500 av .J.C. lorsqu’un architecte fut assassiné dans des circonstances obscures, tel que relaté sur des ostracas, ou en Iran où le meurtre de Zoroastre sera repris dans la commémoration annuelle chiite de celui de Hussein petit fils du Prophète à Kerbela (Irak).


I- Corporations et confréries en Islam

La structure initiatique des corporations est attribuée à un héros éponyme, Salman Al Farisi, mazdéen converti à l’islam. Devenu barbier du Prophète, il serait revenu comme gouverneur à Mada’in (Ctesphon), en Irak où il aurait organisé les corporations de 51 métiers reconnus, qui existaient dans la culture mazdéenne et auxquelles il donnera des bases musulmanes. Salman établit une doctrine de l’honneur artisanal, appelée « futuwwa » dont la base reposait sur un consensus hiérarchique, un rituel initiatique et la qualité du travail bien fait. On eut ainsi un maillage presque complet de toutes les catégories professionnelles d’artisans reconnus, qui assuraient une formation professionnelle mais aussi humaniste, à l’image de celle des « Compagnons du Devoir » d’Europe. Elle s’étendait aux non-musulmans, chrétiens, juifs, mazdéens, sabéens, hindous très présents dans les métiers d’orfèvrerie, de la décoration, ou comme médecins.
. Le calife Al Nasser (1180-1224) créera à l’intention des hauts fonctionnaires une corporation d’honneur dont les membres prêtaient serment d’allégeance au calife lui-même qui leur donnait le mot secret et les associait, par un système hiérarchisé qui remontait à la tête de l’Etat, dans une assistance inter fraternelle, un échange de services, dans l’esprit de pureté morale. Le sultan ottoman Mourad 1er (1360-1389) fera de même, établissant pour la dynastie ottomane une tradition de compagnonnage adoptée par ses successeurs.
L’esprit corporatif s’étendit aux métiers susceptibles d’entacher la pureté des croyants tels les crieurs publics, les maquignons, les changeurs, les cambistes, les huissiers du tribunal, les courtiers d’esclaves, les éleveurs de pigeons, les danseurs, les baladins, les indicateurs, les femmes, les courtisanes, les pleureuses (aux enterrements), les entremetteuses. Les corporations furent toujours hiérarchisées et organisées ; à leur tête un Maître, qui représentait la profession devant les autorités locales ; puis les maîtres propriétaires d’atelier, les compagnons vêtus d’un tablier distinctif, et les apprentis. Les corporations organisaient des défilés pour célébrer la circoncision des fils du sultan, le mariage de ses filles, les victoires de ses troupes. Pendant plusieurs années consécutives, le débutant (mubtadi) ne percevait aucun salaire ; mais appartenir à un corps était en soi un privilège car cela permettait d’être reconnu capable de produire un travail d
e haute qualité et d’ouvrir leur propre atelier.

L’entrée dans la corporation était solennisée : le cheikh passait un châle autour du la taille de l’impétrant et le nouait par des torsions successives. Une coupe d’eau salée devait être absorbée trois fois par le récipiendaire exprimant son intention de dire vrai (charia), de voir vrai (tariqa), de devenir vrai (haqiqa). A la fin de la cérémonie d’initiation on lui remettait un pantalon bouffon, puis une cordelière, ceinture de tablier (shadd) ou un baudrier. Puis on lui enseignait les signes de reconnaissance et les mots de passe. Les apprentis devaient également « voyager » en se rendant sur les tombes des Grands Maîtres de la corporation et suivre un enseignement des symboles, relatifs aux Prophètes du Coran. Les rituels s’accompagnaient de chants allusifs au Prophète et à ses compagnons.

Thierry Zarcone a montré que les loges ouvertes dans l’empire ottoman au XVIIIe siècle avaient emprunté aux corporations, et aussi aux confréries, leur lexique particulier. Les appellations des 3 premiers degrés étaient celles des corporations : « chirak » (apprenti), « kalfa » (compagnon), « osta » (maître) ; le tablier « peshtemal » dans les ateliers opératifs ; garda ce nom dans la maçonnerie. Chez les Bektachis, on peut trouver les mêmes réponses dans les Instructions (turques) pour le degré d’apprent maçoni et le questionnaire de la confrérie. L’extinction de beaucoup de métiers manuels sont venues à bout de l’esprit corporatif qui aura duré jusque dans les années 193O. Par contre des Compagnons français du Devoir, tailleurs de pierre, s’étant rendus à Damas en 1988, découvrirent que leurs homologues syriens utilisaient des instruments oubliés en Europe, comme la « lombarde », qui servit comme signature de compagnons sur les murs des cathédrales. Le Pr. Massignon souligna l’influence que les corporations musulmanes ont pu avoir en Europe dans le développement des « villes franches ». Ainsi, à Paris, la corporation des bateliers fut assez puissante pour imposer leur symbole comme armes de la ville.

Pour les confréries, c’est à Baghdâd que le Cheikh Abdelqader El Jilani (XIIe siècle) crée la première confrérie (tariqa) qui conserve encore aujourd’hui une réelle influence. Les membres des confréries se retrouveront dans les mosquées, particulièrement le vendredi après-midi, ou dans des locaux, appelés « zaouïa » au Maghreb, « ribât » (« Rabat » au Maroc) ou « khanqa » au Proche-Orient et en Asie Centrale. La confrérie des Chaziliya sera fondée au Maroc au XIIIe siècle, celle des Mevlevis par Jalaleddine Roumi (m. 1273) à Konya, l’Ordre des Naqchbandiyya en Asie Centrale par le Cheikh Behaeddine Naqchbandi au XVe siècle, celui des Tijaniyya au Maroc (XVIIIe siècle). Au XIXe siècle, les Senousiyya en Libye, les Mirghaniyya au Soudan, les Rifaïyya en Somalie seront constitués en confréries par trois disciples d’un même cheikh marocain à la Mecque. Les « tariqas » pratiquent l’initiation progressive à 4 degrés : mourid, mouqadem, nasib et cheikh, soumis au respect du secret. L’initié modèle est le Prophète lui-même qui proclame : « Je ne sais pas lire ». L’épreuve dans une caverne de la révélation des premiers versets est comparée à une initiation soufie, car Mohamed en ressort prophète. La translation qui le conduira de Médine à Jérusalem, et de Jérusalem au 7e ciel permet d’acquérir le plus haut grade dans la hiérarchie confrérique. Le voyage est décrit dans Le Livre de l’Echelle de Mohamed ensemble de récits arabes relatant l’ascension jusqu’à Dieu. Les rituels principaux des mystiques soufis sont des litanies, des répétitions d’oraisons, de « remémorations » (dhikr) scandées pour souligner la présence de Dieu ». Comme les yogis de l’Inde, certains disciples ont appris des techniques respiratoires qui les conduisent dans des états de transe spectaculaires. Les initiés se voient remettre un chapelet de 33 grains ( Qadiris), de 66 ou 99 ( Naqchbandis), basés sur la valeur numérique du nom « Allah » qui, en lettres arabes est l’équivalent de 66. Certaines confréries utilisent la danse ; 9 disciples représentent les planètes et tournent autour du Maître-Soleil comme en Turquie, à Konya, les « derviches tourneurs ». Atatürk interdira les confréries en 1924, mais elles ont repris leurs activités et beaucoup d’hommes politiques turcs sont proches de la Confrérie Naqchbandiyya opposée aux radicaux islamistes du nouveau régime AKP.
D’un pays à l’autre, le confrérisme prend des formes très différentes selon l’histoire et l’évolution politique de chaque pays mais il assure, plus que l’islam officiel, une unité certaine des croyants.


II-La Philosophie islamique ; le Mutazilisme

La découverte de la philosophie grecque dans les manuscrits traduits en syriaque puis en arabe sous les premiers souverains abbasside conduira à la formation d’une école « mutazilite » qui essaiera d’imposer une nouvelle exégèse coranique construite à partir d’une grille de lecture philosophique .Ce mouvement qui se forme à Bassorah (Irak) puis à Bagdad est encouragé par le pouvoir abbasside qui admet la supériorité du raisonnement sur les diktats de la foi religieuse. Le philosophe Al Kindi (m.866) l’exprime en ces termes : « Nous ne devons pas avoir honte de la vérité et de la faire nôtre quelle qu’en soit la source ». C’est qu’à l’époque théologiens musulmans, chrétiens et juifs argumentent en toute liberté et les moutazilites vont ainsi s’opposer à un enseignement rigoriste et expliquant les dogmes selon une méthode rationnelle donnant ainsi à la religion musulmane une aisance susceptible de rivaliser avec d’autres idéologies. La doctrine mutazilite affirme deux thèses qui seront contestées violemment une vingtaine d’années plus tard lorsque les juristes salafistes convaincront un nouveau Calife plus faible de les interdire, la non-éternité du Coran : comme tout ce qui est extérieur à Dieu est créé, le Coran, passant par l’audition et la retranscription s’inscrit donc dans l’histoire de l’humanité ; hypothèse en contradiction avec le dogme officiel du Coran incréé puisque c’est la parole de Dieu même. La 2e thèse porte sur le libre-arbitre de l’homme créé comme être responsable et libre, alors que le dogme stipule que tous les actes de l’homme sont accomplis par Dieu…Considérés comme porteurs d’une dérive interprétative, les mutazilites durent s’enfuir en Asie Centrale ou au Yémen où cette philosophie , adoptée plus tard par des chiites, s’est perpétuée malgré les risques. Aujourd’hui le mouvement néo-mutazilite, développé en Tunisie, en Egypte, et dans les universités occidentales reprend force et vigueur et ses adeptes sont parmi les promoteurs intellectuels du Printemps arabe. La défense du libre-arbitre notamment les rapproche de la maçonnerie. Les frères lillois qui baptisèrent leur loge « Averroès » et ceux parisiens, musulmans et non musulmans qui nommèrent leur loge « Emir Abdelqader » ont voulu souligner qu’ils croyaient réellement à un substrat spiritualiste et philosophique commun. 

III Les mouvements démocratiques en Islam

Depuis les indépendances, des démocrates arabes démontent le mécanisme du faux retour aux sources, idéalisant le régime islamique de la première époque, prétendant que sa réintroduction dans nos sociétés modernes pallierait les problèmes socioéconomiques contemporains. Ils nous font ainsi découvrir l’utilisation politicienne de leur religion. C’est pourquoi, le Pr. émérite Ali Mérad souhaite redonner à l’exégèse renouvelée ou « ijtihad » l’importance qu’elle avait au Xe siècle. Le Pr Mohamed Arkoun, récemment décédé, argumente de même dans sa Critique de la Raison islamique (1984). L’historien marocain Abdallah Laroui dans son Islam et Modernité montre que l’Etat islamique à l’état pur n’a jamais existé ; en fait l’Etat sultanien abbasside a soumis la Loi à son intérêt séculier, réservant l’appareil califal au domaine de l’utopie, comme l’avait fait Ibn Khaldoun (XVe siècle) : « L’expression « Etat islamique » est en fait contradictoire en elle-même ». Mohamed Charfi qui fut ministre de l’Education en Tunisie n’hésitait pas à dire publiquement : « L’islam de demain implique que la religion soit conjuguée aux temps de la liberté, de l’égalité et de la démocratie avec la révision du droit musulman que cela nécessite ». Khadija Chérif, militante tunisienne des droits de l’homme, à la même époque (1995), s’exprime ainsi dans la presse : « Pour moi, femme, nos premiers adversaires sont les intégristes. En opposant au régime de la charia une démocratie réelle, nous rendrions impossible la contamination islamique ». L’universitaire marocaine, Fatema Mernissi , avec un grand courage , se moque des salafistes : « Cet intégrisme politico-religieux tourne à l’ubuesque puisque pour les islamistes, si l’on sépare l’islam de l’Etat, plus personne ne croirait à Allah, ce qui voudrait dire que l’islam, sans la police, n’a rien à offrir ! ». Le grand poète syro-libanais Adonis regrattait (08/11/1995) que : « L’Islam se soit transformé dans l’esprit de la plupart des musulmans d’aujourd’hui en chaînes et prisons. » L’espace manque ici pour citer le combat mené dans chaque pays musulman malgré la lourde répression que l’on a enfin pu découvrir sur les écrans télévisés cette année même.

L’image de l’islam en Europe souffre des excès antidémocratiques de ses intégristes qui essaient à nouveau de prendre le pouvoir en 2011 en bafouant le « Printemps arabe ». Des universitaires français comme le Pr Mohammed Ferjani se sont mis en disponibilité pour aller soutenir le réveil démocratique de leur pays d’origine. Beaucoup de citoyens de culture musulmane en Europe souhaitent pratiquer leur religion à titre privé et soutiennent ceux des leurs qui mènent le combat de la démocratie et de la laïcité, qui ne sont pas l’apanage exclusif du Nord méditerranéen mais sont aussi puisés dans le fonds culturel arabo-musulman.


IV-Musulmans francs-maçons du XVIIIe siècle à 2011

Les débuts de l’établissement de la Franc-Maçonnerie au Proche-Orient ont bénéficié de facteurs favorables dès le début de l’Islam. La mise en place de confréries religieuses souvent liées à des corporations de métier a conduit les différents peuples de l’Empire abbasside (VIIIe au XIIIe siècle), puis ottoman (XVe au XXIe siècle) à choisir l’expérience initiatique. C’est à Smyrne , en 1738, qu’est ouverte la première loge de l’Empire ottoman puis la Grande Loge de Londres et la Mère Loge écossaise de Marseille ouvriront des loges à Istanbul, Salonique, puis dans les échelles du Levant. D’autre part, Arméniens et Grecs comme les Turcs, chrétiens comme musulmans seront à égalité dans les loges ; le Sultan qui en 1850 établira par décret l’égalité de tous les sujets sera franc-maçon. Il le paiera de sa vie ! A la fin du XIXe siècle, le Grand Vizir Riza Tevfik , dignitaire bektachi, sera également Grand-Maître du Grand-Orient ottoman. Une loge est créée à Alep en 1738 puis en 1760 ; Au Liban, la première loge émanant du personnel cosmopolite de l’Université américaine, en 1873, est présidée par le Libanais Amine Beyhoum. En Egypte, une première loge était apparue à Alexandrie en 1748 puis Bonaparte introduisit les loges militaires qui initièrent des chrétiens, des juifs et des mamelouks musulmans. Plus tard la loge alexandrine Les Pyramides procéda à l’initiation de l’Emir algérien Abdelqader, en 1864, pour remercier cet important dignitaire de la Confrérie Qadiriyya d’avoir sauvé avec 200 de ses compatriotes plusieurs milliers de chrétiens du massacre effectué à Damas en 1860 par les Turcs et la population locale. En Iran, dès le premier quart du XIXe siècle, des intellectuels, conduits par Mirza Malcom Khan créent des loges qui ne seront fermées qu’en 1979 par le régime mollahcratique. Lorsque Jamaleddine El Afghani, réformateur musulman iranien, initié dans une loge stambouliote se rendra en 1882 à Paris et à Londres, des appuis maçonniques lui feront rapidement rencontrer des universitaires, des savants et des hommes politiques .Comme en Egypte, les premières loges algériennes seront militaires ( Bugeaud, Cavaignac, Pélissier, Chanzy, Lamoricière) puis encadrées par des musulmans, le Saint-Simonien Ismaïl Urbain ou le Général Yusuf. La Tunisie plus cosmopolite aura eu, dès 1773 une loge livournaise ; en 1885, le Grand-Orient allumera les feux de la célèbre « Nouvelle Carthage » qui, depuis une quinzaine d’années, soutient un triangle tunisois.

Aujourd’hui même, les frères (et sœurs) peuvent se réunir à Beyrouth, à Amman et à Rabat. Au Caire les maçons se retrouvent discrètement sous le couvert du Rotary ; les frères algériens ou d’autres pays arabes ne peuvent assister à des tenues qu’en France ou dans le reste de l’Europe. C’est pourquoi les maçons européens libres doivent apporter toute leur aide pour soutenir leurs homologues moins favorisés et qui risquent beaucoup s’ils étaient découverts .C’est que les Saoudiens ont traduit en arabe dans les années 1970 le pamphlet anti-maçonnique de Léo Taxil et le diffusent largement dans la presse quotidienne populaire.
En Orient, longtemps, les artisans adhérèrent à des ordres soufis. Aujourd’hui, toutes les classes sociales se retrouvent dans des confréries. De même des membres de confréries adhèrent à des loges maçonniques, n’y voyant aucune contradiction.

Qu’on se rende bien compte, le citoyen du sud ou de l’est de la Méditerranée qui souhaite entrer en maçonnerie y sera poussé par sa propre culture basée sur la recherche initiatique et de ce fait sera en butte aux attaques des islamistes qui n’admettent ni le libre-arbitre ni le refus de l’endoctrinement dogmatique. Est-il si différent de son homologue du Nord qui, pendant des siècles, aura subi les mêmes contraintes ? D’ailleurs, à Annonay, en 1788, le musulman, qui rejoignit la loge locale, s’était déjà rendu compte que sa pratique du culte n’était pas incompatible avec l’adoption d’un rituel maçonnique.
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Christian Lochon


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